‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 141 sur 188 · AU DUC DF MONTAI'SIEU · texte numérisé non relu

AU DUC DF MONTAI'SIEU

aussi vous protesté-je, Monseigneur, que, quand la crainte de Dieu et le sérieux intérêt de mon salut ne seroient

< pas les principaux motifs qui me font ranger à mon devoir,

< au moins, ne fût-ce que pour ne ine rendre pas indigne de l'honneur de cette précieuse estime dont il vous plaît de

i m'assurer si obligeamment, je me donnerois bien de garde de tomber dans une faute qui ne pourroit vous inspirer pour moi que le dernier mépris, et me faire déchoir à jamais de tout l'honneur qu'il vous a plu de me faire jusqu'ici. Ce qui me fait raisonner de la sorte, Monseigneur, c'est, d'un côté, que vous ne sauriez douter que de quelque manière que puisse être envisagée ma religion par ceux qui en professent une autre, pour ce qui est de moi, du moins, je ne la croie bonne, et même la seule bonne ; de sorte que l'abjuration qu'on m'en feroit faire, si malheureusement j'en étois capable , ne pourroit être regardée que comme la plus infâme apostasie et un renoncement à toute sorte d'honneur, conseil qu' une personne de votre probité et de la pureté comme de l'élévation de votre vertu, n'étoit pas capable de me donner d'elle-même si l'on n'eût pas exigé cela d'elle avec une particulière instance; et je trouve en effet, d'ailleurs, que vous ne me touchez cela que d'une manière fort délicate, non par voie de sollicitation, mais par voie de simple souhait, ce qui me fait admirer l'obligeant tour de votre ménagement, et m'est un nouveau sujet de la plus humble reconnaissance. Je ne vous cèle pas, Monseigneur, que la perte de mes Tables m'est sensible : c'étoit le doux fruit de plusieurs laborieuses veilles, l'épuisement de mon bien et de mon esprit, le seul morceau de pain, en un mot, que je pensois laissera mes pauvres enfants. Le tort qu'on me fait à cet égard est une injustice criante dont l'étonnement ne peut cesser que parla familiarité des exemples dont notre siècle est rempli. Mais, heureusement, je m'y suis préparé de longue main, et enfin j'ai d'autres Tables bien plus précieuses que celles-là à conserver :

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