XII.- DIALOGUE
HABEM. BONNE.
J^ ous n'avons pas dît toutes nos liistoires la dernière fois , et nous avons aussi oublié la géographie ; il faut , s'il vous plaît, commencer par-là aujourd'hui.
Cest à vous , miss Molly.
iiiiss Moiiiiir.
Le chef des armées du roi de Syrie se nommait Pïaaman. Il était fort aimé de tsion maître , parce qu'il était un grand capitaine et un fort honnête homme ; mais il lui était arrivé un grand malheur, il était devenu lépreux , c'est - à - dire , qu'il itait couvert , depuis la tête ju^ qu'aux pieds, d'une gale affreuse. U avait d£uis $a maison nne fille Israélite qui avait été fai^ esclave ; et comme on la traitait bien , elle était fort attachée à son mai* tre , et avait une grande compassion du triste état dans lequel il était réduit. Un jour elle dit à sa maîtresse : Je suis sure
gG LE MAGASIN
que , le prophète Elisée guérirait moa maître , s'il voulait l'aller trouver. Naaman ayant fait savoir cela au roi son maître , ce prince lui donna une lettre , par laquelle il priait le roi d'Israël de guérir Naaman de sa lèpre. Le roi d'Is-* raël ayant reçu cette lettre , déchira ses habits I comme <:'était la coutume quand on avait une grande affliction y et dit : Suis-je un Dieu pour guérir les malades? On voit bien que le roi de Syrie me cherche quereUe. Elisée ayant appris cela , envoya dire au roi d'Israël : Pourquoi t'affliges-tu? que cet homme vienne ici , et qu'il sache qu'il y a un prophète du vrai Dieu en Israël. Naaman étant venu à la porte d'Elisée , le prophète lui envoya dire de se laver sept fois dans le fleuve du Jourdain. Naaman , à ces paroles , se mit en colère et dit : Je croyais qu'il sortirait au-devant de moi^ qu'il invoquerait le nom de son Dieu et qu'il toucherait ma lèpre. N'avons-nous pas dans la Syrie des eaux aussi bonnes que celle du Jourdain. 11 s'en allait donc tout fâché , mais ses serviteurs lui dirent : Seigneur^ si le prophète vous eût
éommatidé des 'choses fort difficiles , vous
eussiez dû lui obéir : pourquoi donc ne
le faites-vous pas j puisqu'il vous ordonne
Hue cbofi^ si aisée ? Naaman pénsa que
ses doiïiestiques avaient raiscm y et s^étant
fevé'sepl fbis^ il fiit guéri de sa lèpre.
Alors il' vînt teitlercifer le prophète , et
lui apporta ^es présens magnifiques , en
lui promettant de n'avoir jamais d'autre
Dieu que le Dieu d'Israël. Qisée . ^uoi-
^'il £àt fort pauvr^e , comme vous l'avez
TU> ne voulut recevoir aucun présent de
Kaaman : ce qui fâcha beaucoup soa
Serviteur j et lorsque Kaaman fut parti y
ce valet avare courut après lui ^ et Itii
dit ; Seigneur , il vient d'arriver chez
mon maître un fils de proj^ète qui est
pauvre , et mon maître m'a dit ^ Goures
après INaaraaû, et lui demandez deux
robes et une somme d'argent que je veux
donner à cet homme. Maaman lui donna
ce qu'il demandait ; et ce domestique
d'Elisée porta cet argent et ces deux
robes dans' une maison où il les cacha.
Quand il fut rétourné , Elisée lui dit :
D'où venez-vcais ? D'aucun endroit, ré-
^ndît le serviteurV Pourquoi mentez^
IL d
gS IiC ItAGÀSIH
TOUS y dit le prophète ? j'étais présent lorsque TOUS ayez reçuf argent et les deux robes : gardez-^Ies , mais en même teins l^ardez la lèpre de Naaman pour you9 et pour votre postérité. A peine le. prophète eût - il achevé de parler , que son va^t fut couvert de lèpre en punition d^ son avarice ^ dt; son vol et de son mensonge.
