‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 19 sur 188 · CONTINUATION DE SES ÉTUDES A SAUMUR · texte numérisé non relu

CONTINUATION DE SES ÉTUDES A SAUMUR

phrase grecque de Théophile. Sur quoi je dirai, à l'honneur de M. Le Coq, et cela avec un très grand plaisir, par cet esprit de reconnaissance dont j'ai parlé, que ce savant jeune homme (car il n'avoit guère plus de dix-sept ans), faisant la lecture de nos leçons journalières, dont notre docteur nous faisoit à mesure toutes les explications, M. Le Coq, dis-je, lisoit tout courant le texte grec de Théophile , comme s'il eût lu du français , sans s'arrêter le moins du monde à la version latine qui étoit à côté. Ainsi je n'ai été nullement surpris, quelques années depuis cela, de le voir se distinguer avec tant de gloire sur les fleurs de lis , après avoir été reçu conseiller au parlement , ce qui arriva deux ans après que j'y eus été moi-même reçu avocat, savoir en 1661 ; car pour moi j'avois été reçu dès 1659, savoir en juin.

Mais c'est venir un peu trop tôt à cette époque de ma vie , et puisque vous avez désiré, en particulier vous, mon fils aîné, d'être instruit un peu plus en détail du cours de mes études, par l'intérêt des vôtres, je retournerai au temps de la mort de votre grand'mère(l), à l'occasion de laquelle je fus envoyé à Saumur. Ce fut le 24 août 1652 que je fis cette triste perte ; j'en fus tout déconcerté, faisant réflexion sur l'espèce d'abandonnement où je m'allois bientôt voir ; mais mon parti fut bientôt pris, et me tournant vers Celui que j'ai toujours eu en vue dans tous mes assauts, je me raffermis par cet endroit des Psaumes :

Quand je n'aurois pour moi père ni mère, Mon Dieu sera pour moi, quoi qu'il en soit.

Etant arrivé à Saumur, M. Amyraut(2), principal du collège, et d'ailleurs pasteur de cette ville, et l'un des plus dis-

(1) « Elisabeth Toutin, vivante veuve de M. Jacques Rou, vivant procureur en la cour du Parlement, a été enterrée au cimetière Saint-Père, le 25 août 1652. » (Extrait du Registre des enterrements faits au cimetière de Saint-Père, au Greffe du Tribunal civil de la Seine.)

(2) Moïse Amyraut, né en 1 596, mort en 1664. (Voir France protestante de MM. Haag;/)tcf. hùt. de Bayle; Mélanges crit. de littér. d'Ancillon.)

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tingués professeurs en théologie, jugea ci propos, après m'a- Toir examiné , de me mettre en première , que je fis sous 31. Doull (1), habile Ecossois, qui étoit régent de cette classe. Je fus, au bout de l'année, nommé pour monter en philosophie ; mais, mon tuteur et sa femme, qui me trouyoient bien jeune pour me laisser faire mes courses si vite , prirent occasion d'un voyage en Poitou, où ils se trouvoient appelés pour le bien de nos affaires, dont une partie regardoit cette province , afin de me reconduire à l'académie après les vacances ; et, étant arrivés, ils allèrent trouver M. Amyraut pour le consulter sur ce qu'ils feroient de moi , vu mon si bas âge , pour des sciences qu'ils jugeoient être au-dessus de ma portée, lui demandant ce qu'il en jugeoit. « Youlez-vous , leur dit-il, en faire un habile homme ? — Vraiment, monsieur, nous ne demanderions pas mieux.— -Eh bien! laissez-le encore un an sous M. Doull, je le lui recommanderai, et, par la douceur de son traitement et la vigilance de ses soins , il le consolera du petit chagrin que je vois bien qu'il a de n'être pas sitôt philosophe ; ou, s'il veut l'être véritablement dès aujourd'hui, qu'il nous le montre par sa sage déférence à nos conseils, et au parti que vous prenez pour son bien ; il aura même en cela un autre avantage , n'y ayant pas lieu de douter, qu'au bout de cette nouvelle carrière, il ne remporte le prix.

Ce prix, néanmoins, dont je ne doutois nullement, vu les places d'honneur que j'avois toujours eues pendant le cours de

(1) Nous voyons qu'au Synode national, tenu à Loudun en 1659, le sieur Doal (probablement Doull, car Aymon est fort incorrect dans l'orthographe des noms propres) est confirmé dans l'office de régent en rhétorique, à l'université de Saumur (t. II, p. 767). —Le, nom de Doull est souvent cité à l'occasion des troubles qui curent lieu de 1656 à 1659 dans l'Eglise réformée de Saumur ; il fut un de ceux qui demandèrent le plus énergiquement la démission du ministre d'Huisseau. Sur cette question de savoir à. qui doivent être imputés les troubles de l'Eglise de Saumur, on peut consulter les Pièces authentiques et décisives, imprimées par les soins du consistoire de ladite Eglise (Saumur, 1059). — François de Jaucourt, marquis d'Ausson,qui avait l'ait sa rhétorique sous M. Doull, dit « qu'il étoit bon homme, mais mauvais régent,» et qu'il n'apprit rien ou fort peu de chose de lui. (Journal manuscrit du marquis ""Ausson, aux archives de la Haye.)

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