ICI
MABEM. BOKKE.
Je VOUS en donne ma parole d'honneur j fixez vous-même le tems de votre essaie Je gagerais que vous seriez bien punie y si on vous empêchait de revenir dans trois mois.
liADY VIOIiBNTE.
Mais je vous ai vue souvent il y a deux ans , et ce miracle que vous me promet-^ tez , n'est pas arrivé. Vous et vos leçons de ce tcms-là m'ont beaucoup ennuyée.
MABEM. BONNE.
Si j'avais été en votre place, je me serais eimuyée plus que vous , ma chère y vous ne m'entendiez pas ; je ne mettais que des paroles dans votre petite tête , et cette tête-là est faite pou)r des choses , et non pour des mots. Aujourd'hui vous entendez le français \ vous pourrez comprendre touj ce que nous dirons j et il
7â . 3LE MAGASIN
n'est pas possible , encore une fois , que vous ne- preniez du goût pour nos exercices. Quant à moi ^ ^e vous aimerai tant y que je vous défie de continuer à être ingrate. Je sais faire des miracles , entendez-vous , ma chère ? Demandez à lady Charlotte et à lady Tempête. C'étaient deux petits Uons que j'ai changés en deux moutons. Vous souvenez - vous ^ mesdames , qu'avant mon départ pour la France , lady Charlotte avait donné un soufflet à sa servante ; que je la priai , pour réparer cette faute, de servir à table cette même servante , et que lady Tempête soutenait que cela la rendait insolente. Demandez-lui si cela a produit ' cet efiet?
liADY CHARIiOTTE.
Bien au contraire , mesdames ; cette pauvre fille ne voulait pas se mettre à table ^ et elle en a pleuré : ce n'est qu'a-< près que je l'en ai priée plusieurs fois , qu'elle a obéi. Depuis ce tems elle est beaucoup plus douce y et m'a demandé plus de cent fois pardon : elle n'a pas en-r core pu le pardonner à ma Bonne , parce qu'elle dit qu'elle est cause de tout cela*
DES ABOIiESCENTES. 'jZ
MADEM. BONNE
Lady Charlotte ne vous dit pas tout, mesdames; mais il est juste, puisque je Pengage à vous avouer 5es fautes , que jô me charge de vous apprendre ^es belles actions. Quelques jours après avoir fait sa pénitence , en revenant de la promenade^ elle a acheté un mouchoir et deux veines de rubans , dont elle a fait pré-* sent à cette servante. Dites -moi, ma chère, quelle était votre intention , eu lui faisant ce petit présent?
I4A33Y CHARIiOTTB.
J'avais peur qu'elle ne crut que f avais fait ma pénitence par dépit et maigre moi. Ainsi , pour lui montrer que je vous avais obéi de bon cœur, et lui prouver que je n'avais aucun chagrin de ce qu'elle m'avait obéi ^ j'ai cru devoir lui donner cette l)agatelle.
Vous avez pensé et agi en fille d'egprÎL, Cela doit vous encourager , lady: Yiolente. Demandez à ma chère Charlotte si eUe n'était pas bien contente d'avoir obéi ^t de s'être humiliée.
74 liE MAGASIK
liABY CHARI-OTTE.
Je VOUS assure , ma Bonne , qu'après avoir fait cela , je pensais à cette prin^ cesse dont vous nous aviez parlé , qui répara la faute qu'elle avail faîte en grondant mal-à-propos sa fille de garde-roBe; c'est pourquoi ma pénitence ne me paraissait pas si terrible ; car enfin cette princesse était plus grande dame que moi,
madem:. bonne.
Une sotte me demandait l'autre jour à quoi servait la lecture ? Le voilà , mes^ dames. On trouve dans les bons livres quantité d'exemples qui nous encoura^ gent à la vertu , comme vous voyez que lady Charlotte s'est aidée de Pexemple de mademoiselle de Beaujolois , pour réparer sa faute.
MISS MOI^IiT,
Vous nous aviez promis de nous dire encore quelque chose de cette princesse et de sa sœur.
MADEM, BONKE.
Sa sœur épousa le prince de Conti , et vécut comme un ange au milieu de 4a.
