‹ Magasin des adolescentesChapitre 16 sur 33 · VIL" DIALOGUE · texte numérisé non relu

VIL" DIALOGUE

Lady LOUISE , Lady LUCIE , Madem. bonne.

mabem. bokke.

I V pus voîlà de bonne heure , mesdames : nos enfans ne viendront qu'à midi , et il n'est que neuf heures ; dites-moi, je vous prie y ce qui vous amène si matin ?

liADY BOtlISE.

Nous aurions quelque chose à vous dire en particulier , ma Bonne , et nous avons espéré que vous, voadrie^t bien nous accorder: une heure de votre teras.

MADEM. BONNE

Parlez à coaur ouvert ,. mesdames , et comptez sur mpi^commie sur la plus, slur cère de vos amies.

^ liADY liUCJÏE.

Nous avons compté sur votre bonté et . votre amitié pour nous , ma Bonne ^ et

c^est ce qui nous fait prendre la, liberté de tous consulter. Ce que nous avons entendu depuis qtie nous Venons ici nous fait trembler i pour moi , Je vous avoue, que je n'aj pas eu un inomenl de repo^. depuis ce tems^là^ Ah, ma Bonile ! je connais que je ne vis pas , et que je ne pense pas comme une chrétienne^ Je tois avec frayeur que les paroles dil prophète s'a-dressent à moi : jusqu'à quand boiterezvous des deux côtéai f entre Dieu et lé inonde ? Voilà ma situation ^ ma Bonne j ou plutôt toute occupée du monde et de ses plaisirs , à peine ai- je pensé à Dieu, à mon ame^ à mon salut et à l'éternité^

Je suis dans le ménie cas , ma Bonne j cependant j'entends tous les jours louer ma piété , et peu s'en est fallu que je ne m'en sms fait compliment à moi-même i parce que Je n'ai pas occasîcm de faire de grandes fautes , J'ai bonnement cru que j'étais vertueuse , et en m'examinent bien/ je suis forcée de dire comme madame , que )c n'avais pas même Vidée de ce que c'est Çi'êlre chrétienne. J'ai fait plusj j'ai jus-^

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qu'à présent tourné en ridicule ceux qui pensaient mieux que moî à cet égard. Ce sont des méthodistes ; voilà mon éternelle réponse lorsqu'on me parle de gens qui sont uniquement occupés de leur salut»

H A DE M. BONN s.

Ecoutez:, mesdames, j'ai deux choses à observer par rapport à vous , et à vous faire observer à vous-mêmes. Vous êtes entre deux écuerls qu'il faut éviter avec un soin égal. Le premier est le relâchement ; le second , le scrupule. 11 faut marcher d'un pas ferme au milieu de ces deux chemins , sans s'écarter ni à droite ni à gauche. Mes lumières sont bien bornées ; mais Dieu les proportionne à nos emplois y et me donnera , par rapport à vous , des vues que je n'aurais pas par rapport à moi-même. Cest dans cette confiance que je consens à vous écouter et à vouô répondre; mais pour vous bien ^conseiller , il faut que je vous connaisse à fond ; ^'ai. donc besoin que vous me parliez avec confiance. I>ites*4nôi, lady l4ucie , quelle est votre idée ?

DES ABOIiESCENTES. 225

liADY liUGIE.

Moi-même je vais vous faire mon portrait d'après nature , et vous venez que mes frayeurs sont bien fondées.

MADEM. BOKKE.

Souvenez-vous au moins que vous me devez l'aveu de vos bonnes qualités ausaî bien que de vos défauts.

IiADT XUCIB.

Mes bonnes qualités î Je vous assure que je ne m'en connais aucune ; il y aurait une grande vanité chez moi ,. si je me croyais dés vertus : il y a quelque chose qui y ressemble peut - être ; mais > ma Bonne ,^ ces vertus-là sont de la fa\i3se monnaie»

MABEM. BOÎnTHE.

Vous devez vous rendre à vous-m^me la justice que vous rendriez, aux autres, f Je suppose que vous possédiez toutes les, vertus, il n'y aurait pas là sujet d'avoir. de la vanité ; car enfin > ma chère y ou ces vertus seraient nalurellej , ou vous les aurie2i acquises. Dans le premier cas^

TOUS n'avez pas sujet de vQu? glorifier de ce qui est en vous sans qup vous l'y ayïpï mis. Le seul sentiment raisonnable que puisse exciter chez nous la connaissance de nos bonnes qualités naturelles^ est un sentiment de reconnaissance envers Dieu qui nous les a données : que si vous- les avez acquises , vous saves^ bien que ce n'est pas par vos propres forces, mais par un secours continuel du Seigneur.

Je vous le disais l'autre jour ; tout ce qui en vous est mauvais , vou^ appartieut; au contraire , ce qu'il y a de bon en 'vous, vient de Dieu : ressouvenez-vousen sans cesse , pour en bénir l'auteur , et vous exciter à l'aimer. Je ne vous prie pas de me dire ce que vous êtes naturellement, mais ce que vous êtes devenue par la miséricorde du »Seigneur,

liADY liUCIB.

Je vais vous parler bien sincèrement, ma Bonne : vous venez de me tirer d'ii^ grand embarras , et de me guérir d'un scrupule insupportable. Je suis née avec d'assez bonnes dîspositions,si mon amour" propre ne Içs gâtait pas. J'ai été élevée dans une famille très-chrétienne , où j^

A ES ÀDOIiESCEN'rES. SS7

n'ai va que de bons exemples. J'ai acquis par là machinalement d'assez bonnes ha*^ bitudes. Quand elles se présentent à mon esprit, je refuse d'y réfléchir , comme a c'étaîi de mauvaises pensées; j'ai toujours» peur d'être dans le cas du superbe pha^r nsieur

LAD Y IiOUISfi.

