CONTINUATION DE SES ETUDES A SAUMUR
cette année dans les thèmes, qu'on nous donnoit pour cela tous les mois, me manqua par mon imprudence, ainsi que je le vais faire voir. On m' avoit envoyé un homme et un cheval pour m' emmener chez nous faire vendange, et Ton avoit mal pris ses mesures en ce qui regardoit la précision du jour de thème, qui avoit été reculé cette année-là pour des affaires particulières de l'académie (1); l'homme et le cheval arrivèrent donc trop tôt de trois jours, et la crainte mal entendue que je me fis d'être grondé par mes supérieurs (qui d'ailleurs auroient été en inquiétude pour moi de quelque fâcheux accident, si je tardois trop à me rendre auprès d'eux) ; cette crainte, dis-je, me lit résoudre à partir sans faire le thème, et j'en allai faire mes excuses àM. Doull. Marésolution lui donna du chagrin ; il fit tout ce qu'il put pour m'en détourner, et n'y ayant d'abord pu réussir, il s'alla fortifier des exhortations de M. Cappel (2), recteur alors de l'académie, aussi bien que de celles de M. Amyraut. Il leur dit que de trente écoliers qu'il avoit eus cette année-là, il ne pouvoit compter que sur cinq qui fussent en état de lui faire un peu d'honneur; et que même de ces cinq, il n'y en avoit proprement que trois entre lesquels le prix pût être disputé, savoir : MM. de Juigné et moi, qu'il nomma même le premier, sans doute, afin de mieux par** venir à son but. M. Cappel me fit l'honneur de me venir chercher, et après plusieurs obligeantes instances, il m'engagea, par l'offre d'une lettre de recommandation auprès de mon tuteur, à attendre le jour du thème. Ce jour vint, et fut aussi
(1) C'étaient les démêlés entre M. Amyraut et M. d'Huisseau. [A.]
Cette querelle qui dura plusieurs années et fit grand bruit à l'époque, amena une scission dans l'Eglise de Saumur. Les difficultés pendantes furent enfin décidées à l'avantage de d'IIuisseau, par le synode national, tenu à Loudun en 1G59, qui cassa les arrêts de plusieurs synodes provinciaux, dont le jugement avait été différent. {Aymon, t. II, p. 7G5-7G8.) [Ed.]
(2) Louis Cappel, né en 1585, mort en 1658, un des plus savants théologiens protestants et regardé comme le père delà critique sacrée. Il fut appelé en 1014 à la chaire d'hébreu, à l'académie de Saumur, et en 1G33 à celle de théologie. (V. la France protestante de MM. Haag.)