LETTRE III. — LA UOKLLK
Je veux maintenant vous faire faire connaissance avec une amie intime desos.jqui habite la maison si elle n'en fait pas partie, avec la moelle dont vous connaissez bien le nom.
La moelle est une espèce de graisse huileuse, plus fine et plus prompte à se fondre que celle du reste du corps, et qui est répandue dans toute l'élondue des os. Il faut, à ce sujet, que je vous dise un mot de la manière dont ils sont construits.
Examinés au microscope, les os paraissent composés d'une infinité de fibres, partout les mêmes, qui tantôt sont serrées les unes contre les autres, et forment ce qu'on appelle le tissu compacte, un nom qui s'explique tout seul ; tantôt s'écartent en s'entre-croisant dans tous les sens, et forment alors un tissu plus léger qu'on appelle tissu celluleux. Il y a un système de prisons qui porte le nom de système cellulaire, parce que les pauvres prisonniers sont enfermés à part, chacun dans une petite cellule, ce qui les rend meilleurs, à ce qu'on prétend, à moins qu'ils ne meurent ou deviennent fous d'ennui. De même, le tissu celluleux doit son nom aux espaces vides que les fibres laissent entre elles en s'entre-croisant, et qui constituent comme autant de petites cellules, à travers lesquelles circulent les canaux qui contiennent le sang.
Les deux tissus se retrouvent dans tous les os, le compacte à l'extérieur, le celluleux à l'intérieur; mais leur proportion varie de
l'un à l'autre. Dans les os du crâne, par exemple , qui appartiennent à la catégorie des os plats, les deux lames extérieures de tissu compacte se rapprochent tellement, surtout à l'époque de la vieillesse, que l'on a peine quelquefois à retrouver les traces du tissu celluleux. Celle-ci domine, au contraire, dans les os courts, comme ceux que nous avons au poignet et au cou-depied, où la couche compacte est trèsmince et ne figure, pour ainsi dire, que comme enveloppe de l'amas de cellules dont l'os est composé. Enfin, dans les grands os du bras et de la jambe, dans les os longs, comme on les appelle, l'écartement des fibres aux deux extrémités y détermine des renflements celluleux organisés comme les os courts, tandis que le milieu forme une espèce de tube dont les parois sont composées uniquement d'un tissu compacte, plus épais encore que celui des os plats.
Pardon, chère enfant, de tout cet étalage d'os plats, d'os courts et d'os longs, de tissu compacte et de tissu celluleux. Il y a tant de choses à voir dans le pays que nous parcourons que, pour en sortir, nous sommes bien forcés de suivre la marche de ceux qui l'ont étudié sérieusement; et il faut s'habituer, quand on veut apprendre, u faire au besoin bon accueil à ce qui n'est pas amusant.
Four en revenir à la moelle, os plats, os courts, os longs, tissu compacte, tissu celluleux, elle se glisse partout, et tient compagnie à la substance osseuse jusque dans les plus petits recoins.
Il y en a même dans les dents; et, si vous désirez vous en convaincre, examinez un de ces vieux morceaux d'ivoire ;qù'on trouve chez les marchands d'antiquités.
Savez -vous pourquoi ils sont si jaunes?
C'est tout simplement parce que l'huile, c'est-à-dire la moelle qui s'y tenait cachée, a fini par se rancir à l'air, et est devenue
ÉDUCATION. — RÉCRÉATION
« jaune, d'incolore qu'elle était. Promenez les doigts sur un morceau d'ivoire uni :
c'est sa moelle qui le rend si doux et comme onctueux au toucher. Je vous ai dit
une fois que les dents taillées par les dentistes dans l'ivoire d'hippopotame jaunissaient très-vile dans la bouche : vous en comprendrez maintenant la raison. Kn sa qualité d'habitant des rivières, l'hippopotame est plus riche en huile, comme tous les animaux aquatiques. Vous n'avez pas grand souci de l'avenir de ces petites perles blanches qui font tant de plaisir à voir quand vous riez; eh bien ! s'il en tombait une maintenant, et qu'il vous prît fantaisie de la garder, elle vieillirait avec vous, ! et vous la trouveriez toute jaune quand vous seriez devenue grand'maman.
Si la moelle parvient à s'établir dans le tissu des dents, qui est de beaucoup le plus compacte de tous, à plus forte raison dans les autres qui jaunissent aussi bien plus rapidement. Prenez un os de gigot avec les pincettes, et tenez-le au-dessus du feu en présentant le milieu qui est si dur.
La moelle, rendue plus liquide par la chaleur, filtrera à travers les trous imperceptibles dont sa surface est criblée, et tombera en petites gouttelettes qui brûleront avec une flamme bleuâtre. Le feu d'artifice serait encore plus joli si vous présentiez , l'os au feu par le gros bout, qui est tout celluleux, comme je vous l'ai dit. Ixïs vides des cellules laissent bien plus beau jeu à la moelle pour s'installer , et c'est à ce point qu'un os mis dans le feu par le gros bout continue h brûler quand on le retire, et fait comme une torche jusqu'à ce que toute la moelle soit partie.
Mais le véritable domaine de la moelle, c'est le creux des os longs qu'un rouleau de moelle remplit tout entier. Partout ailleurs elle est presque insaisissable à l'élude, perdue qu'elle est dans les profondeurs du tissu osseux. Ici, elle a son logement «î
part, et se laisse voir assez facilement pour que je puisse vous en dire quelque chose.