Vous voyez , miss MoUy , combien Pavanée est un vilain péché. Ce serviteur du prophète devient menteur et voleur par amour de l'argent. Cette passion ehange le caractère ; et a'u lieu de diminuer avec l'âge , coiùme les* autres passions , elle va toujours en augmentant. Continuez , lady Charlotte, et après que nous aurons fini nos histoires , je vous raconterai la mort terrible de deux avares , arrivée de notre tems.
JjAdy charlotte.
Le roi de Syrie , qi|i avait dessein de détruire le royaume d'Israël ^ y envoyait souvent des troupes pour faire des entreprises; mais c'était presque toujours inutilement , parce quelle prophète Elisée
DES^ ADOLESCENTES. gg
avertissait le roi d'Israël , qui se tenait sur ses gardes. Le roi de Syrie , voyant <pie tous ses desseins étaient découyerts y crut qu'il y avait quelques-uns de ses sujets qui le trompaient. Ses serviteurs lui dirent : seigneur , personne ne vous trahit^ mais ne savez- vous pas que le prophète Elisée sait tout ce que vous dites , quand même vous parleriez tout seul dansTOtre chambre? Le roi* voulant se venger d'Elisée , envoya un grand nombre de soldats pour le prendre dans une ville où il était. Le serviteur du pro-« phète voyant ces soldats, eut une grande peur ', mais Elisée lui dit : ne voyezvous pas que ceux qui nous défendent sont en plus grand nombre que ceux qui nous attaquent ? En même tems il pria Dieu d^ouvrir les yeux de son ser* vitcur y qui vit toute la montagne cou* verte de chevaux et de chariots de feu. En même tems Dieu y à la prière du prophète , éblouit les yeux de ceux qui venaient pour le prendre, et il leur dit : suivez-moi , je vous mènerai dans un lieu où vous trouverez l'homme que vous cherchez. Us le suivirent , et il les mena
lOO LE MAQ^ASIN
dans la ville de Samarie , ca{)ir.ale du royaume d'Israël. Alors leurs yeux furent ouverts , et ils eurent une grande peur de se voir au milieu de leurs ennemis et en leur pouvoir. Le roi d'Israël demanda i Elisée , tuerai-je ces gens-là? Gardeztous-en bien , dit le pjQphète ; au contraire , dônnez4éur à boire et à manger. Ces jgens-là étant retournés vers leur maî- 'ire , ils lui racontèrent le bon traitement qu'ils avaient reçu , et le roi de Syrie en fi^t si touché , qu'il laissa les Israélites en' repos pour un peu de tems.
1£AD£M. BONNE
Remarquez, mesdames, que le meilleur moyen de désarmer nos ennemis , est de leur rendre le bien pour le mal 1% Elisée eût consenti à la mort de ces hommes qui voulaient le prendre , il n'eût pas procuré la paix aux Israélites. Remarquez encore avec quel soin Dieu garde ses serviteurs. Si nous avions les ?yeux ouverts , nous verrions que Dieu ïious environne sans éesse de son secours , pour nous délivrer dé mille périls • ^lie-nous ne connaissons pas. Pe combien
Bl^S ABOIiESCENTEd. 101
d^accidens fâchons: Dieu ne aous a*t-îl pas sauves ?Notis conuaitrons tout cela au jour du jugement.
liAJDY MART*
Ma Bonne ^ vous nous avez protiuê une histoire.
HABEM. BONNE.