Et moi je suis tombée dans un autro' excès. Je vois fort bien que je ne suis pas^ aussi bonne que j^e devrais l'être ; mais je pense aussi que je suis meilleure que beaucoup d'ajotres ^ je m'occupe de cette pensée avec complaisance , comme si^ c'était à moi que j'eusse L'obligiitîén dr ces bonnes qualités;

MA DE M. bonne:

des àeujL excès sont condamnables ;; fl faut les éviter. Voyons donc , lady Lucie , le bien et le mal que vous avez- & dire de vous-même.

LAJDY I-UCXE.

Pour vous faire le portrait fidèle de' ce qui m'est arrivé, je n'ai qu'à vous rappeler l'histoire de celte dame qui cber^chail le bonheur : j.e m'étais flattée de le

liB MAGASIN

trouver dajia le monde et dans les plaisirs qii?il présente j Je n'y ai éprouvé que des dégoûts j mon cœur se refuse a tout , et cherche avec avidité ce qu'il ne trouve nulle part..

liADY liO'UISB,

Yoîlâ en quoi je diffère de lady Lucie*. Le monde me promet des plaisirs , et îî m'en donne : je m'amuse au bal, à la comédie , et dans quelques assemblées r je ne voudrais pas m'occuper de ces choses depuîis le matin jusqu'au soir j mais je les regajfle comme permises à mon âge , et fort innocentes. J'aime à m'ajuster, à avoir de beaux habits ; et j'ai toujours pensé que cela était sansr crime , pourvu que je ne blesse point la modestie : en un mot^ ma Bonne , je vous dirai que je veuife faijse mon salut ^ et aller dans le ciel; mais mon ambitioa est bornée de ce côtélà. Je n'aspire point k la première place , %e souhaiterais auparavant goiiter de tous lés plaisirs qu'on: peut prendre sans offenser Dieu-

MABEM. BONNE.,

Avant de vous répondre ^ madame ^.

DES ADOIiESCENTES. 229

perraettez-inoi de demander à lady Liicîe ce quî Pempéche de goûter les plaisirs qu'elle recherche : dites-moi , ma chère , sont- ce ces plaisirs en eux-mêmes quî vous dégoûtent, ou y a-t-il quelque chose qui vous empêche de vous y livrer?

liADY liUCIE.

Je vais vous expliquer cela, ma Bonne.

Je suppose qu'on me- prie d*aller à un bal. Je l'accepte dans l'espérance de m'y amuser ; j'y vais avec empressement ; j'écarte tout ce qui pourrait m'empêcher de m'y divertir comme les autres. Tout au beau milieu du bal , il me vient une pensée si forte , qne je ne puis l'éloigner, ir me semble que j'entends une voix qui me dît : Est-ce pour cela que Dieu t'a mise au monde? Si on doit rendre compte des parçles inutiles , puis^je croire que Dieu ne me demandera pas compte des momens que je perds ici ? Vous pensez bien qu'avec de telles pensées il ne m'est pas possible de goûter la satisfaction que je m'étais promise. Je me rappelle le premier bal où j'ai été : je l'avais désiré passionnénvent , je fus plus de trois jours

s3o, liE MAGA8IH

sans pouvoir dormir , dans l'impatience!

de voir arriver le moment d'y «lier. Se fus éblouie en y entrant : toute la cour y était y et je n'avais pas asse^ d'yeux pour voir : tout d'un coup il me vinf dans l'esprit j combien de ceux que je vois ici j. mourront-ils cette année ? 11* s'y pensent pas ; auraient-ils le courage de se divertir , s'ils savaient que leur fin est si proche ? Mais qui m'a dit que je ne suis pas une de ceUes qui doivent mourir dans peu ? Cependant , loin de m'occuper de cet événement qui est d'une si grande conséquence pour moi ^ il y a buit jours que je ne pense qi^'â mes habitsf et à de pareilles bagatelles : j'en, ai de$ distractions étpnnantes d^s mes prieresf je n'ai pensé ni k Dieu, ni à mon salut.

y oilà y ma Bonne , ce. qui m'occupa tout le bal. U y a toujours. quelque pensée de çet(e espèce cachée au fond de mon cceur , qui attend , pour se montrer^ k moment que j'ai choisi pour me di- ^eif^tir*

. HADBM. BONNE.

h TOUS prie i lady Louise , de me dire

ce q^&.vpUi pensez çle k sitoation de votre amie ?

JiAtY liOUISB.

Je pense qu'elle est trop scrupuleuse^ Il faudrait s'enterrer toute vivante î seloa elle. Dieu notis défend-il les plaisirs innocens? Parlez -moi sincèrement ,' nia Bonne : si vous croyez qu'il faille les sacrifier pour aller au ciel , je le ferai j. mais cela me donnera beaucoup de chagrin , car je vous le répète , j'aime le plaisir.

MABBM. BONNE,

Cela est naturel à;votre âge , madame^ je n'ai garde de vous en faire un crime ;. œais j^né veux pas non plus vous flatter.

Je vous dis. que ce n'est poin| un crim€ à votre âge de chercher à vous divertir ; cela mérite quelques eclaircissemens. Pour le faire sans blesser votre ame , il

faut:

i.<^ Que les plaisirs que vous recherchez , ne soient point mauvais en euxmêmes.

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