SES RÉFLEXIONS SUR
tion (1), afin de me le pouvoir lui-même livrer dès le lendemain. Ainsi je m'en retournai chez moi dans un état bien différent de celui ou je m'étois va la veille (2), ce qui me fit aussitôt songer à cet endroit du psaume XXX, 5 :
Ainsi très souvent il avient Que deuil au soir chez nous se tient, Puis, sitôt que le jour se montre, Matière de joie on rencontre.
Et c'est aussi pourquoi me tournant comme j'avois fait vers Celui à la volonté de qui je me résignois, mais par des élans d'une toute autre nature, je lui dis avec la joie d'un esprit affranchi et tout soulagé :
Enfin, mon Dieu, tu me remets De deuil en joie, et me revêts Au lieu d'un sac, de plaisir vrai, Dont sans fin ton lot chanterai, Partout publiant ta puissance, Seigneur Dieu de ma délivrance.
C'est ici que doit être placée une réflexion qu'il y a longtemps que j'ai en vue, parce que depuis le premier moment de sa conception jamais elle n'est sortie de ma mémoire; réflexion aussi d'une telle importance qu'il n'y a personne qui ne se la doive appliquer en propre, mais que tous en particulier, mes chers enfants, ne sauriez jamais graver assez profondément dans votre cœur : c'est que, de ma propre expérience, et une expé-
(1) Voici les noms des députés qui composoient l'assemblée des états généraux lors de mon installation, savoir le samedi 12 février 1 689 :
Henri Bentinck, président lors de la résolution d'installation ; — Bergestein ; — baron d'Heeckeren ; — Hinlope; — Wynbergen; — Groenendyck ; — Oosthuysen ; — Cuper ; — Haersolte; — Van Els; — Gerlasius, président lors du serment prêté, savoir le 16 février 1689. [Note de l'auteur.]
(2) Voici ce que Bayle écrivait à Rou, au sujet de sa nouvelle promotion :
« Dès hier au soir, mon très cher Monsieur, j'aurois eu l'honneur de vous écrire, pour vous témoigner ma joie de ce qu'on vous a accordé si justement la charge dont on m'avoit parlé chez M. Jurieu le jour précédent, et pour vous assurer de l'intérêt intime que je prends à cette justice qu'on a rendue à votre mérite, si le mauvais temps ne m'eût empêché do revenir assez tut au logis, ayant été dîner à un quart de lieue d'ici. (Lettre du 24 février 1689.)
LA PREVOYANCE l>lï DIEU. 260
rience confirmée par une infinité de répétitions d'en haut, j'ai reconnu, depuis que j'ai été capable de quelque méditation solide, que quand on cherche Dieu, très assurément on le trouve; et qu'encore qu'il n'y ait rien de plus commun dans l'Ecriture que de dire que Dieu est invisible, j'ai eu plus de vingt occasions dans autant de traverses dont ma vie a été agitée, de m' écrier que pour certain j'avois vu Dieu face à face; et de reconnaître qu'il n'y a rien de si restaurant et de si capable d'établir fermement dans lame la plus inquiète une parfaite tranquillité, que de se résigner entièrement à la sainte conduite de la sage Providence, et de s'y tenir fortement collé par une vive et inébranlable foi, persuadé que, quand on s'acquitte bien de ce devoir, jamais Dieu ne manque de le rétribuer, je ne dirai pas au double, mais au centuple, ses bénédictions ne pouvant être limitées. G'étoit sans doute un prodigieux terrassement pour moi que de me voir en un jour enlever tout mon bien par la plus criante des injustices, et d'être à la veille, ou de mendier mon pain, ou de périr de misère. On m'offrit par plus de vingt fois de me rendre non-seulement tout ce qu'on m'avoit ôté, mais même de me combler d'honneurs, selon ce qu'en insinue le postscript um de la lettre de M. de Montausier, sur la parole de M. le chancelier même, mentionné ci-dessus; mais tout cela en me marquant sous quelles conditions et à quel prix je me pourvois uniquement procurer ce bonheur. Je ne balançai pas le moins du monde sur l'article, et je dis à tous ceux qui me parlèrent sur ce ton, que j'avois quelque chose d'encore bien plus assuré que tout ce qu'ils me promettoient , savoir ma résignation entière à tout ce qu'il plairoit à Dieu d'ordonner de moi; que toute la parole des plus grands hommes , même celle des princes et des rois, n avoit pas plus de solidité que le sable, mais que je me fondois sur le Rocher des siècles; et que j'étois fortement persuadé que Dieu, qui paroissoit alors m'éprouver si rudement, ou me rendroit un jour ce qu'il venoit de permettre qu'on me prit, ou me donneroit quelque autre chose d'infini-