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OI1GANES DE RELATION

Comprenez -vous bien ce que c'est que d'être en relation avec des substances?

l'as trop, n'est-ce pas?

Vous comprendrez peut-être mieux ce que c'est que d'être en relation avec des personnes. Votre maman aura dû prononcer plus d'une fois ce mot-là devant vous.

Quand on veut être mis en relation avec quelqu'un, on s'adresse à des amis qui vous apprennent où il demeure , vous conduisent à lui et vous font faire sa connaissance. Nous avons de ces amis-là qui nous rendent le même service avec les substances en question, et sont toujours à leur poste pour nous mettre en rapport avec elles : ce sont les organes de retalion.

Le jeu de ces deux ensembles d'organes constitue en nous deux vies bien distinctes, dont chacune a reçu des docteurs son nom particulier.

Ils ont appelé la première, vie organique, ce qui veut dire : vie commune à tous les êtres qui ont des organes. Dans le dernier chapitre de {'Histoire d'une bouchée de pain, qui avait pour titre : Xutrition des plantes, j'ai montré que le brin d'herbe se nourrit aussi bien que l'homme, et par le même procédé, qui plus est, et que de ce côté-là il a la même vie que lui.

L'autre vie, celle dont l'étude nous reste à faire, et qui a son siège dans les organes d£ relation, a été nommée vie animale, c'est-à-dire vie propre aux animaux. Ceux qui l'ont baptisée ainsi sont parfaitement sûrs, cela va de soi , qu'on ne retrouve pas la plus petite trace de cette vie-là dans les végétaux ; car imaginez un peu quelle mine cela aurait, une vie animale des végétaux.

Four moi qui n'ai pu arriver encore à une certitude aussi tranquille, il faut que je renonce avec vous à ces mots de vie organique et de vie animale, qui tranchent la question d'une façon peut-être un peu cavalière, et je dirai : vie de nutrition et vie de relation, les désignant seulement par leur nature, et laissant à Dieu le secret des limites de leur domaine. J'essayerai de faire voir, en terminant cette étude, que les végétaux n'en sont pas réduits à la machine à manger pure et simple, qu'il y a aussi chez eux quelque chose qui est averti et se remue, et que la différence est

bien pethe de ce côté-là entre eux et ce que nous appelons les derniers animaux.

Du reste, ces deux vies de nutrition et de relation je les ai signalées déjà , et j'ai marqué bien nettement le terrain où chacune d'elles s'exerce. Je vous disais un jour :

« Votre corps est comme un petit royaume dont vous seriez la reine, mais reine seulement des frontières. Les bras, les jambes, les lèvres, les paupières, toutes les parties extérieures sont vos très-humbles sujettes.

Au moindre commandement , les voilà en mouvement ou en repos : là, votre volontéfait loi. Mais l'intérieur ne sait pas qui vous êtes; il y a au dedans de vous une petite république qui s'administre ellemême, et se passe de vos ordres, dont elle se moquerait si vous vouliez lui en donner.»

(Histoire d'une bouchie de pain, p. 59.)

Nous avons voyagé ensemble dans la petite république. C'est maintenant le tour du petit royaume, et si le premier voyage a pu vous intéresser, j'espère bien que celui-ci ne vous ennuiera pas. Les reinfs ont toujours eu du plaisir à parcourir leurs États.

— Pourquoi donc, me direz-vous, avezvous mis en tête de vos nouvelles lettres ce vilain litre : Les Sercilcurs de l'estomac? Si tout ce que nous allons voir n'a été fait que pour servir l'estomac, de quoi suis-je la reine, et puis-je être bien Itère de ma royauté?

— Hélas, mon enfant, je ne suis qu'un professeur de physiologie 1 , comme on appelle cela. Je n'ai qu'une chose à vous apprendre, comment vit ce petit corps qui vous est commun avec les animaux, et j'ai beau vous aimer de tout mon cœur, je ne puis voir en vous, dans ma leçon, rien de plus qu'un petit animal. Le premier devoir, disons mieux, le premier besoin de l'animal

1. Physiologie veut «lire en français : histoire de la »ie, et s'entend seulement de la vie du corps.

est de contenter ce maître impérieux qui nourrit tout , mais à la condition que tout travaille pour lui. Oui, vos sujets sont ses serviteurs, parce que vous êtes vous-même sa servante, et que vous commandez à , son profit. C'est pour l'animal ce que je dis là. Heureux ceux qui sont chargés do vous apprendre les devoirs, d'éveiller en vous les besoins d'une autre vie encore , d'une vie supérieure à celle de l'animal !

Ceux-là ont la belle lâche, la plus grande et la plus facile. Ils sauront bien vous dire que tous ces organes que nous allons passer en revue ne vous ont pas été donnés pour | être seulement les serviteurs de votre estomac, et que, par exemple, sans sortir de cette grosse question de la nourriture, vos mains sont aussi bien faites pour la donner que pour la saisir, vos jambes pour la porter là où elle manque que pour vous porter vous-même là où elle est. Nous avons, grâces à Dieu, d'autres relations qu'avec les substances alimentaires, et les organes chargés d'accomplir les actes de la vie de relation travaillent, je le sais, pour d'autres que pour l'estomac. Il y a même des petites demoiselles qui pourraient se demander par où ces organes -là méritent d'être appelés ses serviteurs, à voir comme le déjeuner, le dîner, le goûter et le souper se suivent régulièrement pour elles tous les jours, sans travail apparent d'aucun de leurs organes. Elles sont, par parenthèse, J mieux placées que personne pour les cmployer à quelque chose de mieux, comme à s'instruire, à se rendre utiles à leurs parents, à faire plaisir aux uns et aux autres. Il faut bien vous persuader néanmoins que, pour ne pas être la seule , la fonction première des organes se maintient malgré tout, même chez une petite fille qui n'a j pas l'air d'en avoir besoin pour manger.

Ils sont chargés, avons-nous dit, de nous mettre en relation avec les substances que nous mangeons. Eh bien ! quand vous

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