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ressait beaucoup à ce gentilhomme qu'elle connaissait, ne t'ait que de sortir de ma chambre. Nous avons parlé assez sérieusement de ses affaires, qui ne sont jamais de moins que de la tête. Le comte de Créance veut à toute force qu'il l'ait coupée, Pomenars ne veut pas : voilà le procès (1). »
Il fut jugé et. condamné par contumace cinq mois après, et lit aux Rochers une nouvelle visite à madame de Sévigné, qui raconte ainsi ce fait à sa fille : « L'autre jour, Pomenars passa par ici; il venait de Laval, où il trouva une grande assemblée de peuple; il demanda ce que c'était: C'est, lui dit-on, que l'on pend un gentilhomme qui avait enlevé la lille du comte de Créance. Cet homme-là, sire, c étoit lui-même (2). Il approcha, il trouva quele peintre l'avait mal habillé ; il s'en plaignit ; il alla souper et coucher chez les juges qui l'avaient condamné. Le lendemain, il vint ici se pâmant de rire: il en partit cependant de grand matin le jour d'après (3). » Il se rendit ensuite à Paris, et nous le retrouvons assistant à une représentation de Bajazet, où était madame de Sévigné. « Au-dessus de M. le Duc, dit-elle, était Pomenars avec les laquais, le nez dans son manteau, parce que le comte de Créance le veut faire pendre, quelque résistance qu'il fasse (4). »
Pour qui ne connaît pas ces temps, tout paraît mystérieux dans la vie de ce don Juan breton, et dans l'indulgence dont il était l'objet. Les témoignages d'amitié que ns craignaient pas de lui donner des personnes recommandables sont une chose si étrange, qu'ils ont besoin de quelques explications. Nous apprenons que, huit jours après cette représentation de Bajazet, Pomenars fut taillé de la pierre ; qu'il reçut la visite de la duchesse de Chaulnes et de madame de Sévigné. Elle écrit à sa fille : « Madame de « Chaulnes m'a donné l'exemple de l'aller voir. Sa pierre est grosse comme « un petit œuf : il caquette comme une accouchée ; il a plus de joie qu'il n'a « eu de douleur; et, pour accomplir la prophétie de M. de Maillé, qui dit a « Pomenars qu'il ne mourrait jamais sans confession, il a été, avant l'opéra- « tion, à confesse au grand Bourdaloue. Ah! c'était une belle confession que « celle-là! il y fut quatre heures! Je lui ai demandé s'il avait tout dit; il m'a « juré que oui, et qu'il ne pesait pas un grain. Il n'a point langui du tout « après l'absolution, et la chose s'est fort bien passée. Il y avait huit ou dix « ans qu'il ne s'était confessé, et c'était le mieux. Il me parla de vous, et ne « pouvait se taire, tant il est gaillard (5). »
On ne peut douter que madame de Sévigné et la duchesse de Chaulnes
(1) Sévigné, Lettres (26 juillet 1671).
(2) Allusion à l'épitre de Clément Marotau roi, Pour avoir été d&obé.
(3) Sévigné, Lettres (11 novembre 1671).
(4) Sévigné, Lettres (18 janvier 1672 0159 septembre 167o).
(5) Sévigné, Lettres (12 janvier 1680).