C'est celle d'un magistrat nomme monsieur Tardieu. Je vous le nomme y mesdames , parce que c'est uûe chosç publique* Ce t homme , qui étaitfort avare^ voulut se marier. Ce n'était ni la beauté , ni la jeunesse ,ni la vertu qu'il recherchait dans une épouse \ il voulait une femme riche et aussi avare que lui. Il la trouva telle qu'il la souhaitait , car.il n'y eu| jamais , je crois , une femme aussi inté? ressée; son mari auprès d'elle pouvait *passer pour un homme libéral. 11 acheva de se perdre dai)$ la compagnie d'une telle femme : un Volume entier ne serait pas assez grand pour contenir le récit de toutes les vilenies de ces deux personnes. Cette femme commença par mettre dehors tousles domestiques , et ensuite elle inventa des moyens jusqu'alors iu-
109 liB MAGASIN
coîmos jpour gagner au ^arguerFargenL Son liiari tendait la justice ; et qaaiâ un criminel ayait beaucoup d'^i^gevit , â était sût d'avoir sa :grace\ GomHte on connaissait rhumeur de ce juge , tous ceux qui ayaient de mauvaises affaires lui faisaient àes présens. Un jour on lui apporta deux dindons. Sa femme garda le plus petit qu'elle fit cuire etle-ménie pour leur dîné, -et envoya vendre l'autre au marché , parce qu'il était extremefuent pesant. Quel fut son désespoir lorsqu'elle apprit que le plaideur qui lui avait fait ce présent , avait mis une bonne somme d^>r dans le ventre du dindon qu'elle avait fait vendre? JEUe manqua en devenir folle. Elle volait tout ce qu'dte pouvait attraper , et n'entrait jamais chez un pâtissier de ses voisins , qu'elle ne lui prit quelques biscuits. Cet homme , pour la punir et se venger , mit un tomitif daoïs i^n biscuit qu'il laissa traîner exprès , ce qui la rendit extrêmement malade. Elle se faisait des jupes avec les thèses de satin dont on faisait présent à son mari. Je vous ai dit qu'elle avait renvoyé ses domestiques ^ et qu'elle vivait seule avec son mari j
DES ÂÏ>OL£SG£KT£S. loS
elle avait fait faire des serrures qui s^ouvraient par un secret , et il n'y , avait qu'eux qui sussent les ouvrir : cette précaution ne put lui faire éviter son malheur. Des voleurs trouvèrent le moyen de se glisser dans sa maison , et l'égor** gèrent avec son mari. Il est Vrai que ces Toleuris ne purent jamais sortir, parce quUls ne savaient pas le secret des portes^ ainsi on les trouva dans la cheminée , dû ils étaient cachés; mais leur châtiment ne rendit pas la vie à ces avares que personne ne plaignit.
liADY MARY,
Ma Bonne , vous nous avez dit dans la dernière leçon que le prince Pythius avait des mines d'or; voulez-vous bien m'apprendre ce que c'est ?
MADEM. BONNE
De tout mon cœur , ma chère. Vous voyez que le dessus , ou la surface de la terre , produit des arbres , de l'herbe , des fleurs et des fruits. Eh bien , le dedans de la terre produit les métaux ,4ônt le premier et le plus parfait est l'or.
lo4 IiE MA«tA8lN
I«ABY MARY.
Gomment , ma Bonne , lies gainées se trouvent-elles dans Ta terre y comme les choux dans le jardin ? '
1CAD£H. BONNE
Pas tout-àr-faît , ma cIieFe j Tor est 'd'abord mêlé avec de la terre* Quand ,i>B a découvert ({u'il y a dies mines d'or .dans un endroit , ou qu'on le soupçonne, tm fait des trous fort profonds dans la terre ; on y fait descendre des hommes , et ces misérables sont quelquefois écrasàf sous la terre qvi s'éboule, C^est-à-dîre , qui retombé sur eux. On lire de grands paniers de celte terre, qui est mêlée avec •l'or que l'on en sépare. On prend ensuite celui dont on veut faire des gainées , et on le porte, à la monnaie pour le travailler.
MIS3 BEXiliOTTE.
Mon Dieu , ma Bonne , que ces pauvres gens qui travaillent dans les mines ^ sont à plaindre !
liADY SPIRITUELIiE.
£leux qui vont chercher des perles an
B£5 ABOIiESCjENT£|i. 10l>
fond de la mer , ont encore plus de peine. J'ai lu ^ il y a quelque tems , qu'ils y trouvent de gros poissons quiles mangent.
liADY MARY.
C'est pour rire qu'on a écrit cela y madame ; est-ce qu'il y a des poissons asses grands pour manger les hommes ?
