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MADAME ROU ARRIVE A LA HAYE

« ment de tous vos bienfaits; il y demeurera tant que je serai

« au monde, et après moi il passera dans celui de mes enfants,

« que j'élèverai dans une extrême vénération pour vous, et

« avec lesquels, aussi bien qu'avec leur mère, la plus grande

« joie que je me fasse de me voir rejoint, c'est pour nous unir

« tous ensemble dans la reconnaissance du repos et des biens

« dont nous vous sommes redevables, et qui, en particulier,

« me feront être toute ma vie,

« Monseigneur, etc.

« Rou.

« A la Haye, ce 1er juillet 1683. »

Faute des gazettes de ce temps-là, lesquelles je n'ai point, depuis ma sortie de France jusqu'au 27 août 1691 , qu'elles ne me manquent plus jusqu'à présent, je^ie saurois dire à quelle occasion la cour de France se trouvoit à Verdun (1), lorsque M. de Montausier y reçut cette lettre que ses gens lui envoyèrent de Paris ; mais enfin il falloit que du moins le Roi et Monseigneur le Dauphin y fussent, puisque c'est de là qu'est datée la réponse dont cet obligeant seigneur m'honora et que voici :

« A Verdun, ce 12 juillet 4683.

« Vous m'avez écrit une si belle lettre, qu'un service beau- « coup plus grand que celui que je vous ai rendu en seroit bien « payé. Vous pouvez vous assurer que j'ai été fort aise de faire « donner à Mademoiselle Rou le passe-port dont elle avoit be- « soin pour vous aller trouver, et que, quand je pourrai vous « faire plaisir, je vous témoignerai toujours que je le désire « fort, et que j'ai beaucoup de considération pour vous.

« Mointausier. »

Ce fut le 18 août 1683 que ma femme arriva en Hollande avec les deux seuls enfants que nous eussions encore alors, qui étoient nos deux filles Marie et Louise, dont la dernière

(1) Louis XIV fit alors un voyage en Alsace et en Bourgogne, et il passa par Verdun. (Sismondi, t. XXV, p. 443. )

REVOCATION DE i/ÉDIT DE NANTES. 205

n'avoit que dix-huit mois, étant seulement née a Paris le 12 février 1682. Deux ans après cette arrivée, jour pour jour, la célèbre, mais honteuse, Révocation de VEditde Nantes fut mise au sceau, savoir le 18 octobre 1685, ce qui fut comme un tocsin sonné par toute la France pour la fuite de tout autant de lidèles zélés, qui purent échapper à la barbare vigilance de mille satellites mis aux aguets par toutes les frontières du royaume, dont la sortie n'avoit été laissée libre qu'aux seuls pasteurs, par la politique raffinée quifaisoit craindre que la présence de ces lidèles bergers, en affermissant tous leurs troupeaux, ne fût un trop grand obstacle au pernicieux dessein qu'on avoit de les réduire.

Parmi ces pasteurs, il s'en trouva ici un que j'avois déjà commencé, il y avoit environ cinq ans, de connaître à Paris, mais seulement pendant huit ou dix jours qu'il avoit à passer dans cette ville pour la sollicitation de quelques affaires de son Eglise de Roussy à la cour de France. Cet excellent serviteur de Dieu étoit M. Du Vivier (1), qui, dès deux ou trois jours après son arrivée (vers Pâques de l'an 1686), m'ayant rencontré à la sortie de l'église, me joignit obligeamment, et me rappela les idées de l'entrevue que nous .avions eue ensemble cinq ans auparavant, comme j'ai dit. Depuis ce jour ou fort peu d'autres suivants, ce qui n' avoit été entre nous qu'une simple connaissance, devint bientôt une amitié parfaite, ce qui ne pouvoit pas manquer de nous arriver, parce que, de sa part, il se trouva beaucoup de mérite et des qualités peu communes; et de la mienne, beaucoup de sensibilité à des talents aussi considérables que sont encore aujourd'hui les siens.

Quelques mois après cette arrivée de M. Du Vivier, qui fut avant Pâques de l'année 1686, comme on vient de voir, j'appris deux choses, l'une par lui-même, l'autre par le sieur . 15a vie. La première fut que mon dit sieur Du Vivier, se trouvant à

(1) Voir dans la France protestante la notice que MM. Haag: ont consacré à Abraham Couet Du Vivier,

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