‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 38 sur 188 · IL COMMENCE SES TABLES CHRONOLOGIQUES · texte numérisé non relu

IL COMMENCE SES TABLES CHRONOLOGIQUES

huit Tables dans l'arrangement de laquelle il se trouve plus d'industrie; je parle de cette première des quatre, parce que la dernière de toutes les huit est celle où cette industrie (s'il m'est permis de parler de la sorte) règne le plus. Je ne songeois d'abord qu'à donner cette ancienne moitié de l'histoire universelle, qui va depuis la création du monde jusqu'à la naissance de notre Seigneur, et je me bornois là sans porter mes vues plus loin. Je m'étois déjà assuré d'un habile graveur en lettres, déjà le marché étoit conclu avec lui pour les frais de son burin, et, en un mot, il étoit à la veille d'enfoncer ce burin dans le cuivre, lorsqu'une affaire qui lui survint l'arrêta pour huit ou dix jours. Ce fut pour moi et pour le meilleur succès de mon entreprise, le plus grand bonheur du monde, que cette rémore, qui, par la bénigne providence du bon Dieu, arrêta le vaisseau de mon embarquement trop précipité, puisque sans cela j'étois perdu, comme je le ferai sentir bientôt.

Comme je ne savois que faire pendant cette suspension de mon ouvrage, il me vint dans l'esprit d'employer ce temps d'oisiveté à l'obtention du privilège qui m' étoit nécessaire ; et comme depuis quelques années, à cause de certains abus de la part, soit des auteurs, soit des libraires, M. le chancelier Seguier n'en accordoit plus sans le visa des examinateurs, qu'il préposoit lui-même à cet effet, M. de Mézeray, qui pour lors étoit chargé de cette fonction, reçut aussitôt une visite de moi, ' et ce fut M. Becq, résident de Brandebourg, et mon ami, comme mon allié, qui me mena chez lui. M. de Mézeray me fit laisser sur sa table tous mes originaux, que nous avions fait porter par un valet, et me dit de le retourner voir au bout de deux jours. Ce terme étant expiré, il me dit qu'il n'avoit rien trouvé dans mon ouvrage qui pût en empêcher le privilège, et me livra aussitôt son attestation. Mais, venant ensuite à raisonner sur le nombre de mes Tables, qui montoit alors jusqu'à douze, parce que les quatre principales colonnes de chacune de mes Tables d'aujourd'hui dévoient alors, selon mon premier projet, faire cha-

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