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TOME I

ÉDUCATION. — RÉCRÉATION

Lieraient pourtant devoir être moins sujettes à se casser, puisqu'elles sont plus solides?

Elle vient de la façon dont les os se forment dans notre corps, et des changemenls qu'ils subissent à mesure qu'on avance en âge.

Vous connaissez bien la gelée de viande qui fait si bon effet sur les plats, avec sa transparence et son éclat tremblotant. Si vous allez jamais à la cuisine pendant qu'on en fait, vous pourrez voir que c'est surtout avec des os de veau. Or, ce que les cuisiniers appellent la gelée, les savants l'appellent la gélatine, le changement n'est pas grand ; et puisqu'on retire la gélatine des os, c'est qu'apparemment ils en contiennent. Ils en contiennent si bien que c'est la gélatine qui en fait la base, et la substance pierreuse qui les rend si durs n'est pour ainsi dire qu'une étrangère qui est venue se loger, miette à miette, dans les mailles flexibles du tissu gélatineux.

Vous aurez peut-être peine à croire, en regardant un os de gigot, ou de jambon, qu'il y ait quelque chose de mou là dedans.

Nous avons pourtant un moyen bien simple de nous en assurer, et je vais vous l'expliquer. Cela vous donnera une idée de la manière dont on s'y prend pour découvrir ce qui est caché dans une foule de corps.

Une méchante femme avait donné une fois à une petite fille toute une tasse de sucre en poudre, mis pêle-mêle avec du marbre pilé, en lui disant qu'elle n'aurait rien à manger avant d'avoir mis à part toute la poussière de marbre, sans en perdre un seul grain, et sans y laisser un brin de sucre. Bien des enfants auraient été fort embarrassés à sa place, et se seraient probablement couchés sans souper.

La petite fille, qui avait de l'esprit, ne se laissa pas mourir de faim pour si peu. Elh; versa la tasse dans un grand pot d'eau, où tout le sucre se fondit; et le marbre, qui

ne fond pas dans l'eau, se trouva bientôt seul, sans qu'il en manquât un grain, et sans qu'un brin de sucre y restât.

Ceux qui ont inventé le moyen de débarrasser la gélatine de son compagnon de pierre, ont eu le même esprit que la petite fille. Il y a un liquide qui n'attaque pas la gélatine, et dans lequel la pierre, dont elle est remplie, fond comme le sucre dans l'eau. C'est l'acide chlorhydrique, un vilain nom, mais je n'y peux rien. Laissez-y tremper pendant un certain temps cet os de jambon qui vous paratt si dur, il en sortira souple, flexible, ayant gardé sa forme, mais réduit au tissu gélatineux, et ne conservant plus rien de la substance pierreuse qui s'était logée dans ses mailles.

Dans cet étal, essayez de le casser en le jetant à terre, vous n'y parviendrez jamais.

Il ploie et rebondit comme un morceau de gomme élastique.

Eh bien, chez les enfants la gélatine des os n'a pas encore reçu toute sa pierre. Il y a même des places où elle est toute seule, comme aux extrémités des os du bras et de la jambe, qui ne deviennent complètement dures que dans les environs de vingt et un ans. Par parenthèse, c'est à ce moment-là que l'on cesse de grandir, parce que le travail de croissance, qui se fait dans les parties molles des os, s'arrête dès qu'elles se sont durcies.

Je puis vous citer un exemple bien facile à constater de cette mollesse primitive des os, à certaines places. Mettez le doigt délicatement sur le haut de la tête d'un tout petit enfant, dans les bras de sa nourrice.

Vous le sentirez céder sous votre doigt, comme si la voûte osseuse du crâne n'était pas achevée; et de fait, les différentes pièces dont il se compose sont alors réunies seulement par des espèces de membranes gélatineuses, des fontanelles, comme les médecins appellent cela, d'où il résulte qu'il cède aux plus légères pressions, et

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qu'on peut le pétrir en quelque sorte avec les mains, pour lui donner la forme que l'on veut. On prétend que les sauvages de l'Amérique profitent de cette souplesse du crâne, dans les premiers temps de la vie, pour aplatir la tête de leurs enfants, et les mettre à la mode de la tribu. Mais c'est une idée de sauvage, dont les pauvres petits ne doivent guère profiter. On ne gagne rien à changer violemment l'ordre établi par Celui qui a construit la machine humaine : il s'y entend mieux que nous.

