LA FÉE QUI COURT
■ S'il y a dos volumes qui ne valent pas une bonne page, il est en revanche de* pages qui valent tout un volume. ïxt fie qui court pourrait bien être une de celles-ci. Ce petit poème en prose a été trouvé non signé dans un album. Qui peut avoir écrit ces lignes exquises où se sentent la force et l'enjouement d'uu maître? Est-ce un génie qui s ignore? Mais existe-t-il de ces génies-là? Quoi qu'il en soit, si nou le nom de l'auteur de ce petit chef-d'univrc, nous lo dirons & nos lecteurs. »
St.
Je rencontrai, l'autre jour, une bonne fée qui coûtait comme une folle malgré son grand âge. — Éles-vous si pressée de nous quitter, madame la fée? — Ah! ne m'en parlez pas, répondit-elle : il y a quelques centaines d'années que je n'avais revu voire petit-monde et je n'y comprends plus rien.
J'offre la beauté aux filles, le courage aux garçons, la sagesse aux vieux et la santé aux malades, enfin tout ce qu'une honnéle fée peut offrir de bon aux humains, et tous refusent mes dons. — Avez-vons de l'or et de l'argent? me disent-ils ; non? passez voire chemin, nous ne voulons que la ri-
chesse. — Or je me sauve, car j'ai peur que les petites roses des buissons ne me demandent des diamants et que les papillons n'aient la prétention d'aller en carrosse dans la prairie. — Non, non, crièrent les roses qui l'avaient entendue grogner, nous avons des gouttes de rosée sur nos feuilles. — Kt nous, dirent en riant les papillons, nous avons de l'or et de l'argent sur nos ailes!
Voilà, dit la fée, les seuls gens raisonnables que j'aie rencontrés dans mon voyage.
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