ne lussent parfaitement instruites de la vie scandaleuse de Pomenars. .Madame de Sévigné, quinze jours après la lettre que nous venons de citer, ayant à demander à sa lille cet alîreux procès de la Voisin l'empoisonneuse, dans lequel tant de grands personnages se trouvèrent compromis, lui dit : « Pomenars a été taillé; vous l'ai-je dit? Je l'ai vu; c'est un plaisir que de « l'entendre parler de tous ces poisons; on est tenté de lui dire: Est-il pos- « sible (pic ce seul crime vous soit inconnu? (1) »
Ceci nous apprend que Pomenars parlait avec chaleur contre la duchesse de Soissons, dont la fuite prouvait la complicité avec la célèbre empoisonneuse, et que cette ardeur contre de tels coupables étonnait madame de Sévigné, sans que pourtant elle crût Pomenars capable d'un tel crime. Ce qu'elle a dit de lui, démontre qu'elle le connaissait depuis longtemps (2). Il élait probablement, avec Tonquedec, au nombre de ces gentilshommes bretons qui, au temps de la Fronde, fréquentaient sa maison comme amis de son mari, devenus ensuite les siens. Il est évident qu'il était protégé à la cour par des hommes puissants, contre les ennemis qu'il s'était faits dans sa province et contre les juges qui l'avaient condamné. Le procès qui lui fut intenté pour fausse monnaie était ancien, et datait probablement de cette époque où, en haine deMazarin, tout paraissait permis contre le gouvernement, alors que les auteurs ou complices de tels brigandages ne perdaient pas pour cela la qualification d'honnêtes hommes. Ce qui me conlirme dans cette idée, c'est que madame de Sévigné dit que Pomenars se mettait peu en peine de son affaire de fausse monnaie (3).
Louis XIV, qui exilait le mari de madame de Montespan, ne pouvait apprendre avec plaisir que mademoiselle de Bouille, pour se venger d'un amant dont l'amour élait éteint, l'eût fait poursuivre comme ravisseur, et que des juges de province eussent osé prononcer la peine capitale contre un gentilhomme, pour un fait de galanterie avec une femme non mariée.
Lorsque la duchesse de Chaulnes et madame de Sévigné allèrent voir Pomenars à Paris, on lui avait fait grâce ou il avait purgé sa contumace, car madame de Sévigné n'en parle plus. A Vitré et aux Rochers, Pomenars, par sa gaieté, ses manières, son langage, lui rappelait sa folle jeunesse et les aimables factieux d'une époque de joyeux désordres. Pomenars lui avait aidé a supporter les ennuis d'une ville de province et de la tenue des Etals. (W alckenaer, Mémoires sur Madame de Sévigné, t. IV. p. 14 à 17.)
(i) Sévigné, Lettres (26 janvier 1680).
(-2) Sévigné, Lettres (H aoùtlG71).
(3) Sévigné, Lettres (24 juin 1G71).
... Il peut y avoir des évéchesses... — Ce mot prouve combien était public le scandale causé par les relations de l'archevêque de Paris (Voy. p. 9(5, note 2) avec madame de Bretonvilliers, que les ouailles du prélat surnommaient la Cathédrale. François de Harlay de Champvallon, archevêque de Paris, mourut à Conflans, près de Paris, d'une attaque d'apoplexie, le 6 août 1695, à l'âge de soixante-dix ans. Il ne put même recevoir ses sacrements. « 11 s'agit maintenant de trouver quelqu'un qui se charge de l'oraison funèbre du mort. On prétend qu'il n'y a que deux petites bagatelles qui rendent cet ouvrage difficile : c'est la vie et la mort. » (Madame de Coulanges à madame de Sévigné, 12 août 1695.) Cette oraison funèbre fut faite par le P. Gaillard, qui ne s'en chargea qu'à la condition de très peu parler du mort. « Il a imaginé de faire un sermon sur la mort au milieu de la cé- « rémonie, de tourner tout en morale, d'éviter les louanges et la satire, qui « sont deux écueils bien dangereux ; tout le prélude des oraisons funèbres « n'y sera point ; il se jettera sur les auditeurs pour les exhorter ; il par- « lera de la surprise de la mort, peu du mort ; et puis Dieu vous conduise à « la vie éternelle. » (Madame de Coulanges à madame de Sévigné, 15 septembre 1695.)
