‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 113 sur 188 · IL S'ARRÊTE A LIEGE · texte numérisé non relu

IL S'ARRÊTE A LIEGE

principale compagnie M. Le Faucheur (1 ), pasteur deMaëstricht, qui ayant à retourner chez lui, devoit passer à Liège aussi bien que moi. Nous y arrivâmes le jeudi 26 septembre, vers midi. J'employai une bonne partie de l'après-dînée à une visite chez les jésuites, à laquelle m'avoit engagé un de leurs novices qui, s1 étant trouvé dans la môme voiture avec nous depuis Sedan, s'étoit fait une fête de me donner la connaissance de quelquesuns de ses supérieurs. Sur ce qu'il leur dit de moi (à cause de plusieurs controverses que nous avions eues par le chemin, et où je Favois un peu embarrassé), ils se firent de leur côté une affaire de me traiter avec beaucoup de circonspection mais sans dispute, à cause sans doute de ce que le novice leur avoit rapporté de mon trop grand attachement à mes principes pour en être aisément ramené.

Au sortir de cette maison, dont on me fit voir toutes les curiosités, j'allai à la comédie, et comme j'avois mis sur moi un habit assez propre qu'en partant de Paris je m'étois fait faire dans la plus galante mode d'alors, la considération de ce que je paraissois là un nouveau venu, et encore d'une cour sur qui les yeux de toute l'Europe sont tournés, fit que m' étant fait donner une place sur le théâtre parmi tout ce qu'il y avoit là de gens des plus distingués, ceux d'entre ces messieurs qui se trou voient le plus proche de moi m'engagèrent bientôt en conversation, d'abord sur les nouvelles du temps, ensuite sur les ouvrages d'esprit. Comme je fus assez heureux pour ne leur pas donner des idées de moi fort désavantageuses, un d'entre eux ayant su mon auberge, s'offrit obligeamment de m'y reuieiier, disant que c'étoit aussi la sienne, et qu'il se faisoit un plaisir de continuer, cnsoupant ensemble, la conversation que nous avions eue à la comédie dont nous sortions ; et je sus bienlot que le gentilhomme avec qui j'étois, étoit fils d'un des prin-

(1) Il s'appelait Frédéric Le Faucheur (Actes des synodes des Eglises wallonnes) nous ignorons si quelque degré de parenté l'unissait au célèbre ministre de Charenton, Michel Le Faucheur, mort à Paris en 1657.

Page 1