LE COMTE DE SUNDERLAND
qu'elle affecte généralement pour elles toutes, mais principalement pour la française. Voici ce que c'était.
Dans la crainte où j'étais que milord ne s'accommodât pas entièrement de mon peu de pratique dans la langue anglaise, je lui dis que je m'y appliquois fort aux heures de loisir que me pouvoit laisser mon principal attachement auprès de son fils, et que je ne désespérois pas d'y montrer quelque avancement avant qu'd fût peu. « Oh! me dit-il aussitôt, ce n'est pas ce que « j'attends de vous; c'est, au contraire, ce que j'appréheude- « rois plus que je ne le désirerois ; mon dessein est que tous « mes enfants, et principalement mon fils (1) et ma fille aî- « née (2), ne parlent que français avec vous et vous avec eux. « — Cela est bien glorieux pour la langue française, milord, « lui dis-je, et... — Oh ! ne vous y trompez pas, interrompit-il « aussitôt, ce n'est pas une grande estime que nous fassions « de cette langue et de ceux a qui elle est naturelle ; car, au « contraire, nous méprisons et la langue et la nation ; mais « c'est que nous ne voulons pas qu'il soit dit qu'ayant à la « parler quelquefois nous y faisons des fautes, encore moins « que nous l'ignorons, toute méprisable qu'elle nous est. » J'avoue qu'à une telle ingénuité mon étonnement fut tel que je ne jugeai pas à propos d'en rien témoigner. Nous changeâmes bientôt de discours, et milord ne laissa pas de me faire beaucoup d'honnêtetés.
Il ne demeura là que trois jours, après lesquels sa femme et lui retournèrent à Londres, c'est-à-dire à Whitehall. Au bout d'environ deux mois, le comte, fut envoyé ambassadeur extraordinaire en France, et cette conjoncture donna lieu à ce
(1) Il y avoit bien encore un autre iils qui est le comte de Sunderland d'aujourd'hui ; mais il n'étoit pas à Althrop. Et pour ce qui est de l'aîné (mou élève), il mourut depuis, savoir, en 1688, le 15 septembre, et cela à Paris, âgé d'environ vingt-quatre ans. [Note de ï 'auteur.]
(2) Milady Anne, comtesse d'Arran, mariée en 1088, à Jacques Douglas, comte d'Arran. [Note de Fauteur, |