‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 103 sur 188 · LA COMTESSE DE WITGENSTE1N · texte numérisé non relu

LA COMTESSE DE WITGENSTE1N

en parut très contente. Je crois, autant que ma mémoire m'en laisse d'idée, que le secrétaire d'Etat étoit M. de Croissy, car je ne l'ai pas marqué sur mon brouillon dont voici la copie :

« Monsieur,

« Vous m'avez toujours obligée d'une manière si franche « dans toutes les rencontres, que je ne cesserai jamais de vous « témoigner aux occasions combien j'y suis sensible ; et comme « une disposition d'esprit si favorable doit être précieusement « cultivée, et que M. le comte et moi n'avons pas été assez « heureux jusqu'ici pour trouver les moyens d'y travailler par « les actes formels de notre reconnaissance , permettez-nous « au moins, Monsieur, de le faire par la présentation de nou- « veaux moyens de nous continuer les effets de votre inclination « généreuse. Il s'en offre aujourd'hui un qui nous importe beau- « coup ; c'est l'envoi que nous faisons du sieur Textor, notre « secrétaire, pour travailler à quelques affaires que nous avons « en France, et dans la plupart desquelles, l'appui, les bons « offices, les conseils, et le puissant crédit d'une personne de « votre poids et de votre rang, et d'ailleurs si encline à nous « favoriser, ne peuvent être que d'une aide fort considérable. « Nous l'envoyons particulièrement, Monsieur, pour la vente « de notre terre de Verrière, que nous avons en vue depuis « longtemps à cause de la disposition particulière de nos affaires. « L'impossibilité où nous nous sommes trouvés presque tou- « jours d'y avoir l'œil par nous-mêmes, nous la rend beaucoup « plus onéreuse qu'utile, et pour ce sujet nous vous supplions « instamment de vouloir favoriser cette vente par toutes les « facilités dont vous pourrez être le maître; et si par hasard il « s'y rencontroit quelques difficultés, il vous plaira, après les « avoir prévenues par votre prudence, de les aplanir et de les « lever entièrement. Le même Textor est aussi chargé de solli- « citer à la cour ce qui peut être dû à M. le comte des années « d'une pension dont Sa Majesté a bien voulu reconnaître le»

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« services de sa maison et les siens en particulier. Cette consi- « dération nous doit rendre l'accomplissement de tous nos des- « seins d'autant plus facile ; et nous espérons que vous aurez « la bonté de la faire valoir dans les rencontres. Yous pouvez « sans doute, Monsieur, nous être d'un grand secours à tous ces « égards, et nous vous prions d'y contribuer tout ce qui dé- « pendra de votre faveur et de vos obligeants soins. Pour cet « effet, il vous plaira d'ajouter une foi et une créance entière à « tout ce que ledit sieur Textor aura l'honneur de vous présenter « de notre part, comme dans cette vue nous l'avons muni de « tous les pouvoirs et de toutes les procurations nécessaires. « Mais vous nous obligerez particulièrement, Monsieur, si après « l'avoir aidé de vos conseils et de votre crédit, comme nous « vous en prions, vous le croyez fortement sur les assurances « qu'il vous donnera, selon nos ordres, des sincères sentiments « de notre considération et de notre reconnaissance, et en mon « particulier, de l'ardent désir que j'ai de vous prouver combien « je suis, Monsieur, votre, etc.

« Anne-Hélène de Machaut-Witge^steiin. »

Je reviens à mes soins auprès de mademoiselle de Ciré, que j'ai laissée ci-dessus. Je continuai cet attachement jusqu'au carême requis de moi par M. le duc de Montausier, et depuis cela, tout autant de fois que mes fonctions tant à l'académie qu'auprès des comtes de Witgenstein me le pouvoient permettre. Lors d'une longue maladie dont le comte Henri fut attaqué jusqu'au péril de la vie, me croyant obligé 'à m' absenter moins de la maison , pour ne le pas abandonner dans cet état, j'allai à l'hôtel de Ruvigny pour y faire trouver bon que nous en demeurassions là. Madame de Ruvigny , après que j'eus pris congé d'elle, me laissa exprès entre les mains de mademoiselle de Ciré , qui ne voulut point recevoir là mes derniers adieux, mais me reconduisit jusqu'à la rampe de l'escalier qui se trouvoit au sortir de l'antichambre; elle me voulut présen-

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