LE DUC DE MONTÀUSIER LUI PROPOSE
et voici le compte qu'il me lit l'honneur de m'en rendre dès les premiers jours :
« A Versailles, le 9 juin 1686.
« Si j'ai tant tardé à faire réponse à deux de vos lettres, « comme il paraît, Monsieur, que vous en êtes en peine (par « votre dernière du 30 de l'autre mois), ce n'est pas pour avoir « négligé la recommandation que vous me faites de vos « planches; car j'ai fait tout ce qu'il m'a été possible pour vous « en procurer la main levée et la délivrance, et ne l'ayant pu « obtenir, j'ai demandé du moins qu'elles fussent en lieu sûr « pour les retrouver. Je vous ai mandé comme j'en avois écrit « à M. de la Reynie dont vous avez su la réponse. J'ai sollicité « depuis et vu M. le chancelier, à qui j'ai représenté le tort « qu'on vous faisoit de ne vous pas rendre ce qui vous appar- « tenoit, où vous aviez mis tout votre temps et employé tout « votre bien, et je l'ai pressé là-dessus d'une manière très « forte, mais qui n'a point été efficace pour vous, ne m' ayant « dit que les mêmes choses que M. Rainssant m'a dites en «deux conférences que j'ai eues avec lui; que vos Tables « étoient un trop bel ouvrage pour en frustrer le public, et « que l'intention du roi étoit qu'elles fussent corrigées pour « les rendre publiques. Je vous dirai qu'à leur sujet on nous a « fait la guerre, à M. de Meaux et à moi, qui étions auprès de « Monseigneur le Dauphin, de ne nous être pas aperçus des « choses qui y étoient contre la religiou. M. Rainssant m'a fait « voir les corrections qu'on y avoit faites, et il y en a un « cahier. Il se présente un graveur qui veut les entreprendre « et qui promet d'ôter et de substituer ce qu'il faut, sans qu'il « v paraisse. Voilà, Monsieur, où en sont les choses, dont j'ai « d'autant plus de déplaisir à votre égard, que j'espérois tou- « jours dans la suite quelque changement favorable pour vos iu- « térêts, lesquels je n'ai cessé de représenter; sur quoi l'on m'a « fait entendre qu'il n'y aurait que votre retour qui seroit « capable de vous le procurer. Vous en savez la condition sans
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« vous le dire. Mais Dieu, qui lait Loul pour le mieux et qui se
« sert de tout moyeu pour le tourner à sa gloire, ne vous pré-
« senteroit-il point celui-ci pour vous faire revenir au giron de
« l'Eglise? Je le prie de tout mon cœur qu'il veuille bien vous
« éclairer, et je vous conjure, Monsieur, d'être bien persuadé
« qu'on ne peut avoir pour vous plus d'estime et de considéra-
« tion que j'en ai.
« Moktausier. >
« P. S. Si vous reveniez, comme je le souhaite, M. le chan-
« celier m'a assuré que vous trouveriez encore des avantages
« considérables; ne les négligez pas. »
Avant que de venir à la réponse que je fis à cette lettre, il est bon de parler de celle de M. de la Heynic qui y est mentionnée, et que M. de Montausier m'avoit déjà l'ait tenir depuis près de trois mois, et cela par cette autre lettre de lui-même, du 31 mars 1686, écrite à Versailles.
« Vous avez ici une lettre de M. de la Reynie que je vous « envoie et qui vous apprendra quel est son sentiment sur « votre sujet, et ce que vous avez à espérer au regard des « planches de vos Tables chronologiques. Je souhaite, Mon- « sieur, qu'elles vous soient bientôt rendues, vous promettant « de m'y employer, et qu'en cette occasion comme en toute « autre, je serai ravi de vous pouvoir donner des marques de « l'estime et de la considération particulière que j'ai pour vous.
« Moktausier. »
Cette lettre de M. de la Reynie étoit telle :
A Monseigneur le duc de Montausier.
« Monseigneur,
« Je n'ai aucune connaissance des poursuites qu'on dit être « faites contre M. lîou, à cause de sa retraite dans les pays « étrangers, Je sais qu'il n'est sorti du royaume qu'avec congé « du roi, et qu'ainsi il ne peut être regardé comme compro-