ES DEVISES
« ner des bètes brutes et des souches, des pierres en un mot « et des arbres ; exécution qui demande nécessairement un tour « d'esprit dont on n'a aucun besoin quand on fait parler des « sujets capables par eux-mêmes de raisonnement et de dis- « cours. »
Pendant que je suis encore sur ce long article des devises, je ne puis en laisser ici passer une de ma façon, qui, ayant été par manière d'entretien alléguée par moi à un de nos beaux esprits de qualité, eut assez le bonheur de lui plaire pour le porter à une instante prière qu'il me fit de lui en faire un sacrifice ; tout cela d'autant plus volontiers que je lui avois témoigné que c'étoit un enfant encore tout chaud de sa naissance, et dont je n'avois pas eu le loisir de faire aucun usage. Je me tins trop honoré de cette demande pour la refuser, et si je parais ici comme rétracter mon don en rompant enfin un silence que j'ai fidèlement gardé près de quarante ans, c'est qu'outre qu'il n'est plus désormais question de cela, le gentilhomme bel esprit qui m'avoit fait la demande étant mort il y a plusieurs années, aussi bien que la dame pour qui il en fit tout exprès graver un cachet d'or; outre cette raison, dis-je, c'est que je ne nomme ici ni ne désigne en aucune manière les deux personnes dont je parle. Voici quelle étoit cette devise, savoir pour le corps un miroir ardent, sur lequel un soleil opposé dardant ses rayons, il s'en faisoit une réflexion sur un cœur posé comme k terre, et qui en étoit tout embrasé avec ce mot pour âme: d'une lumière un feu.
L'année 1699 me fut si heureuse par l'acquisition que j'y fis d'un nouvel ami de très grand mérite, que je me suis fait un plaisir de la mettre au rang d'un certain nombre d'autres que de dix ans en dix ans, j'ai remarqué m' avoir été fatales en bonheur (1). Je veux parler de la connaissance que je fis avec
(1) Fatal se peut dire en fait de bonheur. Voyez Vaugelas, et notez que Bouhours n'ayant point touché à cette remarque; c'est un témoignage qu'il l'approuve. Note de V auteur. J