LE DUC DE MONTAUSIER LE KECOMPENSE
lui. ii me renouvela encore ses remercîments, qu'il accompagna d'une tendre embrassade, et me reconduisant jusqu'à son antichambre : « Mon secrétaire, me dit-il en me quittant, vous « dira encore deux mots de ma part dans ce passage. » Effectivement le sieur , comme voulant aussi me dire adieu,
me mit en main un rouleau de papier assez gros, qu'il me dit avoir ordre de me donner, et j'y trouvai 39 louis d'or, sur l'imparité desquels je ne pus m' empêcher de faire quelque réflexion suspecte. Je ne m'explique point autrement ici sur la matière; mais on ne me mettra jamais dans l'esprit qu'une personne comme M. le duc de Montausier, voulant faire une reconnaissance dans toutes les formes, se soit fixé à 39 louis d'or; le droit du jeu, tout au moins, seroit de dire qu'il y avoit eu ordre pour 40. Mais je suis persuadé que comme du vu et du su de M. de Montausier, j'avois employé cinquante jours entiers à mon ouvrage, son dessein n' avoit pas été autre que de me compter mes journées sur le pied d'un louis d'or chacune. Quoi qu'il en soit, je retournai à Paris, c'est-à-dire à l'académie, où je continuai mes fonctions ordinaires, mais pas pour longtemps, ainsi qu'on va voir.
La duchesse de Cleveland, auprès de qui le sieur de la Chénaye me rendoit sourdement de très mauvais offices, par un effet du chagrin qu'il couvoit dans son cœur de ce que je Pavois en quelque façon débusqué; cette dame, dis-je, qui n'étoit déjà que trop disposée à recevoir ces sortes d'impressions par la répugnance qu'elle avoit pour mes soins sur l'instruction de son fils, résolut dans cet état d'inquiétude de faire un voyage en Angleterre, pour animer Sa Majesté contre moi, chose à quoi de simples lettres ne pouvoient suffire. D'ailleurs elle avoit plus d'un martel en tête, et elle vouloit tacher de faire d'une pierre deux coups (1). La duchesse de Ports-
(1) On lit dans Vllistoirc d'Angleterre de Hume : « La maîtresse favorite du roi étoit, en 1603, Madame Palmer. créée plus tard duchesse de Cleveland ; c'étoit une femme prodigue et rapace, de mœurs dissolues et d'un; caractère violent el
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mouth, qui lui avoit enlevé le cœur du roi, la tenoit en cervelle. Elle crut que si sous le prétexte d'entretenir ce prince sur les affaires de son lils, elle pouvoit obtenir la permission d'une entrevue avec lui (chose que depuis son nouvel engagement il lui avoit toujours constamment refusée), elle pourroit, par ses minauderies, où elle n'avojl guère d'égales, se raccrocher avec ce prince de qui elle avoit reçu tant de bienfaits. Mais Charles, qui n'étoit pas content de la vie qu'elle menoit en France, et qui en particulier ne savoit que trop toute l'histoire du chevalier de Chàtillon, ne la voulut point voir, et pour se dépêtrer d'elle, qui lui avoit voulu persuader qu'elle ne venoit uniquement que pour ce qui regardoit son fils : « Puisque vous ne \ onez que pour cela, lui fit-il dire, votre affaire est faite, vous <; n'avez qu'à vous en retourner; Savile, à qui j'en écris, vous « dira le reste et fera ce que vous demandez. » Effectivement elle n'étoit pas encore arrivée, que je reçus la lettre de M. Savile qu'on va voir, et cela par les mains de la Chénayc même, à qui elle avoit été délivrée en mon absence, milord et moi étant sortis pour aller à la promenade, où il ne nous suivoit pas toujours.
« implacable. Kilo eut une- grande part à la disgrâce du chancelier Clarendon. » Les Mémoires de Grammont fournissent de curieux détails sur ses intrigues à la cour de Charles II. La duchesse de Portsmouth la supplanta dans l'affection du roi; cette nouvelle favorite était Française; elle était issue d'une famille noble de Bretagne et avait fait partie de la suite de la duchesse d'Orléans, lorsqu'on 1G70, elle vint en Angleterre. Le père Anselme nous apprend que son véritable nom était Louise-Renée de Keroualle (ou Querouaille) de Penencoet; en 1G73, elle lut créée duchesse de Portsmouth, et pour récompenser les services politiques qu'elle lui avait rendus auprès de la cour de Charles II, Louis XIV lui conféra, par lettres patentes du mois de janvier 1084, à elle et à Charles Lennox, son fils, le duché-pairie d'Aubigny. L'auteur d'un écrit anglais ( The secret history of the dutchess of Portsmouth, giving an account of the intreagues of the court , during lier ministry, and of the death of king Charles II; London, 1090) raconte qu'elle s'appelait Francelia Querouaille, qu'elle était la seconde fille d'un marchand de fer de Paris, et qu'elle, dut sa première élévation au duc de Bellame [sic), qui en fit sa maîtresse et l'emmena avec lui au siège de Candie, où il fut tué. Louise de Keroualle avait un frère, Sébastien, comte de Keroualle, qui, en qualité de lieutenant de vaisseau, accompagna le duc de Beaufort au siège de Candie. Mais l'anecdote nous parait peu vraisemblable, et nous aimons mieux nous en rapporter au témoignage plus digne de foi du prie Anselme.