MABEM. BONNE.
Vraiment , ma chère , il y a des poissons grands comme cette chambre , d'autres aussi grands qu'une maison ^ ce sont les baleines ; mais ce ne sont pas ceux-là qui font du mal aux pauvres pécheurs de perles ; il y en a une quantité d'autres qui sont beaucoup plus petits et qui sont extrêmement dangereux ; le requin , par exemple : il n'est pas plus grand qu'un vean. mais il a des dents tranchantes comme des rasoirs y et il coupe d'un seifl coup la jambe ou la cuisse d'un homme» Heurçiteement on les voit venir dé loin» J'ai ouï dire à un de mes amis y qui a beaucoup voyagé , qu'étant un jour dahs un vaisseau par un tems extrémetiient calme , il lui prit envie de se baigner j il ^escendildonc dans la mer , et se temôt
iu6 liS MAGASIN
à aae corde : tom d'un coup il vît reinr «n de ces cru<;ls anîtnattx , el il n'eut que le temsde crier qu'eu le Aî^^sa^ , c'ei^-àdîre , qu'on le tirât avec cette corde. Quand il fut hors de l'eau et tout près du i)ord du vaisseau , te poisson s'ëlança en l'air pour hû attraper là jambe j mais heureusement il le manqua*
I/ADY CHARLOTTE.
J'avais pitié des poissons qu'on péchait; je pensais que c'était dommage de les tuer, puisqu'ils ne faisaient . mal à personne ; mais à présent on pourrait leis détruire tous sans que j'en fusse tou- 'éhée;
MISS CHAMPETRE.
Nous avons beaucoup d'iétangs dans jiotre terre , et l'on y pèche très-souvent. ^^ première fois que f e vis p^her , fêtais fort petite alors , je lat mi» à pleurer lorsque je vis les pauvres poissons se débattre sur Therbie avant de mourir ; wais tout-a-coup il me vint une pensée. ]Pour aturaper ces poissons y on mettait lau bout de la ligne 4es vçrs ou des poisisons fort petits. Je me dis donc à moi-
DES ABOIiESCBKTES. I07
lâéme : si ces g^os poissons n'avaient pas voulu manger leurs petits camarades , ils u'auraiient pas été pris ; c'est leur cmauté envers lemrs $ijemblables qui est cause de leur mort ; ils ne méritent donc pas que je les plaigne. E^ectivement, depuis ce tems-là je pèche fort bien moimême, sans avoir aucune compassion pour les poissons que je prends. Les grands qui aiment à manger ceux qui sont plus petits qu'eux , méritent d'en trouver de plus grands <|u'e]ix qui les mangent à leur tour.
liADY SFIBITjCJEIiliE.
Véritablement cela est juste; mais, pour revenir à nos pécheurs âfi perles , ce sont des hommes qu^on accoutume , dès leur jeunesse , à rétenir leur respiiration ; on les nomme plongeurs. Quand ils ont pris l'habitude de rester quelque tems dans l'eau sans respirer , on leur attache un panier devant eux , puis on leur passe, une corde par * dessQus les aisselles, et on leur attache une autre corde à la main. Cette cor^e tient à une cloche qui e$t au bord du bateau^ Dans
cet équipage ^ on les descend au fond dé la mer , et ils se dépêchent de remplir leurs patiiers d'huitres. Quand ilest plein^ ou qu'ils ne peuvent plus retenir leur haleine , ils sonnent la cloche ; on les retire , puis ils y retournent encore. Ce qu'il y a de singulier , c'est qu'bn dit qrfen touchant ces huîtres , ils connaissent s'il y a de grosses perles dedans , et qu'il arrive quelquefois qu^ls ouvrent ces huîtres y et avalent les perles»
MADEM, BONKK.
Je l'ai ouï dire aussi; mais cela me parait difficile à croire. Si cela est vrai y nous ne pouvons assez admirer la folie des hommes qui semblent compter leur vie pour rien , quand il s'agit de s'enrichir ; car ils peuvent fort bien étouffer pendant le tems qu'ils emploient à ouvrir ces huît;res. Dites-nous votre histoire ^ miss Sophie.
