‹ Magasin d'education et de recréationChapitre 30 sur 142 · LE GÉANT D'ALSACE · texte numérisé non relu

LE GÉANT D'ALSACE

Du temps des anciens chevaliers, il y avait en Alsace un géant qui était la terreur de tout le pays. Il fallait toute la peau d'un bœuf pour lui faire une paire de bottes, et son pouce était gros comme le bras d'un enfant de dix ans. Fier de sa force, il dépouillait et maltraitait sans pitié et les voyageurs et ses voisins.

Il avait établi sa résidence à rentrée d'une des vallées des Vosges, et ayant appris que l'Empereur, fatigué des plaintes qui lui venaient de tous côtés contre lui, s'apprêtait à passer le Rhin pour le mettre à la raison, il commença à bâtir sur le sommet de la montagne un château capable de délier toutes les forces impériales.

Il chargeait sur ses épaules les blocs de rocher avec la même facilité qu'un paysan enlève un sac de blé. Il déracinait les sapins dont il avait besoin pour faire ses poutres, comme si c'eût été des tiges de maïs, et en huit jours il eut terminé son château, car le danger pressait, et déjà l'Empereur s'était mis en marche du fond de la Bohême, où il était alors.

Quand il eut posé la dernière pierre de son énorme construction, le géant dcscen- ■ dit dans la plaine pour juger du coup d'œil, et son cœur s'enfla en apercevant les hautes tours dont le profil se dessinait dans les airs.

(. J'ai bâti pour les siècles, s'écria-t-il, et le Temps usera ses ongles sur ce que j'ai fait en huit jours. <>

Comme il parlait ainsi, il entendit derrière lui un petit bruit, comme un grattement léger. Il se retourna, et aperçut un enfant qui faisait un trou dans la terre avec son couteau.

« Que fais-tu là, petit misérable? » dit-il de sa grosse voix.

L'enfant, tout tremblant, répondit :

« Ayez pitié de moi, Monseigneur. Voici un gland que mon père m'a donné en me disant qu'il pourrait devenir un arbre si je le mettais en terre, et je travaille à mettre ce pauvre gland en état de devenir un arbre. »

Le géant haussa les épaules, et retourna vers ses hautes tours en faisant des enjambées de douze pieds.

Il y a de cela cinq cents ans passé, et, à la place où l'enfant creusait avec son couteau, s'élance de terre un chêne gigantesque, le roi de la forêt, dont les branches i vigoureuses répandent au loin l'ombre et la fraîcheur. Quant aux tours du géant, il faut se baisser maintenant pour en retrouver les pierres perdues dans les broussailles.

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ni CREATION

LES SERVITEURS DE L'ESTOMAC

NOUVELLES LETTRtS A UNE PETITE FILLE SUR LA VIE DE L'HOMME

ET DES ANIMAUX

(Suite.)

LETTni! IV. — LES AIITICUL ITIOXS

Si les bras et les jambes étaient d'une seule pièce, cela ne ferait pas des instruments bien commodes. Ce serait encore bien pis s'ils étaient soudés au tronc comme les branches d'un arbre. Nous ne pourrions guère plus bouger que des statues, et la tête nous servirait aussi bien mal, si elle ne pouvait pas aller et venir au-dessus des épaules.

Il est heureux qu'on y ait pourvu. Notre charpente osseuse se compose de pièces mobiles, jouant si bien les unes sur les autres qu'il n'est pas de machine inventée par les hommes qui puisse soutenir la comparaison.

Il y a maintenant des machines partout, et je suis bien sûr que vous en aurez vu fonctionner, ne serait-ce qu'une machine à coudre. Quel tapage! quelles secousses!

quel frottement des pièces entre elles dans

leur marche, et comme il faut peu de chose pour les déranger quand la machine travaille rapidement! Mettez-vous à côté de cette tapageuse dont votre maman s'est fait cadeau pour venir à bout plus vite de l'ouvrage que vous lui donnez, et, pendant qu'elle est en mouvement, remuez de voire côté, sans rien dire, vos bras et vos jambes. Il y a là aussi des pièces qui frottent les unes contre les autres. Entendez-vous le plus léger bruit ? Sentez-vous le moindre froissement? Ces pièces-là n'ont ni vis ni clous pour les maintenir en place, et celles qui jouent le plus se touchent à peine, pour ainsi dire, pnr leurs extrémités. Avouez qu'elles doivent être attachées ensemble bien solidement pour tenir bon dans toutes les aventures par où elles passent.

Les points où se trouvent ces attaches se nomment les AnnrxLvnoNs.

Il y a deux espèces d'articulaiions : les mobiles et les immobiles; et, sans aller

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