I)£S AlK>Ii£SG£KTES. ^^
€oar. Comme elle sfétait donnée toute eatière à la pieté , elle ne mettait plys de rouge 3 car elle n'aimait pas à perdre du tems à se parer. Quelqu'un lui dit que cetle réforme qu'elle avait faite dans son ajustement, 4éplaiçait,à son mari; elle reprit aussitôt sa parure ordiiiaire* Elle était persuadée que la grande dçvotion d'une femme est d'obéir à son mari , et de chercher à lui plaire. Je la vis quinze jours ayant sa mort ; elle était d'une beauté éblouissante. ËUe n'avait que vingttrois ans , et cependant elle n'a montré aucun regret de quitter la vie. Elle était parfaitement soumise aux ordres de la providence , et ne se plaignit jamais des médecins, quoique tout le monde dît qu'ils l'avaient tuée à force de la saigner.
liADY SPIRITUEIiliE.
Quel dommage qu'une princesse si belle et si vertueuse soit morte si jeune ! Et sa sœur , qtf est-elle devenue ?
MASEM. BONNE.
Elle est m<M'te de la petite vérole à dixhuit ans* Elle avait les passions bien plus vives que sa sœur ; mais malgré cette
vivacité , elle montrait beaucoup de raî-^ son, comme vous l'avez vu, et faisait beaucoup de bonnes œuvres : elle avait le coeur digne de sa naissance. Son plus grand plaisir était de donner. Elle jouait pour ses femmes ou pour les pauvres , c'est-à-dire, qu'elle leur donnait ce qu'elle gagnait. Celle qui m'a raconté toutes ces choses , lui était tellement attachée , qu'elle n'a pu se consoler de sa mort , quoiqu'elle lui eût laissé une pension , et elle est morte elle-même de chagrin quel-> que tems après.
liADT SPIRITUELLE.
Il y aurait pFaisir à faire dU bien aux domestiques,' s'ils étaient tous aussi reconnaissans ; mais la plupart n'ont aucun attachement pour leurs maîtres , et ne les servent que par intérêt.
MADEM. BONNE
Je pourrai^ vous répondre , ma chère, qu'il ne faut pas faire le bien en vue d'être payée par la reconnaissance de ceux que BOUS obligeons , mais seulement parce que le christianisme et l'humanité nous
DES AJiOIiESCÊKTES, 77
y engagent : cependant je veux bien laisser à part ces motifs. Vous dites que les domestiques ne vous servent que par intérêt ; et quel autre motif peuvent-ils avoir ? Quand vous les traitez comme des esclaves , avec une dureté , un orgueil qui révoltent leur amour-propre , voulez - vous qu'ils s'attachent à vous ? Attachez-vous à eux, regardez-les comme vos enfans , et ils vous regarderont comme leur méfe. Respectez leur misère, n'affectez point de les écraser sous le poids de votre autorité; ife respecteront votre rang , ils aimeront votre personne , et à coup sur, ils s'abaisseront volontiers beaucoup plus bas que vous n'auriez osé l'exiger. Mais remarquez , mesdames , que )e demande de la bonté pour les domestiques , et non une basse familiarité qui attire souvent leur mépris. Ne faites jamais votre confidente d'une domestique.
Ne vous mettez jamais dans le cas d'avoir besoin qu'elle vous rende un service que vous n'oseriez avouer ; car vous vous mettriez dans sa dépendance , et vous vous dteriez la liberté de U reprendre de ses fautes.
78 Zȣ HAG^AMH
XiABT 8£KS:É£.
Voulez- VOUS me permettre de raconter à ces dames l'histoire de ces deux esclaves qui sacrifièrent leur vie pour
leurs maîtres ?
MADEM. BOKKS.
Volontiers, ma chère : nous Pavons pourtant lue dans un roman , et il pourrait bien y avoir quelque circonstance fabuleuse. Ce qu'il y a de certain , c'est que le fond est vrai , et cela est arrivé plus d'une fois chez les Romains : comme ils traitaient leurs esclaves avec beaucoup d'humanité , ceux-ci leu[r étaient fort affectionnés.
liADY SENSÉE.