« Vous me faites souvenir de cette sottise que je répondis pour ne pas
« aller chez madame de Bret...0 que je lïavois qu'un fils ; cela fit trem-
« hier vos prélats. » (Lettre de madame de Sévigné, du 15 juin 1680.) Voir aussi : Lettre de madame de Scudéry à Bussy, du 12 juillet 1675. Suppl. de Bussy, 1re partie, p. 189. « On dit que Sa Majesté se lasse de M. de Pa- « ris et de sa vie : il sera quitté comme les maîtresses. » (30 juin 1680.) « On croit M. de Paris interdit, il ne dit plus la messe : il faut un sacrilège « au peuple pour remettre le prélat en bonne réputation. » (24 juillet 1680.) Du reste, Harlay de Champvallon était doué d'un esprit très brillant; il improvisait avec une facilité extraordinaire. Un religieux prêchant devant lui le jour de la Conception, se trouva mal, et fut obligé de descendre de chaire après avoir établi ses divisions. M. de Harlay, alors archevêque de Rouen, prit sa place, se renferma dans le plan qui venait d'être tracé, et prononça le discours sans aucune préparation. (Note de M. Monmerqué.)
— PAGE 81, note 1. —
Balthazar de Crevant dl lumières, chevalier de Maltc^ commandeur de Villiers au Liège, abbé de Saint-Maixant et de Prcuilly, mort en septembre
AfPBIIHCIi 323
1684. Madame de Sévïgné écrit le 27 septembre de cette année: « La mort « de madame de Cœuvres est étrange et encore plus celle du chevalier « d'Humières; hélas! comme cette mort \a courant partout et attrapant de « tous côtés ! »
— PAGE <S3, lh.m: 17. —
C'est le 3e des 1 2G Oualrains du seigneur de PibraCj dont voici les deux autres vers:
Le soir aussi, km labeur finissant^ Louc-le encore, et passe ainsi l'année.
On voit combien étaient familiers a nos pères ces quatrains de Pibrac et les doctes Tablettes du conseiller Mathieu, que Gorgibus recommande à Celle comme « ouvrage de valeur,»
Et plein de beaux dictons à réciter par cœur.
Tout le monde connaît sur l'avocat Gauthier ces vers de Boileau (satire IX)
Dans vos discours chagrins, plus aigre et plus mordant, Qu'une l'eninie en furie ou Gautier en plaidante
— l'AOE I 08, L1G>E 3.
« Enfermé à Saint-Médard de Soissons, puis réfugié à Saint- Denis, Abei lard fut obligé de fuir cet asile. Il s'était avisé de douter que saint Denis l'Aréopagite fût jamais venu en France. Toucher à cette légende, c'était s'attaquer à la religion de la monarchie. Dès lors la cour, qui le soutenait, l'abandonna. » (Michelet, Histoire de France, t. II, p. 29 1 .)
Le même fait est rapporté dans la biographie d'Abeilard [Encyclopédie des gens dit monde, 1. 1. 33 J.
Voyez aussi tes Mémoires de l'abbé de Ifarolles. pag. 236-241, edit. de «650.
Ce pastiche de Voilure inolive et Justifie assez bien la mauvaise pointf
qui termine le dizain de Claude Le Petit, qu'on trouvera plus loin ((. II, p. 318):
Si tu n'es tout à fait Voiture, Hou, du moins tu l'es à moitié.
Ces sortes de lettres étaient, comme Ton sait, dans le goût du temps. On en trouve un échantillon curieux dans les œuvres de Matthieu de Montreuil (Paris, 1680, in-12, p. 267). C'est une lettre de quatorze pages à mademoiselle ¥**, dans laquelle il lui raconte son voyage à la frontière d'Espagne, et tout ce qui se passa à Fontarabie, à Saint-Jean de Luz, et à l'île de la Conférenee, lors des cérémonies du mariage de Louis XIV, en mai et juin
Grosse viande mal cuite et petite aile. — Il eût fallu écrire aile ou aie, signifiant alors, dans la pensée de Rou, petite bière, ou mauvaise boisson .
Je prends ma bisque, pendant que vous n'êtes encore qu'une jeune demoiselle... — Au jeu de paume, le joueur a le droit de prendre une bisque, c'est-à-dire un quinze, dans le cours de la partie, quand il le juge à propos ; il s'agit de savoir la prendre, de bien saisir son moment, de tirer parti de cet avantage. De là l'expression figurée, pour dire : profiter habilement d'un avantage quelconque. Voici quatre vers de Matthieu de Montreuil A un rival qui avait envoyé un bouquet à une dame de ses amies:
Quoi donc, vous me jouez, faux ami que vous êtes ? Allez en d'autres lieux débiter vos douceurs! N'était-ce pas assez de me passer en fleurs, Sans me donner encor quinze et bisque en fleurettes?
