‹ Magasin d'education et de recréationChapitre 105 sur 142 · LE JAHDI.N DE LISA · texte numérisé non relu

LE JAHDI.N DE LISA

— Ah! tu voudrais un jardin.

— Oui, mais à moi toute seule.

— Pourquoi à toi seule?

— Pour en faire ce que je voudrai.

— C'est-à-dire que mademoiselle désire être propriétaire. Très-bien! dit son papa. Viens avec moi, nous allons choisir ton domaine. •>

Tous les deux sortirent, l'un souriant, l'autre sautant et courant; et elle le mena tout droit à l'endroit désiré. Quelle ne fut pas sa joie quand il lui fut donné, et lorsque son papa dit à René, le jardinier : « Béchez-lui ce petit carré, il est à elle, » et qu'elle vit René remuer la terre comme s'il avait dû y piauler choux et carottes.

Quand ce fut fait : « Maintenant c'est à ton tour, »» lui dit son papa, qui laissa Lisa libre devant sa terre fraîche, unie et brune.

Elle commença par tracer des ronds, des carrés, à tort et à travers, à piétiner de ci et de là. Mais après bien des essais infructueux, elle se résigna à faire simplement deux allées, l'une en long, l'autre en large. Elle les couvrit de sable jaune, pris à la réserve de René, et ses allées furent aussi belles que celles du grand jardin de son papa. Cela fait, elle obtint du jardinier i des violettes de Parme pour les bordures ; quand elle les eut plantées, elle courut chercher sa poupée afin de la promener dans le joli parterre. La largeur des allées était juste ce qu'il fallait pour les petits pieds de la maman et de l'enfant, et encore était-il nécessaire d'y marcher avec soin.

« Je dirai à mon frère Paul de bien faire attention, pensait Lisa, quand il viendra \ jeudi voir mon jardin. Comme il le trouvera , beau! Planlons-le vite. »

Ayant eu encore recours à René, elle fut comblée de richesses. Elle obtint des fuchsias, des géraniums, un rosier nain et bien d'autres fleurs. Mais ce qui mil le comble à sa joie, ce furent trois pieds de canna indica : une fois plantés, ils lui parurent

une grande foret, tant ils étaient hauts et touffus.

Lisa était dans l'admiration et disait à sa poupée :

« Regarde et ne touche à rien, car tu serais punie si tu cueillais la moindre fleur. »

Le lendemain, dès sa leçon finie, Lisa courut à son jardin. Les plantes baissaient la téte. — Vite un arrosoir! — Et la voilà versant à boire à chacune, suivant sa soif.

Comme, pendant ce temps, sa poupée était à terre, Lisa pensa qu'elle serait bien mieux sous une tonnelle, el, prenant un petit paquet d'osiers, les coupant, puis les arrondissant en demi-cercle et les enfonçant des deux bouts, à un pied de dislance l'un de l'autre, elle eut une jolie tonnelle \ qui, grâce à des branches de laurier, devint un abri délicieux. Il y manquait un banc ; un morceau de table sur deux pierres lit i l'affaire, et Lisa assit sa poupée à l'ombre et se promena devant elle en lui recommandant de rester bien tranquille pour ne pas se fatiguer.

« Ah ! que Paul va être émerveillé ! » se disait Lisa.

Le jour suivant, elle trouva qu'il manquait quelque chose à son jardin et se mit à réfléchir gravement.

«i Si je faisais une pelouse? Non, ce n'est pas cela. Ah! j'y suis! 11 faut un bassin, à l'embranchement des allées. »

Et pour mettre aussitôt son idée. à exécution, Lisa courut à la cuisine. Elle en rapporta uu grand plat vert à l'intérieur; puis, creusant la terre, elle l'y enfonça. Les bords jaunâtres à l'extérieur se voyaient encore et faisaient un mauvais effet. Notre petite fillette, fort inventive, prit deux paquets de mousse qui devaient servir à garnir les jardinières du salon; elle les plaça autour de son bassin, et, l'ayant ensuite rempli d'eau claire, elle battit des mains :

son ouvrage était parfait, l'osant alors sa poupée sur le banc, elle alla chercher son

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papa cl sa maman et, rouge d'orgueil, attendit leurs éloges.