Néron, empereur romain , était ua homme extraordinairement méchant et crueL Deux étrangers l'ayant empêché d'enlever une femme dont il était amoureux ^ il résolut de les faire périr. Il né .pouvait . l«iï faire faire leur procès, puiscpi'ils n'avaient commisaucun ctttAe ; ^insi il prit le parti de les faire assassiner. Ces deux étrangers avaient chacun
13É5 ABOIi£SC£]ffT£S. 79
un ésclaye fidèle , qui découvrirent le dessein quWait Pempercur de faire pé^ rir leurs maîtres ; et ils prirent la généreuse résolution de donner leurs vies pour les sauver. Us étaient alors à la campagne, et Tun des esclaves leur écrivit :
» Aussitôt que vous aurez reçu cette lettre , sortez d'Italie , votre vie n'y est pas en sûreté; mais comme vous ne pouvez aller en aucun lieu qui ne soit sous la puissance du tyran , changez de nom. Nous vous rejoindrons quand il plaira aux Dieu;]^ ;>
Gomme ces deux étrangers connais*»
sâient la fidélité de leurs esclaves , ils firent exactement ce qui leur était commandé dans cette lettre , quoiqu'ils' n'en comprissent pas la raison. Cependant les deux esclaves sachant qu'on devait y an milieu de la nuit^ enfoncer les portes de leurs maisons , prirent chacun un ha*bit de leurs maîtres , et se couchèrent sur leurs lits ; mais comme ils pensèrent qu'on connaîtrait après leur mort qu'ils avaient tronipé la cruauté du tyran ,
8o liR MAGASIÎf
ils prirent chacun un couteau pour s'ex donner plusieurs coups dans le visage, afin d'être méconnaissables après leur mort. Ils eurent le courage d'exécuter leur résolution , et restèreât sur le plancher, percés des coups qu'ils avaient reçus ou qu'ils s'étaient donnés evt%r mêmes. Lorsque les assassins les crurent morts,' ils se retirèrent. 11 se trouva par bonheur dans la maison une femme qui d'abord eut grand'peur : aussitôt que les satellites de Néron furent sortis , elle monta dans la chambre, et trouvant qu'un de ces esclaves n'avait aucune blessure mortelle , elle se hâta de lui donner du secours , que * l'esclave ne voulut recevoir qu'après qu'elle lui eut juré de garder le secret. Ses soins furent cflScaces:, et l'esclave fut retrouver soft maître. Le gentilhomme ne put refuser des larmes à la sitivation de ce fidèle do« meslique , qui avait le visage tout défiguré des coups de couteau qu'il s'était donnés. 11 voulut partager sa ^ fortune avec lui ; mais l'esclave ne voulut jamais l'abandonner , et finit avec lui une vie qu'il lui avait sacrifiée*
]>ES ABOIiESCEKTES. 8t
» IiADT TEMPÊTE.
Je VOUS prie , madame , où était la nécessité de se faire tuer? Ces esclaves n'aaraient-ilsjpas mieux fait d'aller trouver leurs maîtres à la campagne , et de se sauver avec eux, puisqu'ils en avaient letems?
MABEM, BONNE.
- I^on , ma chère. Lady Sensée vous a fait remarquer que Pïéron commandait presque au monde entier. Dans quelque endroit que se fussent retirés ces gentilshommes , il aurait trouvé le moyen de les faire périr ; c'est pour cela que les esclaves les avertirent de changer leurs noms. Il n'y avait pas d'autres moyens de ks sauver y que de persuader à cet homme cruel qu'ils n'étaient plus au monde. ^
liADY SPIRITUEIiliE.
Ces esclaves avaient le cœur biennoble, et ils méritaient d'être nés dans une meilleure condition*
M AD EH. BONNE
Pourquoi , ma chère ? Toutes les con* Citions sont égales aux yeux de Dieu , et même aux yeux de l'homme sage. U
n'y a point de comâitioù traîlnent basse et qui puisse déshonorer un homme; ce sont les hommes qui déshonorent ietirs conditions , lorsqu'ils en reiûplissent mal les devoirs. Dieu ne leur demande' , pont être parfaits , qtïe 4^ s'acquitter fidèlement des obligations de l'état dans le^ quel il les a placés. Celui qui y est attentif ^ mérite du respect , et est parvenu AU degré de gloire qai hii était destiné, lïous devons dotic respecter les hommes Tertueu;!t dans tous les états , et même dans nos domestiques. S^ils ma?iquent quelquefois à leurs devoirs , car enfin ils sont hommes , nous devons les reprendre avec douceur , charité , et supporter en eux les défauts que nous ne ^^VonS ecHrriger , pourvu que ce ne soit que 4es défauts de faiblesse , d'inadvertance j et qui ne partent point d'un cœur gâté. La justice demande ce support mutuel , et ious avons besoin que ceux que nous servons Payent pour nous , comme nous devons l'avoir pour nos domestiques,
liABY SPÏRITUEii3[.fi.
' Mais , ma-Bonne , nous ne sommes les domestiques de ^personne.
BEâ. AÎ)OL£SCS33T£S.
MABEM. BOKKB.
