‹ Magasin d'education et de recréationChapitre 130 sur 142 · U: R01UNS0N SUISSE · texte numérisé non relu

U: R01UNS0N SUISSE

rôtis dans de la graisse, je résolus dVn faire une provision que nous préparerions de la même façon. En attendant mieux, m»

femme prit les six ortolans tués par Ernest, les pluma, et se mit en devoir de les faire cuire.

Fritz, qui avait décidé d'utiliser la peau de son margay à façonner des étuis pour nos couverts d'argent, vint me consulter pour eorrojer cette peau. Je lui conseillai de la frotter avec des cendres et du sable, et de l'adoucir ensuite avec du bourre et des jaunes d'œufs.

Pendant qu'il s'occupait do celle préparation, vint François, qui, déjà possesseur d'un petit arc dont il commençait a savoir se servir, me pria de lui faire un carquois qu'il pût attacher sur ses épaules, et où il put mettre ses flèches de roseau. Je lui en confectionnai un avec quatre larges morceaux d'éeorce taillés en pointe et cloués les uns aux autres. Ainsi équipé, noire bambin fut au comble de la joie.

Ernest avait pris la liib'e, et, assis au pied de l'arbre, paraissait profondément absorbé dans sa lecture.

Ma femme nous appela pour le repas oii figuraient les ortolans qui furent trouvés délicieux, mais qui certes, n'auraient pas suffi à nous rassasier.

Pendant que nous dînions, je dis à mes fils que je voulais leur faire une très-importante proposition.

Je les vis tous aussitôt fixer sur moi des yeux curieux.

« Ce serait, leur dis-jo, do donner des noms aux différents points de celle terre.

A l'aide de ces désignations, il nous sera bien plus facile de nous entendre. Nous nous abstiendrons cependant, aj<uilai-je, de nommer les côtes, car peiit-èire déjà quelques navigateurs européens les ont-ils baptisées; et nous devons respecter l'œuvre de nos devanciers.

— Oh! la bonne idée! la bonne idée!

s'écrièrent mus les enfants «à la fois. Oui, chorehons dos noms!

— Moi, dit Jacques, je suis d'avis que nous prenions des noms bien extraordinaires, bien baroques, comme par exemple :

Coromandel , Chandernagor , Zanguebar , Monoinotapa.

— Mais, pelil écervelé. lui dis-jo, si on ne peut les retenir, qui en sera le plus tôt puni? Ne sera-ce pas nous?

— Alors, quels noms trouver? me dénia nda-t-il.

— C'est bien simple, répondis-je ; au lieu de chercher des noms au hasard, pourquoi ne les ferions-nous pas résulter des différents événements qui se ratl ichent aux lieux que nous voulons baptiser?

— C'est évident, dit Ernesl ; et à commencer par la baie ou nous avons débarqué, je propose de l'appeler haie (le ta Délivrance.

— Moi, objecta Jacques, je demande qu'on lui donne le nom do baie du Homard, vu que c'est là qu'un de ces vilains animaux m'a si terriblement pincé la jambe.

— Alors, dit la mère en souriant de la prétention égoïste de son fils, je ne vois pas pourquoi on ne l'appellerait pas aussi baie des Cris, car tu as i.ssez crié à cette occasion ! Mais je me range et je crois que nous devons tous nous ranger à l'idée d'Ernest ; la reconnaissance que nous devons à Dieu nous en fait d'ailleurs un devoir.

— Adopté! adopté! la baie de la DilivriiHcc! n répliqua-l-on à l'unisson, et aussi bien Ernest oubliant sa modestie d'auteur, que Jacques mettant de côté sa petite pensée personnelle.

Successivement tous les points de notre domaine reçurent des noms; la première habitai ion fut appelée Zelihrim (demeure sous la tente) ; la petite Ile située à l'entrée de la baie : île du Requin, on mémoire de l'adiesse et du courage de Fritz. Il y eut le marais des Flamants, la riviirr du Chacal.

Notre nouvelle habitation reçut la dénomination de Falkenhorst (nid de Faucon); < car, dis-je à mes fils, vous Ctes hardis et aventureux comme de jeunes faucons, et assez disposés à exercer un pillage actif dans les terres environnantes. » Le promontoire du haut duquel nous avions, Fritz et moi, vainement interrogé l'étendue pour tâcher de découvrir les traces de nos malheureux compagnons, fut appelé le cap de l'Espoir Trompé...

Ces utiles désignations ainsi arrêtées, nous nous levâmes de table, et chacun des

enfants fut libre encore de se créer une distraction. Fritz continua à s'occuper de ses étuis, qu'il façonna avec la peau des cuisses de l'animal, dans laquelle il enfonça des moules en bois. Jacques me demanda de l'aider à faire pour Turc, avec la d.'pouille épineuse du pore-épic, la cotte de maille dont j'avais eu l'idée. Je me rendis à son désir.

P.-J. Staiiu — E. Mn.ixn.

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