Miss SOPHI£»
Les Israélites, après avoir été quelque tems en paik avec les Syriens , virent recommencer la guerre, et le roî'^es Syrîetis mit le siège devant Sàmafie.
DES ADOliSSCEKTES. leg
Comme il n'y avait pas beaucoup de vivres dans cette ville , il y eut bientôt une si grande famine y que la tête d'un âne fut vendue quatre-vingts pièces d'argent ; une petite mesure d'ordures de pigeon fut aussi vendue cinq pièces.
Un jour que le roi d'Israël passftit sur la muraille , une femme lui cria : seigneur, rendez-moi justice. Quel mal vous a-t-on fait ? lui demanda le roi. Seigneur^ lui répondit - elle , ma voisine et moi sommes convenues de manger nos enfans r hier faî fait bouillir le mien , et J'en ai donné la moitié à cette femme y et aujourd'hui elle a caché son fils y et ne veut pas m'en donner la moitié. Le roi , saisi d'horreur , déchira ses habits , et l'on vît qu'il avait ^un sac sur ^a chair pour- fléchir la justice de Dieu ; mais y au lieu d^ porter ce sac, îl aurait dû renoncer à ses mail vaises' inclinations , et c'est à quoi il ne pensait pas ; au contraire y il se mit dans une grande colère y et jura dé faire couper la^ tête à Elisée. Gomnâe iï en- » voyait des soldats pour le prendre , le prophète qui était assis aVec ses disciples, leur dit : je vds kjfils du meuririet
IIO LE MACtAilN
qui envoie des soldats pour me tuer. Le roi suivait ces soldats , et le prophète lai dit : demain , à cette heure , le bled et .l'orge se donneront presque pour rien aux portes de Samarîe. Un seigneur qui accompagnait le roi , dit à Elisée : à moins, que Dieu ne fasse pleuvoir des vivres , cela ne se peut. Klisée lui répondit : vous le verrez y mais vous n'en man^ geress pas.
• Cependant Dieu fit entendre aux oreilles de3 S3(riens un grand bruit de chmots et de chevaux ; et comme ils crurent qu'il venait une grande armée au secours de Samarie , ils se sauvèrent en grande hâte •et abandonnèrent leurs vivres et leurs ba- .g£^e3« Leur camp resta donc tout $enl , et perspnne ne sayait cela, dans la ville. •Pans ce tems-là y les lépreux n'avaient pas permission de demeurer dans la yille, il& étaient Obligés de rester hors^ • des portes. Qr , il y avait quatre de ces ïépreijix qui prirent i:éSfOlution d'aller se rendre; aux Syriens j car ils disaient en eujtrmêmes : 11 vaut mieux que ces gens- }à nous tuent, que de mourir ici de £aîm*
' DES ADOIiESCElMTES. 111
Ils furent fort étonnés de trouver le camp abandonné ; et ayant bu et mangé , ils prirent ce qu'il y avait de meilleur^ et furent le cacher. Bientôt après , ils se reprochèrent de ne pas donner cette bonne nouvelle à la viÙe. Ils y revinrent donc ; et comme il était nuit , on fît éveiller le xoi. U crut d'abord que les Syriens s'étaient mis en embuscade; et pour le découvrir , il envoya deux hommes à cheval. U ne pouvait pas en envoyer une plus grande quantité , car on avait mangé tous. les chevaux , et il n'en restait que cinq dans^toute la ville. Ces jdeux hommes trouvèrent tous leis che^ mia$ couverts d'habits et d'autres choses <{ue les Syriens avaient jetées pour fuir jUm vite , et ils revinrent dire cela aii roi. Alors le peuple courut en foule au camp ennemi ; mais /pour «mpécher qu'jl n'y eût du désordre à la porte ^ le roi commanda à ce seigneur qui avait douté 4e la parole d'Elisée , de s'y tenir» Il vît véritablement la grande quantité de bled qu'on y apportait , et qu'on voulait à très-bon marché ; mais il n'eu gçiûla pas , car il fut écrasé par la foule. Ainsi la
119 îi£ MACAStK
parole que Dieu avait dite par son pro^ phète , fut accomplie.
