ETABLISSEMENT DE CONFERENCES
ingénieuses qui ont été inventées à diverses fois pour l'instruction des souverains, comme celles de Desmarets, de Brianville et de Y abbé de Dan ■ geau, qu'ils seroient au jeune homme plutôt un déguisement d'étude qu'un jeu véritable; en sorte que, même en se reposant, il ne laisseroit pas de courre et avanceroit toujours chemin dans la carrière de la vertu, suivant le précepte du philosophe (Aristot. PoL, VII, 17), qu'un prince ne doit avoir- aucun jeu ni amusement dans sa jeunesse qui ne soit une image de ce qu'il doit dans la suite pratiquer sérieusement dans un âge plus avancé.
Quoique dans ces divertissements mêmes, pour ne pas trop gêner mon petit homme par une perpétuelle présence qui pourroit insensiblement lui faire regarder ma personne comme une espèce d'esclavage pour lui, je jugeasse bien être assez à propos de lui abandonner quelques heures pour son recueillement particulier, ce ne seroit pourtant pas de sorte que, sans faire semblant de rien, je n'eusse toujours en quelque façon les yeux sur sa conduite la plus cachée, dont j'aurois soin tous les soirs, avant l'heure du coucher, de lui faire rendre une espèce de compte, comme par manière de conversation, et, prenant occasion sur chaque chose de lui faire des leçons et de lui donner des avertissements, lui faisant remarquer en quoi il pourroit avoir failli, et lui remontrant ce qu'il devoit avoir dit ou fait, afin que cela lui servît de correctif en d'autres rencontres.
Mais au milieu de cette petite sujétion, je me ferois une si grande affaire de ne point traiter mon pupille d'un air magistral et austère, que nonobstant la différence d'âge et ma qualité de gouverneur, je voudrois agir avec lui comme d'ami à ami ou de frère à frère, ne procédant point par voie d'ordre et de commandement, mais par voie d'avis et de conseil ; en un mot, je le traiterois avec tant de cordialité et d'attachement à ses petits intérêts, que, s'il y avait moyen, il seroit le premier à croire de n'être nulle part si bien qu'avec moi. J. K.
Vers le mois de juin de Tannée 1691, croyant ne rendre qu'une simple visite à un de nos ministres réfugiés qui étoit de mes plus intimes amis, il se trouva que, sans y penser, j'avois pris le jour auquel la plupart des pasteurs de la Haye, ordinaires et autres, s'assembloient règlement toutes les semaines pour s'entretenir de matières de leur profession ; ce qu'ayant su, et voulant, par discrétion, me retirer, ceux de cette honorable compagnie qui l'un après l'autre, et de fort près après, s'étoient rendus à l'heure destinée à ces exercices, me firent l'honneur de s'opposer à ma retraite, disant qu'encore que je ne fusse pas de leur profession, je m'étois assez distingué dans celle des belles-lettres en général pour ne gâter rien dans les