DE JEAN ROU K.N ANGLETERRE
savoir : l'état de mes affaires en ce pays; l'histoire de mon voyage avec le détail de mes divertissements ; et enfin le portrait de deux petits amours qui occupent chaque jour une bonne partie de mes heures. J'ai consacré le premier article à madame du Plessis, comme plus conforme, ce me semble, à sa solidité; le second est pour mademoiselle des Forges, dont L'inimitable enjouement demande plutôt un pareil caractère que tout autre ; et je vous garde les amours, Mademoiselle, comme vous pouvez croire, taché seulement de ce qu'il n'y en a que deux, vous qui méritez l'encens et les hommages de tout le cortège de Cupidon.
« Madame du Plessis saura donc que, si un palais enchanté pour demeure, une campagne de jardins naturels pour promenade, de perpétuels festins pour nourriture, guère de peine, et beaucoup de liberté d'action et de vie, étoient des choses capables de réparer la perte de sa vue, rien ne manqueroit à ma félicité. Milord Sunderland, chez qui je suis, est un des plus grands seigneurs d'Angleterre, généreux comme un prince, savant et universel comme un Pic de la Mirande (1), et qui a une bonté pour tous ses domestiques, que l'air fastueux et superbe de la nation ne laisse guère d'ordinaire aux personnes de son rang. Madame la comtesse est un digne assortiment de milord son mari; ses manières sont insinuantes, sa vertu, sa piété, le soin de sa famille et principalement de l'éducation de sos enfants, la parfaite intelligence du monde et des affaires, beaucoup de discernement et de pénétration, et enfin mille autres grandes qualités que vous me dispenserez, Mademoiselle, de vous dire, lui font avoir peu ou point de semblable dans l'enceinte de trois royaumes, et il faut que je traverse la mer et repasse en France pour lui chercher un parallèle ; mais en ce cas, je l'aurai bientôt trouvé en madame du Plessis ; c'est
(1) Jean Pic do la Mirandole vivait dans la dernière moitié du quinzième siècle; . . >i mi dos hommes les plus remarquables qui aient existé, par la précocité el retendue de son savoir.