‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 156 sur 188 · ANXIÉTÉ DE ROU · texte numérisé non relu

ANXIÉTÉ DE ROU

cesse ; tâchez encore de le voir ayant midi ; si on lui fait bien entendre le risque où il s'exposera en résistant trop au penchant de Son Altesse royale, on l'arrêtera tout court (1). Je ne vous saurois rien dire de meilleur; cependant prenez courage et ne vous affligez point trop, il n'y a encore rien de désespéré; je vous laisse là-dessus et prie Dieu de tout mon cœur de nous vouloir aider. » Ce furent les douces paroles sur lesquelles M. le greffier me laissa.

Je passai la nuit avec assez d'inquiétude, à cause des tentatives que j'avois à faire le lendemain. La première de mes visites fut auprès du président Gerlacius, qui entroit en semaine ce jour-là (c'était le dimanche 13 février 1689). Il m'écouta assez favorablement à cause du tour que, sans faire semblant d'y toucher, je donnai au petit compliment que je lui faisois ; et après l'avoir quitté je me rendis à l'Eglise, où j'avoue, à la honte de ma fragilité, que je n'y fis pas grand profit ; n'ayant fait, tout au plus, qu'élever incessamment mon cœur à Dieu pour implorer son assistance dans un si grand besoin. Au sortir du prêche je joignis le marquis de Langey, selon que nous en étions convenus la veille, et nous allâmes ensemble chez le prince de Frise, dans l'antichambre duquel étant entrés, mou étonnement ne fut pas petit d'y trouver le député Haersolte qui m'étoit si contraire, s'entretenant en particulier avec l'agent Roseboom, appuyés tous deux contre les fenêtres; car j'appréhendai fort que ce membre de l'assemblée ne fût là pour travailler contre moi. Cependant, ces messieurs nous ayant aperçus, l'agent s'avança vers moi d'un visage fort ouvert, et me félicita de ma promotion. « Monsieur, lui dis-je, oserois-je vous demander si c'est que vous voulez divertir M. Haersolte à mes dépens ; car il ne me cacha point à moi-même lorsque je me

(1) G'étoit le marquis de Langey qui devoit faire entendre cet endroit délicat au prince, dont il avoit l'oreille, et qui devoit être mon introducteur auprès de Son Altesse. [Note de l'auteur.]

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donnai l'honneur, il \ a doux jours, de lui aller demander son suffrage, qu'il étoit hors d'état de me raccorder, ayant déjà donné sa parole à M. Heinsius; et pour ce qui vous regarde en particulier, Monsieur, vous savez encore mieux que moi que mon affaire est toute désespérée. — Monsieur, me répliquat-il, je n'en juge pas de même, et M. Haersolte dont vous parlez, peut, s'il veut, vous en dire autant que moi. » Je remerciai cependant le sieur Roseboom à telle fin que de raison ; et comme nous en étions là, le gentilhomme du prince, qui nous avoit fait entrer, le marquis de Langey et moi, nous vint dire que le prince dîneroit en ville et qu'il nous étoit inutile d'attendre davantage. Nous nous séparâmes tous là-dessus, et moi ayant pris congé du marquis, dont l'auberge étoit à deux pas de là, il me vint dans l'esprit de passer par la cour afin de voir si M. le greffier, qui devoit être allé faire un tour à son bureau au sortir de l'Eglise pour travailler à la résomption dont j'ai parlé, n'y seroit point encore, et en effet, heureusement je l'y trouvai; ce fut là que je trouvai mon vrai baume de Galaad, et le parfait dénoûment de toutes les intrigues qui m'étoient contraires. D'abord que M. le greffier me vit, il m'aborda d'un air gai et me tendant obligeamment le bras. « C'est-, me dit-il, la main d'association que je vous donne, et (je vous proteste) avec une très grande joie ; dites surtout à madame Rou que je prends grande part à la sienne, comme je tâchai hier de lui en donner des marques secrètes par l'envoi que je lui fis du sieur Cunes. » — Je remarquai fort bien, pour le dire en passant, la délicatesse de l'obligeant tour^jue prenoitlà M. le greffier, à faire entrer ainsi tout exprès dans la pièce comme par machine, ma femme, dont hors cela il ne s'agissoit ni près ni loin, uniquement pour me chatouiller de la petite réflexion sur les différences titulaires de mes deux postes, le précédent et celui-ci.

M. le greffier ajouta à tout ce qu'il venoit de me dire d'obligeant, qu'il avoit expressément recommandé au premier clerc de me faire expédier au plus vite mon acte d'installa-

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