DE LA NATURE
« étoit une personne, c'est-à-dire quelque corps animé et rai- « sonnable ; cependant, c'est seulement une chose et une chose « inanimée; ou si cette chose est un animal, ce n'est au moins « qu'un animal déraisonnable ; cependant tout ce qu'on lui fait « dire convient également à l'un et à l'autre. Une seconde rai- « son de la beauté prétendue, c'est que de la manière que je « l'entends, vous faites un jeu perpétuel entre le propre et le « ftguré, entre la vérité et Y image, entre le corps et V esprit. Or « tous ces agréables jeux ne se rencontrent point quand on fait « parler les personnes dans les énigmes ; le sens est tout simple, « tout vide, et par conséquent plat et insipide. Il y aune troi- « sième raison pourquoi les choses seules et non pas les per- « sonnes doivent entrer dans les énigmes, c'est que ceux qui sa- « vent ce que c'est que la nature et l'esprit de Y énigme, ne la « devineroient jamais si vous leur proposiez pour sujet une « personne au lieu d'une chose; parce que leur esprit ne cher- « chant le sujet proposé que parmi les choses, jamais une per- « sonne ne se présenteroit à lui; bien au contraire, ces gens-là « la rejetteroient aussitôt si elle se présentoit à leur imagina- « tion. Supposé par exemple qu'en lisant l'énigme d'hier, l'idée « de barbier se fût présentée à mon esprit, et que j'eusse pu ne « point penser à rasoir, j'aurois rejeté cette idée de barbier, par « la raison que c'est une personne, et j'aurois dit en moi-même : « Ce ne peut pas être là la pensée de l'auteur, car l'auteur est « habile homme, il sait ce qu'il fait, ainsi il ne peut pas être « tombé dans cette faute ; et ainsi j'aurois manqué à deviner « l'énigme. Une quatrième raison vient encore de se présenter « à moi : c'est que si vous faites parler une personne, il n'y a là « aucun sujet d'étonnementetde surprise, au lieu qu'en faisant « parler une chose, la considération de ce que cette chose est « par elle-même incapable de raisonnement et de discours, « flatte agréablement votre imagination, et vous donne imman- « quablement cette même espèce de plaisir qui se trouve par « exemple dans la lecture des fables, où l'on fait agir et raison-