Tout fut trouvé magnifique.

Et Paul? Que dirait Paul demain? Quel bonheur de lui faire admirer son jardin!

Dès le réveil, la première pensée de Lisa fut d'aller arroser ses fleurs pour les rendre dignes des regards de son frère. Aussitôt qu'il fut arrivé, Lisa avec un air mystérieux et plein d'importance, le prit par la main :

« Viens, tu vas voir, » lui dit-elle.

Paul, en face du jardin, resta sans parler. Lisa le suivait d'un regard brillant d'orgueil, s'étonnaul qu'il ne poussât pas des cris d'admiration. Aussi fut-elle stupéfaite quand, au lieu de félicitations, Paul lui dit avec un hochement de tète :

« Il manque à ton jardin une chose importante.

— Qu'est-ce qui lui manque? »» Kl, en le questionnant, moitié indignée et moitié inquiète, elle restait les lèvres entr ouvertes, toute curieuse et désappointée.

Paul réfléchissait.

« Mais parle donc, reprit Lisa avec impatience; moi qui croyais que tu allais être enchanté.

— Ton jardin est très-gentil, Lisa, mais encore une fois, il y manque une chose.

— Laquelle?

— Il manque des poissons dans le bassin. » •

Lisa joignit les mains, celait évident : il manquait des poissons dans son bassin.

Comment en avoir? Il en fallait absolument, sans poissons le jardin était affreux, mieux valait tout abandonner. Lisa avait de grosses larmes plein les yeux.

«i Oh! Paul! mon petit Paul, y a-l-il moyen d'avoir des poissons?

— J'espère (pie Jérôme, le fils du meunier et mon camarade au collège, pourra nous eu donner.

— Ah ! quel bonheur!

— Demain je lui porterai deux crayons et de l'encre bleue pour qu'il nous apporte des poissons dimanche.

— C'est si long d'ici dimanche! mon pvlit Paul ; si Jaquet te conduisait au moulin? papa le voudra bien. Je l'en supplie, vu le lui demander; tiens, j'y vais avec toi; maman va nous aider. »

Nos deux enfants réussirent dans leur négociation, et trois heures après, Paul revenait avec un pot rempli de petits |r»;ssons. Bien ne peut exprimer le bonheur de Lisa. Ni millions, ni couronnes, ni diamants, n'étaient rien pour elle à côté de ses poissons.

Quand elle les vit nageant pour de bon dans son bassin, battant de la queue et glissant dans l'eau claire, ce furent des cris de joie et des admirations sans fin.

«Paul! tiens, vois-tu? en voilà un qui met le nez en l'air, et celui-ci qui passe par-dessus l'autre! Ah ! le joli, joli, joli petit qui nage si vite! 11 y en a plus de trente, n'est-ce pas? On ne les mangera jamais !

— C'est moi qui ai eu cette idée-là. disait Paul, aussi ravi que sa sœur, malgré ses neuf ans passés. A présent, notre jurlin est superbe, Lisa, et Gaston Moreau, le

! fils du maire, qui parle toujours du sien, n'en a pas un si beau.

— Le nôtre, Paul, est le plus beau de tous.

— Sdîtir, si tu veux, je lui dirai de venir voir notre jardin dimanche, à monsieur Gaston.

— Oui, frère, et s'il est bien gentil, nous lui donnerons deux de nos poissons. »

Le soir, Lisa voulait rentrer ses chers i petits poissons.

« Il pleut, ils vont se mouiller cette nuit, <> dit-elle; ce qui lit bien rire son papa et Lisa aussi, quand elle vint à penser qu'ils vivaient dans l'eau.

Le dimanche, Gasion vint sur les deux heures; c'était un garçon d'une dizaine

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