Les os longs sont percos vers le milieu d'un trou qu'il vous sera facile de dérouvrir la première fois qu'on mettra une cuisse de poulet sur voire assiette, car il | est très-apparent, et dont le nom est tout a fait gentil; il s'appelle le trou nouvricin:
Il livre passage à une grosse artère qui est chargée d'aller porter la nourriture à la captive murée dans ce tube de pierre.
•A peine entrée dans la prison de la moelle, l'artère se divise par une bifurea- i lion* brusque, en deux rameaux qui courent, accompagnés chacun de sa veine, l'un en haut, l'autre en bas. Artères et veines, en se ramifiant à l'infini, enveloppent la moelle d'un réseau si serré qu'elle en prend une couleur rougeàUre, surtout dans les jeunes animaux où la nutrition, et par conséquent la circulation du sang, est plus active. Ainsi bien chauffée, bien nourrie, à l'abri de tout accident derrière son mur, la moelle vit là comme un rat dans son fromage, étrangère à ce qui se passe dans le reste du corps, et mangeant ses rentes sans rien faire, rien du moins dont nous puissions nous rendre compte, car elle joue certainement un rôle, et l'on ne supprimerait pas impunément cette paresseuse qui a l'air de ne servir à rien. *
1. Demandez à voire frère le collégien ce que c'est qu'une bifurcation.
2. l'n ingénieux savant s'est avisé d'une expérience — on appelle cela une expérience! — dont je ne vous donnerai pas le détail, parce que je ue veux pas vous faire dresser les cheveux sur la téte , dans laquelle la moelle est détruite subitement a l'intérieur d'un os, de chien ou de chat, il est vrai : l'amour de la science n'est pas allé encore jusqu'à faire' essayer ces expériences -là sur les hommes; et c'est beau de sa part.
A l'instant même l'os est mis à mort; mais une chose bien curieuse se passe ensuite. Le. périoste s'enflamme, ae gonfle, se soulève de toutes parts au-dessus du cadavre avec lequel il n'y a plus rien à faire, et commence à fabriquer intrépidement un
LKS SERVITEURS DE L'ESTOMAC
Il y a pouriant une circonstance où la petiic personne se laisse affecter; et j'en suis un peu honteux pour elle : c'est dans les grandes peurs. Vous connaissez sans doute cette phrase dont on se sert pour exprimer un excès de frayeur : « J'en avais froid dans la moelle des os. » Ce qu'on ressent alors se passe en grand dans la société aux époques de bouleversement. C'est un effet de la terreur d'arrêter la circulation du sang. Le service du trou nourricier est interrompu dans ces cas-là, et les tressaillements de la moelle s'expliquent tout naturellement : ses rentes sont menacées.
Ceci me rappelle un dicton populaire qui s'applique aux gens sans énergie : « Il n'a pas de moelle dans les os. » l'ar quel instinct le peuple, qui n'est pas fort en anatomie, sera- 1- il allé deviner cela? Car il a raison jusqu'à un certain point. Chez les gens débiles et rachitiques, la moelle se détériore, perd sa graisse, et se remplit d'une sorte de liquide gélatineux qui en fait quelquefois les trois quarts. Les petits enfants, dont l'énergie n'est pas bien
nouvel ps dans lequel le mort se trouve enfermé.
C'est une belle preuve de la production de l'os par le périoste, et cela fait comprendre ces opérations chirurgicales, imaginée* tout récemment, dans lesquelles on remédie a la destruction d'une portion d'os, en recollant bien soigneusement à sa place le lambeau de périoste nui le recouvrait. Il remplit le vide qui existe au-dessous de lui, et l'os finit par se retrouver au complet.
grande, n'ont pas non plus beaucoup de moelle dans les os, et celle qu'ils ont n'est achevée qu'à demi en quelque sorte : la gélatine y dispute la place à la graisse.
Il faut tout dire néanmoins, et je ne voudrais pas vous faire prendre trop au sérieux ce respect populaire pour la moelle.
Comme tout respect qui n'est pas éclairé, il frise un pin la superstition, car les vieillards, qui ont moins de force, ont plus de moelle que les autres, le rouleau grossissant à mesure qtie le creux qu'il doit remplir est élargi par l'amincissement de l'os à l'intérieur.
Les Crées avaient aussi leurs idées sur la moelle. Ils racontaient que le centaure Chiron, le précepteur d'Achille, pour donner plus d'intrépidité à son élève, l'avait nourri avec de la moelle de lion. C'est une recette à laquelle je ne me fierais pas pour faire des éducations, en supposant que l'on prenne les qualités de ce que l'on mange, ce qui serait inquiétant bien souvent.
Même chez les lions, la moelle n'a rien d'héroïque.
Mais en voilà assez sur celle grasse hôtesse des os. Passons à un détail qui a bien aussi son importance : à la façon dont les os sont attachés ensemble.
JsâM Mac*.
La juif* prochainement.
| Reproduction H induction InleroiteM
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(Suite.)
Cependant, ii la cour du diable, tous les I dépit qu'on fit tant de fêtes à la nouvelle yeux n'avaient pas suivi avec le môme ra- venue. Deux de ces jeunes sorcières, les vissement la danse de la petite Usée. H y deux plus indiscrètes, s'avancèrent tout avait dans la société plus d'une jeune et contre le bassin d'or pour narguer la pevanitcuse sorcière qui n'avait vu qu'avec titc Usée. « Voyez, » disait l'une, « cela