LE PAUVRE ET L'ENFANT
« Monsieur le pauvre, — pourquoi donc que lu es pauvre, disait un pelit enfant à un vieillard qui tendait la main au coin d'une église? Est-ce parce qu'au commencement du monde, comme je l'ai lu l'autre jour, les hommes n'ont pas tous été bons et qu'ils se sont battus, et que les plus forts ont pris la part des plus faibles?
— Non, dit le pauvre, dont l'<eil lemc se ranima et sur les lèvres duquel, à cette question de l'enfant, passa un triste mais doux sourire. Non, mon enfant. Celle histoire des premiers temps de la vie de l'homme, celte histoire des temps où la société n'avait pas corrigé la barbarie, n'est pas l'histoire des hommes qui vivent aujourd'hui. S'il y a eu des hommes autrefois qui ne sont devenus pauvres que parce qu'ils ont été vaincus, puis opprimés, que parce que la part de la terre, que Dieu avait faite assez grande pour qu'elle put nourrir tous ses enfants, leur a été enlevée, il n'y en a plus guère aujourd'hui, il n'en est plus, du moins dans notre pays de France. Les pauvres d'aujourd'hui, les vrais pauvres ne le sont, pour la plupart, que par suite de revers de fortune, de maladresses, d'erreurs, de maladies et d'accidents, dont les autres hommes, leurs semblables, ne sont pas coupables. Quanta moi, mon enfant, et je vais le faire cette confession pour que tu l'en souviennes, si je suis pauvre et réduit à implorer la charité, — ce qui est dur, encore bien qu'on l'ait mérité, — c'est qu'en effet je l'ai mérité par ma mauvaise conduite.
« Mon père avait travaillé pour me donner le premier des biens, l'éducation.
Il est mort croyant ôlre arrivé à son but.
J'étais instruit parce que Dieu m'avait doué d'intelligence et de facilité pour apprendre, mais j'étais paresseux. J'ai cru que comprendre était tout, qu'appliquer ce qu'on sait à un travail utile aux autres et fructueux pour soi - même était au-dessous de moi. — J'ai rougi du travail qui pouvait me faire vivre honorablement, j'ai oublié la loi de Dieu qui a dit à l'homme : « Tu gagneras ton pain, » et je n'ai pas eu le courage de gagner le mien. La faute de la paresse m'a conduit à beaucoup d'autres fautes; la misère et l'opprobre sont bientôt tombés sur moi comme deux châtiments mérités. Je n'ai pas compris le vrai sens des leçons de la faim, et au lieu d'user de la force de mes bras pour un labeur honnête, un jour, jour fatal, j'ai eu la lâcheté de tendre la main.
« La mendicilé, à partir de ce jour, a pour moi remplacé le travail, la pauvreté est devenue mon état; j'ai spéculé, en la trompant, sur la pitié publique, j'ai pris, moi, pauvre volontaire, pauvre par paresse, la part de la pauvreté involontaire. De ce jour-là j'ai vécu comme un criminel, car ce qu'on me donnait même ne m'appartenait pas. — Ce crime ne m'a pas porté bonheur. Bien qu'aujourd'hui je sois vieux et pour de bon hors d'état de travailler, ma conscience est incessamment bourrelée de remords. Je regrette amèrement ma vie si mal employée, et lorsque j'en suis réduit, comme aujourd'hui, à rougir devant la question naïve d'un enfant, je me dis que mon repentir même n'est point une expiation suffisante, car de fait, par mon passé, je ne mérite la pi lié de personne.
— Faut-il donc, dit l'enfant, ne donner
ÉDUCATION. — RÉCRÉATION
qu'à ceux qui sont malades, qui ont les bras cassés, ou les jambes-, qu'aux estropiés ou aux aveugles, el si je te donne mon sou, je ne ferai donc pas une bonne action?
— Mon enfanl, dit le vieillard, dont la voix s'était altérée profondément, l'aumône, l'aumône sainte, encore bien qu'elle puisse tomber dans la main d'un indigne, est toujours pour celui qui la fait, une bonne action. Mais peut-être ferais-tu mieux, en effet, sachant ce que je viens de l'apprendre, de la donnera un moins coupable que moi. Tiens, vois là -bas, de l'autre coté de ce portique, cette malheureuse qui est aveugle: elle a usé ses yeux par un travail surhumain pour nourrir son vieux père, qui était infirme, donne-lui ton sou — et oublie-moi !
— Ah! dit l'enfant, prends mou sou tout de même, monsieur le pauvre, car tu as l'air bien malheureux, et je suis sur, paire que tu viens de me dire, que si les forces te revenaient, tu ne serais plus paresseux.
D'ailleurs, ajoula-t il, pour répondre au refus du vieillard, j'ai un autre sou dans ma poche, pour la pauvre femme que tu me recommandes.
— Dieu le bénisse, enfanl, dit le pauvre.
en cachant ses larmes dans ses mains; Dieu te bénisse! tu comprends la charité mieux que je n'ai compris la vie. »
Le père de l'enfant était derrière lui pendant ce dialogue, sans que son fils l'eut aperçu.
« Ce pauvre l'a dit vrai, mon fils, lui dit-il, excepté sur un point cependant. Sans doute il n'y a plus autant d'iniquités sur la -terre qu'aux temps où l'éducation el la religion n'avaient point encore éclairé les hommes.
Mais malheureusement il est encore des contrées dans ce vaste monde où le faible est opprimé par le fort ; il y a encore des vaincus, des proscrits, des esclaves, des races et des individus qui n'ont mérité ni leur défaite, ni la perte de leur patrie, ni celle de leurs biens, ni leur servitude. La perfection n'est pas de ce monde, mon cher enfant; mais si quelque chose pouvait nous en faire approcher, ce serait la bonté et la charité. — Ces questions, mon fils, sonl bien graves pour tes jeunes oreilles, mais ton cœur t'apprendra à les comprendre. Il n'est permis à personne de fuir devant elles, et puisque l'occasion en est venue, je ne suis pas fâché qu'elles aient de bonne heure frappé ton jeune esprit. »
P.-J. St*iii.
LA MOLSSI.
l ue petite fille voyant la mousse qui couvrait le tronc des jeunes arbres dans une forêt, s'étonnait que cette mousse fût plus épaisse et plus verte d'un coté que de l'autre.
« Ma mignonne, lui dit sa mère, tu sais (pie Dieu donne une toison à la brebis pour , la garantir du froid, eh bien c'est dans :
la même intention qu'il entoure les arbres
d'une mousse qui les protège. Il est si bon pour tout ce qu'il a créé, qu'il pense même à faire pousser cette mousse plus fournie du cùté où souffle le \enl du nord.
Les arbres n'ont pas, comme les petites filles, des mamans qui leur fassent des robes chaudes pour l'hiver, mais Dieu prévoyant les habille pour toutes les saisons. >.
St.