‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 161 sur 188 · REMARQUES ET CORRECTIONS · texte numérisé non relu

REMARQUES ET CORRECTIONS

« cez d'en parler; mais je voudrais m'y arrêter un peu plus, >< faisant toujours semblant, comme vous le faites si bien, de « n'avoir pas envie d'entamer un si grand sujet. Mille et mille « grâces de F honneur que vous me faites de me consulter ; « votre amitié vous fait avoir meilleure opinion de moi que je « ne mérite quant aux lumières; mais quant à la cordialité et « au zèle pour votre service, vous ne pourriez jamais, mon cher « Monsieur, aller par vos idées au delà du vrai. C'est votre très « humble et très obéissant serviteur.

Après avoir fait une sérieuse attention aux deux choses que M. Bayle me marquoit par cette lettre, je retouchai ma pièce entièrement dans ses vues, et la lui ayant renvoyée dans ce nouvel état, voici comme il m'en écrivit, mais en n'y exigeant rien de plus, car pour le léger scrupule du petit vers : « // en aiiroit jusqu'à demain, » il se rendit à la remarque que je lui lis que cette expression ne se devoit pas prendre au pied de la lettre et par sous-entente d'un temps si borné, mais pour une équivalence de cette autre expression : « 77 nauroit jamais fait, » qui, bien loin de signifier un temps court, emporte une espèce d 'éternité. Ainsi M. Bayle approuva ma pièce telle qu'il la reçut après cette révision. Voici donc la deuxième lettre de M. Bayle sur cet article; elle est du commencement de mars 1690:

« C'est me traiter avec des cérémonies, mon très cher Mon- « sieur, qui pourraient passer pour des défiances de mon goût, « que de me faire des excuses de la révision de votre charmant « dialogue. L'importunité ne serait pas à craindre à la dixième « lecture, selon la maxime Decies repetita placebunt, quand ce ne « seroit que la même chose ; à plus forte raison ne l' est-elle « pas lorsqu'il s'agit de revoir une seconde fois une bonne « pièce refondue et très différente du premier état. J'ai été, « je vous le proteste, encore plus charmé de cette nouvelle

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« forme que de la première, et c'est une marque que vous avez su retoucher partout comme il le falloit, car autrement ceux « qui ajoutent à une première production, et qui retiennent « des morceaux entiers de cette première, courent risque de « faire un ouvrage beau à la vérité, à ne le considérer qu'en « ses parties, mais mal entendu et mal assorti quand on le « considère en son tout, parce qu'on n'attrappe pas aussi aisément la convenance qui doit être entre les parties qui avoient « déjà été ajustées avec d'autres, et de nouveaux morceaux, que celle qui doit être entre des parties formées en même temps. « Je vous donne à examiner un scrupule qui m'est venu d'a- « bord sur ce vers de la 184° page : « II en anroii jusqu'à « demain. » Il me semble que cela ne donne pas une assez « grande idée, et que le lecteur étant plus frappé du petit « espace de temps qui n'est que du soir au matin, qu'il ne l'est « de ce qu'au fond cet espace est plus que suffisant pour par- « courir un nombre innombrable de vertus, ne trouvera pas « l'éloge représenté par des traits assez relevés. D'autre côté, « ce seroit tomber dans le froid et le cacozèle ( pour me servir « de ce terme des anciens rhéteurs), que de vouloir métamor- « phoser demain en un siècle. Ainsi il vaudroit mieux peut-être « prendre la chose ainsi, qu'en vain on voudroit donner aux • vertus de la reine les éloges qui leur sont dus, puisque pour « compter seulement ses excellentes qualités « on en aurait « jusqu'à demain,-»

« L'opposition est plus sensible entre compter et donner les « justes éloges, qu'entre éplucher et parcourir; et, de plus, un « chicaneur vous diroit fort bien que, s'il ne tient qu'à être oc- « cupé du soir au matin, ce ne seroit pas en vain qu'on entre- « prendroit un ouvrage, n'y ayant rien de plus aisé que de « s'engager à un travail aussi court que celui-là. J'avoue néan- « moins que, comme il faut plus de temps pour éplucher que « pour parcourir, on répondroit pour vous, s'il le falloit, per- « tinemment à ce chicaneur. Je ne vous marquerois pas ces

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