LETTRE \. — LES BRAS ET LES JAMBES
(Suite.)
J'ai elû bien vous ennuyer déjà, pauvre petite, avec cet humérus, ce cubitus, ce radius, ce carpe, ce métacarpe, et ces noms en oide que j'ai été forcé de faire défiler devant vous, et je vois avec terreur, en arrivant à la jambe, qu'il va falloir recommencer tout cela. L'histoire de la jambe n'est que la répétition de l'histoire du bras, avec assez de différences malheureusement pour qu'il soit nécessaire de la reprendre de haut en bas, et nous allons repasser tout bonnement par le chemin que nous venons de faire.
Il n'y aura que demi-mal, à vrai dire; car le vrai moyen de bien connaître un chemin, c'est de le faire deux fois; et vous aurez là un exemple frappant de la façon dont s'y prend la nature pour accommoder à des usages différents deux organes con-
struits avec les mêmes éléments, en y introduisant quelques dispositions spéciales à chacun d'eux. A considérer de près le bras à côté de la jambe, on serait presque tenté il" se représenter le premier comme une jambe qui sert à saisir les objets, et l'autre comme un bras qui sert à marcher, chacun s'étant ployé de son mieux aux exigences du travail qu'on lui donne à faire.
Je vous ai fait un jour le conte de Mademoiselle Smi-Soin, où la petite négligente, qui ne comprend pas l'importance de ranger les choses à leur place, se trouve tout à coup, grâce à l'étourderie de son frère, avec une jambe plantée dans l'épaule et un bras dépareillé qui pend à côté de la jambe remise à la bonne place. Si c'était une lec.on qu'il fût possible de donner aux petites filles autrement que dans un conte