Pour en revenir à notre géiatine, vous concevez bien que, tant qu'elle se maintient libre dans une partie des os, ceux-ci conservent un certain degré d'élasticité, et que c'est alors le bel âge pour se laisser tomber, sans être trop exposé à les casser.

N'allez pas pourtant vous y fier, ni faire trop la brave, car ils se cassent très-bien chez les enfants, aux endroits pierreux, quand le choc est par trop rude. S'il y a des étourdis qui s'en tirent, comme autrefois votre serviteur, il y en a d'autres qui demeurent ensuite estropiés pour le reste de leur vie, ce qui n'est amusant ni pour eux, ni pour leurs parents.

A mesure que l'enfant devient homme, le dépôt pierreux va toujours en augmentant. Il fait à peu près les deux tiers du poids des os, dans l'âge qu'on appelle adulte, ce qui signifie que le corps est arrivé alors au terme de sa croissance , et leur flexibilité étant bien moindre, ils se brisent plus facilement, c'est tout naturel.

Plus tard, dans la vieillesse, la proportion de gélatine diminuant toujours, ils deviennent d'une fragilité extrême, et cela peut vous faire comprendre quelle attention il faut avoir pour ne pas exposer les vieillards à une chute, même en ne parlant pas du respect que nous leur devons.

Il va sans dire que la gélatine n'existe pas à l'intérieur des os sous la forme que vous lui connaissez quand elle parait sur

la table. Cela ne ferait pas quelque chose de bien solide. Elle s'y condense en masse compacte, élastique et résistante, d'un blanc nacré resplendissant, et qui porte le nom de cartilage. Tàtez-vous le haut de l'oreille et le bout du nez : ce sont des cartilages que vous rencontrez là. Ce qui croque sous la dent à l'extrémité des os de veau , c'est du cartilage ; et pour vous donner un dernier exemple, les grandes arêtes de la raie, qui se laissent croquer aussi, sont toutes cartilagineuses.

U est bon que vous sachiez que les globules du sang, dont je vous ai raconté l'histoire tout au long, n'arrivent pas dans les cartilages. Le sang les pénètre, c'est tout clair, puisque c'est lui qui les a fabriqués et qui les entretient; mais il laisse en entrant ses globules à la porte, et c'est le sérum seulement qui a droit de passage.

Relisez le chapitre intitulé : Composition du sang, si vous ne vous rappelez pas bien ce que c'est que le sérum.

Pourquoi cette exclusion des globules?

Je ne saurais pas vous le dire, car les canaux qui apportent le sérum sont assurément assez larges pour les laisser passer.

11 faut que je vous renvoie encore là-dessus à l'une de mes anciennes leçons, au chapitre de la Nutrition des organes, où nous avons déjà touché un mot de l'histoire des os. Je vous y ai dit comment chacun de nos organes a ses préférences particulières, et n'emprunte au sang que ce qui lui convient, comme les délicats qui choisissent à dîner parmi les plats, et ne veulent pas manger de tout ce qui est servi sur la table. Il parait que le cartilage est un de ces délicats, et que les globules, si fêtés partout ailleurs, ne sont pas de son goût.

C'est la seule raison que je puisse vous donner.

Les extrémités des deux os qui se rejoignent à votre petit coude, je vous cite ceux-là, mais les autres ont été logés à la

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môme enseigne, ces extrémités étaient entièrement cartilagineuses quand vous êtes venue au monde. Petit à petit ces cartilageslà se sont affermis ; ils ont passé du blanc de nacre au blanc mat, puis ont pris des tons jaunâtres; enfin, un beau jour, un point rouge s'y est montré tout à coup.

C'étaient les globules du sang qui faisaient invasion dans la place. Il y a des idées qui entrent maintenant dans votre téte, et que vous ne vouliez pas accepter quand vous étiez moins raisonnable. C'est là ce qui s'est passé avec vos cartilages du coude.

