‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 27 sur 188 · SA PASSION POUR LES ROMANS · texte numérisé non relu

SA PASSION POUR LES ROMANS

y et oient propres , chose dont je parlerai plus amplement ciaprès. Outre mes humanités et les manuscrits de mon cours de philosophie, dans lesquelles se trouvoient maintes lacunes, je m'attachois par délassement à diverses autres lectures. Mon oncle, entre autres, quoiqu'il ne fût pas homme de lettres, s'étoit par curiosité amassé un recueil des principales cartes géographiques de Sanson (1), lequel il m'abandonna de lui-même, afin de m' occuper aussi à cette science. M. Doull m'en avoit déjà enseigné quelque chose en me montrant la sphère, et je prenois assez de goût à ces sortes d'exercices, aussi bien qu'aux mathématiques qu'un maître arpenteur de notre petite ville, mais assez habile homme, me montroit. Mais ce qui me captivoit le plus, et que je ne me pardonnerois pas encore sans le solide fruit qu'après cela j'en tirai par occasion, et à d'autres égards que celui du divertissement, ce fut la lecture des romans et des comédies,, dont entre autres ceux de la Cassandre et de la Cléopâtre me charmoient si fort, que j'en perdois le boire et le manger. J'eus bientôt dévoré ce qu'en avoit auprès de lui un de mes intimes amis, et que je cousinois, à cause que nous logions ensemble et qu'il étoit frère propre de ma belle-tante. C'étoit, pour un homme sans étude, un des plus jolis esprits qu'on pût voir. Il étoit naturellement poëte, faisant à toute heure et sur les moindres sujets, tantôt un sonnet, tantôt un madrigal, tantôt des stances. Tout cela me tourna encore du côté de la galanterie, et c'est-à-dire m'éloignoit d'autant de la solidité de mes véritables études. En un mot, je puis dire que si Dieu, à qui aussi je n'en témoignerai jamais assez de recon-

(1) Nous devons à Nicolas Sanson, le père, l'obligation d'avoir donné à la science géographique tout le lustre qu'elle a aujourd'hui parmi nous, non-seulement par ses cartes et par son travail, mais encore par les illustres élèves qu'il a formés. Ses fils, Nicolas, Adrien et Guillaume Sanson, et Pierre Moulart Sanson, son petit-fils, ont perfectionné cet art sur les vues et les mémoires de Nicolas Sanson , et nous devons avouer qu'ils ont donné aux cartes de leur père une grâce et une exactitude que les autres géographes n'ont point encore surpassées. (Lenglet du Fresnoy, Méthode pour étudier la Géograplde. T. I, p. 202; éd. de 1742.)

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