‹ Magasin d'education et de recréationChapitre 49 sur 142 · L'OIE ROUGE · texte numérisé non relu

L'OIE ROUGE

Non. non, dit-il encore. — Eh bien, repriti*l le , veux-tu être mon berger? Regarde là-bas, voici mes dindons et mes oies. »»

Le jeune garçon ayant regardé, vil un nombreux troupeau noir et blanc paître sur une vaste lande, rougie par les rellets du soleil couchant. Le ciel en feu semblait allumé pour une fête divine; et l'oie rouge, battant des ailes, vint se poser sur l'épaule de Flaminio, la léte du côté des rayons, d'un rouge éclatant.

« Madame, je serai votre berger, puisque vous le voulez bien, » dit le jeune garçon.

Flaminio devint donc pastoureau royal.

11 épousa, apiès ses vingt ans, une aimable

et jolie pastourelle. Jamais couple ne fut plus heureux. Jamais mari et femme n'eurent moins d'ambition, partant moins de soucis. Leurs beaux enfants, leurs beaux troupeaux, les fêtes du beau temps en été, les fêtes du coin du feu en hiver, cela leur suffisait. Ils vécurent longtemps et s'en allèrent ensemble de ce monde, le même jour, pleins d'années et de bonheur. L'oie rouge était restée à côté d'eux, mais le jour de leur mort elle chanta comme un cygne et s'envola. Personne ne l'a jamais revue.

A. Gexevuat.

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ka ris.

Il n'est pas toujours po^ilil» de faire arriver les vignettes à la place même du texte qui leur &eri de Sujet L'intelligence de nos jeunes lectrice» et de nos jeunes lecteurs y suppléera.

Lis ÉBITECIS.

ÉDUCATION. — RÉCRÉATION

LA REVOLTE DES FLEURS

Il y a bien des siècles! les petites fleurs qui fleurissaient solitaires et paisibles dans la forêt de **♦ s'avisèrent de se plaindre de leur solitude et de leur délaissement.

« C'est bien la peine, disaient -elles, d'être fratches, d'être jolies et parfumées, pour vivre et mourir au fond d'un bois, et pour donner au vent, qui n'en sait que faire, nos plus doux parfums. Oh! que les fleurs des jardins sont heureuses? La culture les embellit, on les admire, et leur vie est une fêle continuelle! Notre exil dure depuis trop longtemps; il faut nous plaindre, et demander à celui qui nous a créées de nous tirer d'où nous sommes ; c'est à y mourir d'ennui.

— Y pensez-vous, mes filles, de vouloir quitter cette sûre retraite pour aller vivre au milieu du monde ? reprit une fleur déjà un peu fanée et qui avait quelque expérience de la vie. Croyez-moi, Dieu fait bien ce qu'il fait, et s'il nous a semées ici, c'est que nous y sommes mieux qu'ailleurs. Où est le bonheur, si ce n'est à l'ombre de ces beaux arbres, dont le vert feuillage vous protège contre le vent du nord ou contre les ardeurs de l'été, et qui ne s'entr'ouvre sur vos têtes que pour vous laisser apercevoir le ciel? Où retrouverez-vous ce merveilleux tapis de mousse qui va si bien à vos couleurs?

« Vous vous plaignez de votre isolement!

N'est-ce donc rien que de vivre pendant le jour en compagnie avec des papillons toujours amoureux, et aussi, d'être visitées pendant la nuit par les esprits invisibles

| qui habitent les forêts, et qui, pour vous, i n'ont point de secrets!

« Oh! mes filles, le monde est plein d'embûches pour les pauvres fleurs. Heureuses celles qui, comme nous, vivent dans des retraites où le souffle du mal n'a jamais pénétré! »

Un petit chuchotement qui courait de fleurs en fleurs suivit ce long discours. Il est facile de deviner tout ce qui se dit à cette occasion, et avec quelle irrévérence furent écoutés par de jeunes fleurs fraîches écloses les sages conseils d'une vieille fleur... La jeunesse est la même partout et agit toujours a l'étourdie.