Devenus plus forts, ils ont entendu raison, et ont ouvert la porte à ces braves globules qui ne demandaient qu'à les mettre en étal de faire convenablement leur métier d'os.

Les globules se sont mis immédiatement à l'œuvre, et ont commencé à fabriquer comme une étoile de rayons pierreux, rares et déliés d'abord, qui, grossissant et se multipliant, ont fini par se rejoindre, et ont encroûté le bout du cartilage. Depuis, ce travail, qu'on appelle le travail d'ossification, se continue toujours en vous, et le dépôt de pierre gagne continuellement du terrain, en mordant sur le cartilage. Quand vous vous apercevrez à vos robes que vous cessez de grandir, ce sera le signe que l'encroûtement sera complet, et que l'os du bout se sera soudé avec celui du milieu.

Parlons maintenant de cette pierre merveilleuse que les globules du sang fabriquent si artistement. Je vous ai déjà dit dans le temps, en parlant des dents, qui sont des os d'une espèce toute particulière, que c'était du phosphate de chaux, c'està-dire du phosphore et de la chaux, plus une certaine quantité de cet oxygène dont il a été si fort question À propos de la combustion.

Je ne vous disais pas tout. Le phosphate de chaux forme, il est vrai, l'élément principal de la pierre des os, mais il n'est pas seul. Sans vouloir vous fatiguer du détail

de tous ses compagnons, la plupart insignifiants comme quantité, il en est un que je dois vous nommer, car il a son importance.

11 entre pour un sixième dans la composition de la substance osseuse chez nous, et nous le retrouverons plus tard dominant on maître dans les coquilles, qui sont les ) os des mollusques, si vous l'ignoriez, des os en dehors au lieu d'être en dedans, voilà tout. C'est le carbonate de chaux, le produit du mariage de notre nncien ami, l'acide carbonique, avec la chaux; et savez-vous avec quoi l'on a bâti Paris? avec ce carbonate de chaux que les globules du sang fabriquent dans vos bras et dans vos jambes, et avec du carbonate fabriqué à peu près de la même façon , qui plus est.

11 provient en grande partie d'une foule innombrable d'animaux imperceptibles, dont chacun s'est construit une coquille qu'il a laissée en mourant, il y a de cela bien longtemps, plus longtemps que vous ne pouvez le penser; et c'est dans l'amas de ces coquilles, durci avec le temps, qu'on a taillé les moellons de presque toutes les maisons de Paris. Vous voyez que notre fabrication intérieure de pierre n'a rien qui nous soit particulier, et que cette fabrication-là se fait en grand sur la terre depuis que la vie a commencé à s'y manifester.

Phosphate de chaux, carbonate de chaux et les autres, se faufilent si bien à travers l'épaisseur du cartilage primitif, qu'ils forment en quelque sorte un nouvel os enfermé dans le premier, et qu'on peut mettre à son tour en liberté par un moyen encore plus simple que l'emploi de l'acide chlorhydrique. Il n'est pas besoin pour s'en servir d'être bien savant, et vous ferez l'opération quand vous voudrez : il suffît de jeter l'os au feu. Toute la gélatine brûle et disparaît, et la pierre reste seule. Pesez l'os avant son entrée dans le feu, et après sa sortie. Vous verrez bien qu'il y a perdu

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quelque chose; mais, du reste, son aspect n'aura pas changé, seulement il sera plus sec, plus poreux et plus cassant. Cela se conçoit facilement, puisque la substance organique, qui entourait la pierre de ses bras flexibles et résistante, est partie an feu.

Si donc nous avons en nous, dans le cœur, comme je vous le disais une fois, une sorte de végétal, un arbre animé qui envoie ses racines chercher la séve dans Tintestin et ses branches chercher l'air dans les poumons, nous avons dans le* os des minéraux mixtes, où la substance morte et la substance vivante se disputent la place d'un bout à l'autre de la vie.

L'homme n'est pas seulement le roi de la nature, il en est l'abrégé; et les petites filles sont plus intéressées qu'elles ne croient à connaître tout ce qui est au-desîous de nous dans la création, car tout cela se retrouve en elles.

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