IL- DIALOGUE
Mad. bonne, Lady spirituelle.
Miss CHAMPÉTAE.
LADY SPIRÏfUEIil-E.
Jr EEMfiTTEZ-Moi , ma Bonne , de vous présenter miss Champêtre. Elle avait une isi grande impatience d'avoir l'honneur de vous connaître , qu'elle n'a pu se résoudre à attendre nos amies.
MADEH. BONNE.
Je suis bien ffattée de ce que vous me dites 9 ma chère ; c'est une obligation que ]e vous ai. IN'ayant pas l'honneur d'être connue de joii^deiiioiselle , son im- {^î^e ne peut êtige que l'effet du bien que vous avez eu la bonté de lui dire de moi. Je ferai mes efforts pour ne point démentir l'idée avantageuse que vous lui en avez donnée. Elle a l'air bien timide. Ne craignez point y mademoiselle , vous ne venez pas à une école : c'est dans une société d'amies^ d'où Fou
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, a banni la flâlterie > la contraînte et la dissimulation. Lady . Spirituelle m'a dît que vous atez toujours vécu à la campa^gne : vous en goûterez mieux la simplicité de nos conversations.
MISS champêtre:*
Oui y mademoiselle.
MAP£M. BONNE
^îmea^vous le frjsmcaîs : le savez^vous un peu 7 .
HISS G^AMFÊTRE.
Je Paime beaucoup y \t lé parlé mal.
MAPEM. BONNE.
Vous tremblez , et tous n'osez ouvrir la bouche. Savez-vous bien cjuUl ne faut pas me craindre ; cela vops empêcherait de m^aimer.
MISS CHAMPÊTRE
Oh que non»
/ liADY SPIRITUELLE.
En vérité elle m'impatiente. J[e gage , iu^ ,çhère ,, que, nua bonne vous prend pour . 19^6 sotte : f y ai été attrapée 1|
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première fois; i votre. itièi?é msàxihtsM dire à maman qiié vous avîex de Fcsprit ,. je me moquais d'elle , et je ii'ea croyais pas uDL mot. .
MAB^M. BONNE
Vous- èles trop vive dans vos jugemens y ma chère. Mademoiselle a Kaîr timide , eaiharrassée ; il est, vrai que cela ne. prévient pas d'abord; mais il serait cruel de juger sur les appar eneps. Unr ancien a dit y parte y que je te connaisse* C'est cette preuve qrfil faut attendre y sans quoi l'on est eu dang.'ir de 3e tromper. Mademoîselfe n'a dit que quatre* mots^ et ils ont été à propos. D'ailleurs > ma chère , il faut avoir beaucoup dPes-- {»^it pour en montrer va médiocre dan»
une langue qu'on ne possède pas ;; la dfficultéde trouver des termes propres Sl exprimer ses pensées , donne des en^^ traves à l'imagination. Dites-moi , m»
chère demoiselle, pourquoi pi;éfereï^Ous Ja campagne à la ville î.
MISS CHAMPJÊTRIL
. Je sais les avantages que je piiii bkt procurer à La. campagne, et j;'igjao{« si;
DES ADOIi£SC£NT£5. &5
la Tille pourra m'en donner de pareilsn Je crois que je la craios plus que je ne la hais.
MABEM. BONNE.
Cette réponse est de fort bon sens.
Les personnes prudentes ne peuvent se défendre d^one sorte de crainte à l'approche des situations nouvelles. Et i quoi vous occupez-Tous à la campagne ?
MISS CHAMPETRE.
Je me promène , je lis ^ et je vois quelques amies.
MAiTEM. bonne:
Quels 5K>nt les livres que vous avez lus?
HISS CHAMPETRE.
Hérodote ,. quelque chose de l'Histoire Romaine, beaucoup de sermons. Lie Spectateur j et les œuvres de Locke.
MADEM. BONNE
G)mment donc y voilà de& lectures d^ grande fille. Et ditès-moi , je vous prie^, que pensez-vous des ouvrages de Locke ?
MISS CHAMPETRE*.
Je pense que Mais voici beaucoup
de dames qui viennent. Permettez-moi d^écottler et de ne plus rien dire. Je n'ai
66 liB MAGASIN
pas eu de répagnance à parler derant vous; mais il me serait impossible de parler devant elles.
liABT làOVlB'B,
Mademoiselle Bonne , j'espère que vous voudrez bien ratifier la permission que Lady Spirituelle nous a donnée de votre part Elle nous a assuré que vous étiez assez bonne pour nous recevoir parmi vos écolières* Je parle pour moi et pour ma compagne ; Lady Lucie est si timide ^ qu'elle a la fièvre actuellement , et de huit jours elle ne sera en état d'ouvrir la bouche.
MABEM. BONNE.
Nous la mettri;)ns avec Miss Champêtre , et j'espère qu'elles se guériront de leur timidité aussi vite l'une que l'autre. Mais , mesdames , il me prend une inquiétude.