Henri Juslel, succéda à son père, Christophe Juslel, dans la charge de secrétaire du roi à Sedan. Le commerce intime qu'il entretenait avec beaucoup de savants de son époque, a rendu son nom célèbre dans le monde prolestant de la dernière moitié du dix-septième siècle. Quelques années
APPENDICE. 'Î2.r>
avant la révocation de l'Edit de Nantes il se réfugia en Angleterre . devint
bibliothécaire du roi, et mourut à Londres en 1693.
(Voir les Mémoires concernant les vies et les ouvrages de plusieurs modernes célèbres dans la République des lettres, par Ch. Ancillon; la France protestante de MM. Haag. ;
— page 446, note. —
La duchesse de Portsnwulh — Elle avait été conduite à Londres en
4 070, par Henriette d'Angleterre.
« Charles IF, allié de LouisXIV, lui élait dévoué, et se conduisait par ses conseils... Ce fut lui qui donna à ce roi faible, et dominé parla volupté, une maîtresse française, mademoiselle de Kerouel, que Charles II lit duchesse de Portsmouth. Louis XIV la dota de la terre d'Aubigny sur iNière, et fixa d'avance le sort des enfants que le roi d'Angleterre pourrait en avoir, comme il aurait fait des siens propres. » (Voy. Lettres patentes du mois de décembre 4 673, portant donation de la terre d'Aubigny sur Nière a mademoiselle de Kerouel.) Telle fut l'origine des ducs de Richmont et d'Aubigny.
Louis XIV écrivit à M. de Kerouet (M*c),pour essayer de lui faire retirer sa malédiction donnée à sa tille, reconnue maîtresse de Charles II.
Voici cette lettre curieuse, dont l'autographe est en la possession de la famille de Trogoff. M. de Kerouet était frère du grand-père de madame de Trogoff :
« Mon féal et cher sujet, les services impor tant s que la. duchesse de Ports- « moulh a rendus à la France m'ont décidé à la créer pairesse, sous le titre « de duchesse d'Aubigny, pour elle et toute sa descendance.
« J'espère que vous ne serez pas plus sévère que votre roy, et que vous « retirerez la malédiction que vous avez cru devoir faire peser sur votre mal- « heureuse fille. Je vous en prie en ami, mon féal sujet, et vous le demande « en roy.
« Loris. »
(\Valckenaer, Mém. sur Madame de Sévigné, t. IV, p. 268-36 i.)
En 1675, le parti anglais voulut opposer la duchesse de Mazarin à la duchesse de Portsmouth.
DcsGrais, huissier fameux par ses captures. (Voir aussi pagi 55 ligne 30.) On sait que cet exempt fut dépêché en Hollande pour y opérer Parresta-
tion de la marquise de Brinvilliers. Madame de Sévigné, témoin oculaire, raconte que lorsqu'il escortait ensuite cette célèbre empoisonneuse au supplice, « elle dit à son confesseur, par le chemin, de faire mettre le bourreau devant elle, afin, dit-elle, de ne point voir ce coquin de Desgrais qui m'a prise. Desgrais était à cheval devant le tombereau. Son confesseur la reprit de ce sentiment; elle dit : « Ah! mon Dieu! je vous en demande pardon; qu'on me laisse donc cette étrange vue. » [Lettre du 22 juiilcl 1070.)
« Ce jourd'huy, vingt-cinquiesme aoust 1080, a esté baptisé Marie-Eli- « sabelh Rou, fille de Jean Rou, advocat au parlement, et de demoiselle « Louise Elle-Ferdinand, sa femme, présentée par le dit sieur Rou et de- « moiselle Marie Elle-Ferdinand, qui ont dit que l'enfant est né le qualor- « ziesme de ce mois, et ont signé : Rou (avec paraphe).
Marie Elle-Ferdinand. »
(Registre in- Folio des baptêmes faits à Charenton, année 1080.)