Quelques-unes cependant, et des plus raisonnables, — parmi elles se trouvaient la vertueuse Menthe, l'honnête Fougère et le constant Asphodèle, — disaient, mais pas bien haut, qu'il fallait réfléchir, — qu'il se faisait tard, — que l'heure était venue de dormir, et qu'il fallait prendre conseil de la nuit, — que la chose était assez grave pour qu'on ne se décidât pas à la légère, etc. Elles disaient, enfin, ce qu'on dit quand on a peur et qu'on veut gagner du temps.

Mais les plus impatientes répondaient qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire, que la vie est courte, que les fleurs n'ont que des jours et point de lendemain, et qu'il fallait enfin jouir au moment même.

« Ouf! j'ai cru que cette vieille racine de Patience n'en finirait jamais, dit avec aigreur une grosse Bourrache à un Grateron qui s'agitait à ses cotés.

LA RÉVOLTE DES FLEURS

— Ma chère, disait à une Valériane un Coquelicot — quand on craint le danger, c'est qu'on le connaît, et je gagerais la plus rouge de mes feuilles, que la vieille Patience a été, dans son temps, faire un tour dans les villes, où elle aura trouve' pour l'endormir quelques-uns de ces Pavots blancs dont la pâleur a eu, vous le savez, un moment de succès.

— Ne me parlez pas des vieilles gens, criait une de ces petites fleurs jaunes qui se mangent en salade, et qui ont donné, on ne sait pourquoi, leur nom à de certains petits garçons. — Ne me parlez pas des vieilles gens : ils disent tous la même chose. »

Comme toujours, enfin, c'étaient ceux qui auraient mieux fait de se taire qui parlaient le plus haut.

Pendant tous ces débats la nuit était venue, et avec elle son compagnon le sommeil. Tous les deux étendaient leurs ailes sur la nature. Déjà les petites fleurs penchaient leurs calices vers la terre, et commençaient à s'endormir; il y en avait même qui dormaient tout à fait.

Mais pourtant le désir veillait en elles, et il sortit du fond de leurs pauvres petits cœurs désolés, mêlé à leurs plus doux parfums.

Le parfum des fleurs, c'est leur prière et l'encens qu'elles offrent au ciel.

Ce soir-là, il y monta plus suave encore que de coutume, et arriva jusqu'au pied du troue de Dieu, apporté sur les ailes de leurs anges gardiens.

Dieu écouta la prière des petites fleurs des bois, — et, voulant leur être agréable, il dit :

« Qu'il soit fait comme elles l'ont voulu! »

En un instant, toutes celles qui avaient maudit leur destinée furent transplantées, comme par miracle, au milieu du monde et dans un grand jardin ; — le Lierre luimême avait quitté l'Ormeau, le Roseau l'harmonieux murmure de sa source, et la Pervenche ses doux souvenirs; — et quand elles s'éveillèrent le lendemain dès l'aube du jour, et qu'après avoir secoué leurs petites robes toutes couvertes de perles de rosée, elles reconnurent que leur vœu le plus ardent était exaucé, elles demeurèrent si émerveillées, qu'elles ne pouvaient croire à tant de bonheur.

<• Oh! qu'il fait beau ici! s'écrièrentelles, ravies, dès qu'elles furent remises de leur étonnement. Quelle différence de ce heau jardin qui reçoit la lumière éclatante du soleil avec notre noire forêt !

» On pourra du moins être jolie à son aise ici, et s'étaler, et se faire voir, et se faire aimer, et se faire admirer, enfin! »

(Les folles ignoraient qu'on n'aime pas, hélas! tout ce qu'on admire.)

Toutes relevaient fièrement la tête et essayaient de se grandir et de se hausser pour égaler leurs redoutables rivales. Mais en vain ! le bon Dieu les avait semées petites fleurs, et petites fleurs elles restaient. Pour comble de malheur, elles ne pouvaient se plaindre les unes aux autres, car on les avait séparées : les sœurs étaient loin des sœurs, il n'y avait plus ni lien ni famille. I.a symétrie le voulait ainsi; chacune avait sa place marquée. Il s'agissait bien d'être heureuses, vraiment! mais d'êlre belles et de servir à l'ornement de ce beau lieu.

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