Nous avons des dames beaucoup plus jeunes que vous dans notre petite société ^ et je suis obligée de me servir du langage le plus simple pour mettre à leur portée les choses que je veux leur apprendre : j'ai peur que hela ne vous ennuyé.
LADY liUClE.
Et moi j'ai peur de retarder ces dames.
BSS ABOIâ^ESCENTES. 67
Oubliez notre âge, ma Bonne ; du moîn$ }€ parle pour moi ; je serais fort content!^ si j'étaàs^aussi habile qu^^Ileis. . .
Vous avez fait un miracle , mademoiselle Bonne. Je vous jure que plus de la moitié des personnes qui connaissent Lady Lucie y ne lui ont jamais entendu prononcer une si longue phrase.
MADEM. BONNE
* Vous tombez cruellement sur votre amiô , madame^ il faut que je la console. L'excès de timidité est sans doute un défaut ; mais il sied beaucoup mieux à une jeune dame , que l'excès opposé dans le- <][uel les demoiselles d'aujourd'hui se jettent. Depiandez à Lady Sensée ce qu'elle en pense.
liABir SENSiÉE.
Puisque vous m'ordonnez de parler ^ ma Bonne , jc^ dirai à ces dames que j'ai été vraiment scandalisée de l'air libre que j'ai remarqué dans les demoiselles françaises, et sur-^tout duis les dames. J'ai' eu tort ; ma Bonne m'a fait remarquer que cela ne les empêdbait pas d'étr«
68 liC MAGASIK
sages; mafe en vérité cet air libre, hardi f évaporé , me faisait croire tout Fe contraire et j'ai eotendu plusieurs mesaieur» étraiigers être de mou seiitimeatk
MAPEM. BONNE. ;
II faut éviter tous les excès , et avoir une assurance modeste. Ah ! voilà deux nouvelles compagnes que j'ai l'honneur de vous présenter. Bonjour y mesdames.
Eh bien , avez-vous un grand désir de perfectionner votre français , et d^apprendre toutes les choses que j'enseigne à ces dames ?
MISS SOFHTE.
Oui , mademoiselle Bonne \ je vous assure que je n'ai pas dormi de la nuit ^ tant j'avais d'impatience de vous venir voir.
Le désir d'ap[Nrendre estla msiadte de toute la maison : ma petite soeur Françoise a pleuré quand nous sommes parties. J'ai eu beau lui dire qu'elle ne parle pas le français, et qu'ainsi elle ne pouvait venir avec nous, elle dit qu'elle .commence à l'entendre , et il a fallu lui prpmetti^e de
DES ADOIiSSCENTBS. 6g
VOUS demander permission de Tdmener la première fois*
MABEM. BpNN£«
Quel âge a-t-elle ?
MISS SOPHIE
Cinq ans et demi ; mais elle est fort raisonnable pour son âge. Elle a appris à lire le français et à écrire en quarantehuit leçons , et pendant Tété elle s'est fait la maîtresse de sa petite sœur , qui lit aussi le français.
MADEM. BOKKE.
Gela mérite la permission que tous me demandez. Amenez la la première fois ^ j'y consens. 11 ne nous manque que Lady Violente pour commencer ; la voici. Bonjour madame.
liADY VIOIiEKTE.
Bonjour.
M ABEM. BONNE.
Nous allons reprendre l'histoire de la Sainte Ecriture à l'endroit où nous l'a* vous laissée. Qui devait commencer, mes
enfans? je l'ai oublié Vous avez l'air
de niauvâise humeur , lady Violente.
70 tiE MACASIK
liADT VIOIiENTE.
J'ai Pair de ce que je suis. Je n'aîmc p^ le français , et je vous avoue ^ mademoiselle Bonne , que \e ne tous aime pas non plus. C'est malgré moi que je viens ici , mais maman le veut : je suis forcée de lui obéir , et je suis sure de m'y ennuyer beaucoup.
mâbIsm. bonne.
Et moi je suis sure que vous ne tous ennuierez point, et qu'avant qu'il soit trois mois , vous m'aimerez. Vous b^^anlez la tête , vous n'en croyez rien j mais je ,çonnais lady Violente beaucoup mieux qu'elle ne se connais elle-même. Tous avez de l'esprit , ma chère , et il est impossible que vous ne preniez pas da goût à nos eiLercices. Pour ce qui me regarde , madame , vous intéressez ma vanité. Vous dites que vous ue m'aimez pas; il faut donc que je bataille avec vous pour avoir votre cœur : nous verrons qui de nous deux remportera la victoire,
LADY TIOIiENTE.
Vous me faites rire avec vos batailles j
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mais si vous n'êtes pas victorieuse , si je continue à ne pas vous aimer , ni vous , ni vos leçons ; me permettez- vous d'engager maman à ne plus me faire revenir