IL QUITTE LE BARREAU
blcment des facilités absolument nécessaires, tant à cette première partie de ma présente charge qui regarde les traductions, que pour l'autre qui concerne le secrétariat des dépêches étrangères auprès de toute sorte de puissances ; d'autre part, ma passion pour les romans et les comédies m'a servi à l'exécution de mes Tables de l'Histoire universelle, et mon renoncement au palais m'a rendu plus facile rabandonnement de ma patrie, que je n'eus pasquittée sans cela, y tenant par les racines; j'aurois été ainsi exposé au malheur de succomber aux rigueurs de la persécution qui a séduit tant d'autres ; au lieu que ces racines ayant été arrachées par la bonté du Seigneur, je n'en suis que demeuré plus en état de sortir de la tempête, pour me rendre au port de salut que Dieum'avoit préparé. Cela m'a fait dire plus d'une fois, en adorant et admirant la sainte Providence, que fétois perdu, si je n'eusse pas été perdu.
Comme une sœur unique (1), que j'avois outre mes quatre frères, et que j'ai toujours aimée tendrement, vint à être mariée, et cela en 1664, je pris occasion du voyage qu'il me fallut aller faire en province dans cette conjoncture pour changer ma soutane en justaucorps et épée, renonçant au palais pour tout le reste de ma vie. Les réjouissances de cette petite solennité étant passées, et une fièvre quarte, causée peut-être par le trop de bonne chère, à quoi l'on s'abandonne assez ordinairement dans ces occasions, m'ayant accueilli au bout de quelques mois, je fus empêché par cette indisposition de retourner si tôt à Paris, où aussi bien mon revers de casaque ne me rappeloit plus avec tant de nécessité. Ce fut dans les intervalles des accès de cette fièvre que, pour me divertir et soulager un peu
(1) C'est probabablomcnt Elizabeth Rou, dont le nom figure sur les registres de baptême du temple de Charenton :
« Le dimanche matin, 21e avril 1641, a esté baptisée par M. Daillé, Elizabeth Rou, fille do M. Jacques Rou, procureur au parlement, et de Elizabeth Toutin, présentée par Henry Toutin, maître orphévre, et Marguerite Simson. » (Reg, in-fol. des baptêmes faits au temple de Charenton, de mars 1C39 a janvier 1G50, fol. 39.)