MISS BKIiliOTTE.
Cette histoire fait dresser les cheveux : une mère manger son fils I
BfISS SOPHIE.
Ma Bonne, j'ai entendu dire qu'il y a des peuples qui tuent leurs pères quand ils sont vieux , et qui les mangent ensuite : cela est-il vrai ?
Les Iroquois , peuples qui habîtènc dans l'Amérique septentrionale, le faisaient autrefois , mais à présent ils ne te font plus. N'allez pas croire , mes enfans'^ qu'ils fissent 'cela par méchanceté : tout au contraire , quand les Européens vinrent dans leur pays, et qu'ils surent que chez nous un laissait vivre les vieiUes gens et qu\)n les enterrait ensuite , i& nous trouvèrent fort cruels. Quelle barbarie , disaient-ils , de laisser souffrir dés personnes qui nous ont donné la vie , et de les jeter ensuite dans un trou pour «tre mangés des vers ! Mous avons bîeâ
1)E8 ABOIiESCElfrTSS. Ii5
plus d'amour pour nos parens , ajoutaieDtils; nous leur épargnons les incommo^ dites dans une grande yièillesse , et nous leur donnons notre estomac pour tombeau. En mangeant la chair de nos pères, nous nous rendons présentes leurs belles actions , et nous faisons passer leur courage en nous et en nos pëtits-enfans».
liADY MAB.Y.
Mesdames , quand j'étais petite , ma Bonne s'amusait à se moquer de moi , et elle me proposait d'être reine de ces hour nêtes gens-là.
.KADBH. BONNE.
Je ne ms moquais point de vous , ma cbère ; je cherchais à connaître vo9 sentimens , et j'en fus fort édifiée. Oui , mesdames , je dis à ma chère Mary que les reines de ce pays - là n'avaient que des hal)its de peau , des colliers de ca-* quillages, qu'elles couchaient quelquefois dans la neige , et qu'elles étaient très - mal nourries. Tout cela ne la dégoûta point ; elle consentait de bon cœur à souffrir toutes ces incommodités , pour fd}re connaître le bon Dieu à ces pauvres
Il4 lélù MAGASIN
gens , et pour leur apprendre à TÎYre etk société.
Est*€e que ces gens-là nt connaissent pas qu'il y a un Dieu? Ne TOïent-îIs pas bien le ciel et la terre, et ne pensent-ils pas qu'il faut qu'il y ait un Dieu qui ait fait toutes ces belles choses ?
MADBM. BONKEé
Vous ayez raison , ma chère ; les peuples les plus barbares ont été frappés du grand spectacle de l'univers , el ont compris que les hommes n'ayant pu faire ce qu'ils admiraient, il fallait nécessairement qu'il y eût quelque chosQ au-dessus de l'homme qui méritait leur respect et leurs adorations. Chaque peuple s'est fait à cet égard des idées particulières. Les peuples du Pérou adoraient le soleil, aussi bien que ceux du Mexique. Les Iroquois et les autres sauvages de l'Amé* rique septentrionale disent qu'il y a an grand, esprit qui a tout fait , et ils l'adorent. Ils croient qu'il y a au-dessous de lui plusieurs esprits qu'ils appellent Ma-nitous , dont le^ uns ^ont bons et les au*
DES ABOLESCENTBS. Il5
très méchans. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'ils honorent davantage les matt^vais que les bons , et qu'ils leur font quantité dç présens.
liADY YIOliBNTB.
Cela est bien ridicule : et pourquoi font-ils cela , ma Bonne ?
mai>em:» bonne.
Par la même raison que quelques peuples de l'Asie prient et honorent le diable plus que Dieu , quoiqu'ils en ayent l'idée. Dieu est si bon, disent-ils |^ qu'il n'a pas besoin d'être prié pour nous faire du bien , cela lui est naturel. Mais , comme le diable est un méchant , il a besoin d'être désarmé par nos prières et nos présens, sans quoi il se laisserait aller au penchant qui le porte à nous faire du mal.
