‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 136 sur 188 · M. DE LOUVOIS AUTORISE LE TIRAGE · texte numérisé non relu

M. DE LOUVOIS AUTORISE LE TIRAGE

Paris avec les sieurs Benoît et la Placettc un peu devant la révocation de l'Edit de Nantes, ils allèrent, par curiosité, voir le cabinet des médailles du roi, dont M. Rainssant (1 ) avoit la garde, que là ils furent fort étonnés de voir mes Tables fort curieusement tendues, regardant ce malheureux ouvrage comme triomphant en pays même d'inquisition; sur quoi le sieur Rainssant leur avoit ingénument déclaré comment cet étrange phénomène paraissoit là, savoir que lui Rainssant ayant su tout le fracas arrivé au sujet de cet ouvrage, dont il faisoit un tout autre jugement que les ignorants et les faux zélés, il avoit regretté les fâcheuses suites d'un si grand malentendu. Que pour ce sujet, profitant un jour de la visite que M. de Louvois étoit venu faire dans la bibliothèque du cabinet des médailles, il lui avoit parlé d'un grand tort qu'on avoit fait au public par la proscription d'un ouvrage qui lui pouvoit être utile, et dont, en son particulier, il faisoit un très grand cas ; qu'il y avoit cependant un très innocent moyen de ramener le roi là-dessus, et que, si mon dit sieur de Louvois lui vouloit laisser un billet pour le sieur de la Reynie, portant pouvoir de faire transporter dans la bibliothèque les planches de cet ouvrage avec un ouvrier et une presse pour tirer seulement deux ou trois exemplaires, dont un seroit donné à quelques docteurs de Sorbonne pour en faire la correction, laquelle ne pouvoit aller qu'à quelque peu de mots par-ci par-là ; il y avoit tout sujet d'espérer que le roi reviendroit de lui-même de la prévention où on l'avoitjeté. Que là-dessus M. de Louvois avoit accordé le billet requis, sur lequel six exemplaires (2) avoient été tirés, dont

(1) Pierre Rainssant, né à Reims vers 1640, étudia d'abord la médecine avec beaucoup de succès. Nommé directeur du cabinet des Médailles du roi, il fut admis l'un des premiers à l'Académie des inscriptions, qui portait alors le titre d'Académie des Médailles. Un jour qu'il se promenait seul dans le parc de Versailles, il se laissa tomber dans la pièce d'eau dite des Suisses et s'y noya le 7juinlG89. [Biographie universelle.)

(2) 11 est probable que les 6 exemplaires des Tablettes de Rou, tirés à la Bibliothèque du roi, ne furent pas les seuls qui ('•(•happeront au naufrage, car nous en

, connaissons déjà G exemplaires (2 à la Bibliothèque impériale, 2 à l'Arsenal, 1 à la

DE SIX EXEMPLAIRES DE^ CABLES l»H KOU. 207

31. de Lé-mois en avoil i;ardé deux pour sa curiosité particulière, qu'un troisième avoit été destiné à la bibliothèque, le quatrième laissé au sieur Rainssant comme pour son droit d'avis, et que Jes deux autres avoient été livrés aux docteurs afin d'y faire leurs remarques; et que c'étoit là l'unique raison pourquoi cet ouvrage étoit là ainsi étalé. Qu'au reste lui Rainssant a\ a 11 1 déjà obtenu des docteurs les corrections nécessaires, il ne doutoit pas qiy3 son dessein ne réussît, parce que monsieur le chancelier à qui il s'en étoit ouvert, en devoit incessamment palier au roi. Aroilà pour ce qui regarde le premier des deux avis de ci-dessus, savoir celui de M. Du Yivier (1).

L'autre me fut donné par le fameux M. Bayle, de qui, pour abréger, il suffira de rapporter les trois ou quatre billets que voici :

A M. de Marcilly, etc.

« Le 27 juillet 1685.

« J'ai cru, Monsieur, que vous seriez bien aise que je n'atten- « disse pas la commodité d'un ami pour vous envoyer l'incluse « que j'ai reçue ce matin ; ainsi, je vous l'envoie par la poste. « "Vous direz s'il vous plaît à M. Rou, que lui écrivant, il y a « deux jours, j'oubliai de lui marquer que M. Rainssant me de- « mandoit s'il étoit vrai qu'il fit regravei? ses Tables, et qu'il « ajoutoit qu'il avait fait coller les siennes sur de la toile, et

bibliothèque Mazarinc, 1 au British Muséum, et il nous en a été signalé 1 ou 2 autres exemplaires sur des catalogues de vente. Du reste, Rou nous apprend luimême (page 58) que sur une cinquantaine d'exemplaires qui se trouvaient chez lui lors de la saisie de ses planches, on en avait pris 35. On pourrait supposer que les 15 autres furent sauvés; mais alors comment expliquer ce qu'il dit plus loin, qu'il ne put emporter avec lui en Hollande qu'un seul exemplaire. — L'auteur de l'article sur Rou, dans le supplément de la Biographie universelle, nous apprend qu'il existait un exemplaire de ses Tables dans la bibliothèque de l'abbé Rive, achetée en 1793 par Chaussard et Colomby.

(1) Tout le détail ci-dessus n'est pas tiré de M. Du Vivier seul; il l'est aussi de M. Benoît, qui m'en fit instruire par mon frère dont j'ai la lettre du 7e mars 1C86. Or, M. Benoît, comme il a été dit, accompagnait M. Du Vivier dans cette visite chez M. Rainssant. [Note de l'auteur.]

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