SON INSTALLATION A LA BATE
cipaux députés de la noblesse de Hollande aux états généraux des Provinces-Unies, savoir, M. de Werkendam, qui ('tait alors à Maestricht. Ce jeune seigneur donc (qui depuis est mort à Batavia;, retournant de Liège à Maestricht retrouver ses parents, m'offrit obligeamment une place dans sa calèche, et deux ou trois jours après j'arrivai à la Haye par les barques de Bois-le- Duc, Dordrecht, Rotterdam et Delft.
Mademoiselle Du Moulin, que je cherchai d'abord, me présenta le lendemain à madame de Sommerdick, qui témoigna beaucoup de joie de mon arrivée, me fit aussitôt donner un appartement, et pour mieux cimenter notre nouvelle connaissance, retint mademoiselle Du Moulin à dîner avec nous, car dès lors elle me tint pour entièrement domicilié chez elle. Ce fut le mardi 1er octobre que j'entrai chez cette dame, dont le mari pour lors étoit absent et qui ne revint qu'au bout de quatre ou cinq semaines. A peine commencions-nous à nous connaître, elle et moi, qu'ayant pris plaisir à m'entendre discourir de plusieurs nouvelles de France, selon que chacun est naturellement avide de ce qui regarde sa nation, qu'elle me questionna fort sur la réputation de nos plus distingués pasteurs de Paris, et principalement sur celle de M.. Claude qu'elle n'avait jamais pu voir ni ouïr, cet excellent serviteur de Dieu, n'ayant été installé à Charenton que depuis qu'elle avoit été transplantée en Hollande par son mariage (1). Je lui sonnai fort haut le bon goût que M. Claude avoit encore plus répandu dans l'auditoire de Charenton que tous ses prédécesseurs n'avoient pu faire jusqu'alors, quelques semences qu'ils en eussent jetées ; car de vieilles habitudes ne se déracinent qu'à force de temps. Les admirables Le Faucheur, Mestrezat et Daillé ne prèchoient sans doute qu'avec beaucoup de solidité; mais s'ils étoient incapables de donner par eux-mêmes dans l'esprit faux, ils ne se faisoient pas d'ailleurs une sérieuse affaire de sonner
(1) Ce mariage eu1 lieu au l01 juin 1604. et M. Claude ne fut établi à Paris qu'en 1666. [Note de routeur.)
170 f.A PREDICATION VROTÏÏSTANTÊ
le tocsin contre le clinquant et la hapelourde des passe-volants, et se contentoient d'en hausser les épaules dans le tète-à-tôte avec leurs amis (1). Je sais entre autres que sur le bruit que M. Gâches (2) vint à faire au commencement de sa vocation, principalement dans les ruelles et parmi les dames que son agréable prestance, son œil vif, ses dents blanches, ses belles mains et son accent gascon avoient fort prévenues, M. Le Faucheur, dans une conversation célèbre de savants et de beaux esprits, n'ayant pu s'empêcher de faire sentir la grande différence qu'il savoit mettre entre le vrai or et le simple oripeau, il arriva que M. Gâches, à qui cela fut bientôt rapporté, ne manqua pas de dire, dans une occasion à peu près semblable, et où l'on parloit des beaux talents de M. Le Faucheur, qit'à la vérité ç'avoit été autrefois une assez belle fleur, mais qu'il y avoit déjà du temps qu'elle étoit fanée ; ce qui montre, pour le dire en passant, qu'on ne sauroit trop prendre garde à ce qu'on dit en l'absence des gens, dans toutes sortes de conversations.
M. Claude donc, pour revenir à lui, avoit eu occasion de faire plus que ses collègues pour ce qui regarde cet épanchement du bon goût dont j'ai parlé, en ce qu'à la faveur de certaines conférences théologiques qu'il tenoit assez souvent dans des censures de propositions où il étoit appelé, et où il prenoit plaisir d'étaler toutes ces excellentes règles dont il a rempli son admirable traité De la composition d'un sermon (3) ; à la faveur, dis-je, de tant d'excellentes leçons dont nos principaux réduits de bel esprit furent bientôt abreuvés, la chaire de Cha-
(1) Nous renvoyons pour tout commentaire à l'intéressant chapitre que M. Sayous a consacré, dans son Histoire de la littérature française à l'étranger, à l'étude de l'éloquence dans les chaires protestantes au dix-septième siècle, et où il parle de la prédication des Le Faucheur, des Mestrezat, des Daillé, des Claude, etc.
(2) La réputation que Raimond Gâches s'était acquise, comme prédicateur, dans sa ville natale, le fit appeler à Paris en 1654, et il desservit I Y- lise de Chârenton jusqu'à sa mort, arrivée en 1068. (Haag, France pfàttà/êGhtë.)
(8) Ce traité a été publié dans les Œuvres posthumes de Claude, Amsterdam, \ 088-89, 5 vol. in-8°, et traduit plus tard en anglais avec des notes par Robinson. Cambridge, 1778, 2 vol. in-8". (Haag, France protestante ^)