MIS8 BEIiLOTTE.
Les Iroquois croient-ils qu'il y a un paradis et un enfer?
MABEH. BONNE.
Ils croient que l'amè est immortelle , et qu'elle va , après sa mort , dans un
Il6 liB MAGASIN
grand pays où elle sera traitée selon sts œavres. Les âmes de ceux qui ont bien vécu , trouveront dans ce pays beaucoup d'animaux et de poissons y en sorte qu'ik pourront cbasser et pêcher tout à leur aise. Elles y auront aussi de grands festins , où l'on chantera et dansera beau^ coup. Comme ces peuples passent leur vie à chasser et à pécher, et qu'ils aiment passionnément la musique et la danse , ils font de ces choses le bonheur de l'autre vie. Quand un Iroquois meurt , on enterre avec . lui son arc , ses flèches et les autres choses dont on croit qu'il aura besoin dans l'autre vie. Us ont aussi des espèces de prêtres qu'ils nomment Jongleurs : quand ils sont malades, ils les font venir pour chasser le mauvais Manitou qui cause leurs maladies. Ce Jongleur fait des contorsions , des grimaces; et si le malade guérit , ces pauvres gens lui en ont beaucoup d'obligation , et lui font de grands présens.
liADY VIOI4ENTE.
Voris ne sauriez croire , ma Bonne , combien j'aime à connaître les mœurs de
©ES. ADOLESCENTES. H«;f
tous ces peuples. Je vous prie de nous dire tout ce que vous en savez.
mAdem. bonne.
' Ils habitent par villages , c'est-à-dJrc j qu'une certaine quantité de ces sauvages se bâtissent des cabanes à côté l'une de Fautre. Alors ils se choisissent un chef parmi ceux qui se sont le plus distingués i la guerre.
MISS SOPHIE
Et avec qui ces peuples font-ils la guerre ?
mAdem. bonne.
La seule Amérique septentrionale eist d'une grandeur prodigieuse , encore n'at-on pas été jusqu'au bout. Ce grand et vaste pays est tout rempli de bois et de lacs , et peuplé d'une infinité de nations toutes différentes les unes des autres, c'est-à-dire , qu'ils ont une autre physîo- ;aomie. Les uns sont blancs comme nous/ d'autres ont la couleur olivâtre ; les uns ont la tête plate , les autres l'ont pointue. Tous ces peuples se font continuellement la guerre j et ils la font d'une manière si
tï8 liE KAGASÎN
cruelle , qu'ils parviennent enfin à 4B détruire. Ils tuent leurs prisonniers de guerre , et les font rôtir pour les manger: mais n'allez pas croire quHls attendent qu'ils soient morts pour les faire cuire ; on les rôtit tout vivans et à petit feu ^ tf est-à-dire , qu'ils sont loin du feu , et restent fort long-tems à souffrir ayant de perdre la vie.
liABT MARY.
Gomment Icis autres ont-ils le courage d'entendre les cris ^ue doivent jeter ces pauvres malheureux que Ton fait tant souffrir ?
MADEM. BONNE
Ceux que l'on brûle ainsi , ne crient point, ma chère : ils seraient déshonorés , et passeraient pour n'avoir point de cou-' rage. Au contraire, ils composent surle-champ une chanson qu'ils nomment leur chanson de mort , dans laquelle ils racontent toutes leurs belles actions ; et ces belles actions sont d'avoir brûle plusieurs hommes de ceux de la nation qui les brûle actuellement : ils chantent ainsi jusqu'à leur mort} et comme s'ils a'étaieot
DES ADOI.BSCEK'tES. 119
pas assez tôtimtotitéis par te feu , les femmes et les enfans se divertissent k les tottftnenter encore. Quelquefois il y a des prisonniers assez heureux pour éviter 6t' oruel traitement. Une femme sauvase qm a perdu un fils dans le combat , a la Kherté d^en choisir un autre parmi les prisonniers, et alors il est regardé comme le fils de celle qui Fa adopté.