‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 35 sur 188 · IL ECRIT DES LETTRES D APPARAT · texte numérisé non relu

IL ECRIT DES LETTRES D APPARAT

pale cause du succès de mon voyage à Saint-Germain, où la cour étoit alors.

Pendant que je suis sur l'article des occupations dont je me travaillons en ce temps-là, il ne faut pas que j'oublie une nouvelle sorte d'entêtement qui m'avoit pris dès déjà quelques années, et ce que je m'en fais ici un devoir est à cause d'une réflexion importante que j'ai à y faire par rapport à cette même Providence, dont je me suis déjà loué ci-dessus, et dont je ne saurois assez exalter les miséricordes, comme étant convaincu par toutes sortes d'expériences qu'elle m'accompagnoit dans toutes mes allées et venues.

Cet entêtement étoit d'écrire des lettres d'apparat au tiers et au quart, et sur les moindres sujets, au devant desquels même je paraissois courir plutôt que de les attendre se présenter d'eux-mêmes. La trop empressée lecture des lettres de Balzac m'avoit gâté là-dessus ; et je croyois de la meilleure foi du monde que pouvoir un jour produire deux ou trois volumes de lettres aux personnes les moins connues de moi (mais qui l'étoient du moins de tout ce qui s'appelle gens de cour et de bel esprit), étoit le non plus ultra de la gloire et du mérite le plus distingué. Or, voici la réflexion que j'ai en vue à cet égard; elle roulera sur quatre chefs principaux :

l°Mon attachement aux langues italienne et espagnole, qui me donna une habitude facile aux traductions ; 2° mon acharnement à la composition de tant de différentes lettres à toutes personnes et sur toute sorte de sujets ; 3° ma passion pour les romans et pour les comédies ; 4° et enfin ma répugnance au droit et à la chicane, qui me fit jeter, comme on dit, le froc aux orties. Je dis que Dieu, imperceptiblement et de loin, me disposoit, par mes propres folies, à être plus en état de remplir, au temps marqué, les fonctions des divers postes dont sa bonne providence avoit à me revêtir un jour. D'une part, ces langues étrangères dont je m'embarrassois, et ces lettres si peu nécessaires dont je fatiguois tout le monde, m'acquéroient insensi-

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