Yoas avez raison , madame , les gens riclles ne sont pas domestiques comme ceux qoi portent la livrée ; mais vous et tous les autres hommes sont serviteurs les uns des autres d'une autre manière , et c^Bst ce (jai produit le bon ordr^ dans le monde. L'ouvrier est serviteur da marchand qui remploie; le marchand, de ceux auxquels il vend sa marchandise ; le gentilhomme est serviteur <hl grand dont il espère la protection ; le grand est serviteur du roi et des ministres dont il attend des charges , d^s emplois , de la considération. C'est cette servitude , cette dépendance qui fait le bonheur ott le supplice des hommes. Elle ne ferait que leur bonheur , s'ils étaient vertueux ; car elle doit produire la douceur , la complaisance , rattachement, les égards , la politesse : elle unit les hommes ensemble par leurs besoins réciproques; die doit bannir ia grosMerefié^ Pimper*tinénce , l'orgueil et la dureté que pro* duirait l'indépendance. Nous^ nous gênons pour ceux dont nous avons besoin ^ nous chei^clKHis à g^g^er kùr estime
84 liF MAGAsm
pas nos yerttts , leur recoimaissance par nos seryices y leur amitié par noire attachemenl; nous kur sacrifions nosbizar* xeries y nos caprices , pour obtenir en dédommagement le sacrifice des leurs.
Ainsi cette dépendance mutuelle produit chez nous les vertus de société. Mais cette dépendance fait aussi très-souvent notre supplice , parce que nous nous dédommageons de la c(»itrainte dans laquelle nous vivons par rapport à ceux dont nous espérons quelque chose , en écrasant de notre insolente autorité ceux qui ont besoin de nous. Mais y mesdames y il y a déjà bien du tems que nous som-* mes ici^ et nous n'avons encore rien répété de nos leçons. Lady Sensée, dites^ nous quelque chose de la province de Bretagne»
I*ADY SEKSiÉi;.
Nous avons dé)à dit que les Bretons qui habitaient dans Me qu'on nomme aujourd'hui Grande-Bretagne, cherchant à fuir l'esclavage des Saxons , pas^ sèrént la mer et vinrent se réfugier dans les Gaules, en un lieu qu'on appelle l'Armorique. Us étaient sous la conduite
d'un prince nommé Gonon, qui s'accommoda avec les Romains \ qui étaieni encore , en ce tems, maîtres des Gaules. Ces nouveaux habitans de l'Armorique lui donnèrent leur nom ^ et lorsque les Français eurent conquis les Gaules , Ooyis aima mieux traiter avec eux , que d'essayer à les soumettre par force. \h avaient en ce tems des princes qui portaient le nom de Ducs ^ et qui promirent de rendre hommage au roi de France. Quelques-uns de ces Ducs , par la suite , portèrent le titre de Roi ; mais la France les força à prendre celui de Ducs. Dans le trei2d[ème siècle, il y eut une grande guerre en Bretagne , parce que deux princes prétendaient à ce duché. La France soutenait Fun et l'Angleterre l'autre. Cette guerre n'est pas la seule que la.Btetagne ait occasionnée à la France : elle serrait de retraite à tous les seigneurs français qiii étaient mécontens de leur roi. Enfin la Bretagne devint l'héritage d'une princesse nommée Anne, qui épousa le roi Charles, et après sa mort , Louis* XII , dont elle n'eut qu'une fille nommée Jeanne > qni
86 XiB HdtACASlN
épousa depois François I. Ce fut en cef tems que la Grande-Bretagne fut réunie à la France, pour n'en être plus séparée^
On partage la BretagnCe en haute et l)asse« La capitale de la haute est Rennes , sur la rivière la Vilaine : celte ville a un parlement , et il y a beaucoup de noblesse. La capitale de la basse est Vannés : on trouve dans cette province la ville de St.-Malo , qui est très-marchande et fort riche ; JNantes , sur la Loîre , ville fameuse par son commerce él son imiversité ; le port de Brest , où se thînrïtof tes vaisses^ux du roi, et où est le principal arsenal de la marine ; le port de LiOrient y où Ton tient les ma* gasins de la compagnie des Indes.
La Bret^^e a produit ;de grandi bommes de guerre sur terre et sur mer ^ et entr'autxes le £aune)a& Bertrand dit Guesd[in,'qt^ ][^é simple gentilhomme , parvînt par son seul mérite an grade de Gonnétâl)le des Rois de France et de Castile. 11 fut aimé et estimé de tous ceux qui le connurent , et même des Anglais ^ ipaoiqa^d fxix kur fléau. /
DES ADOLESCENTES. Sf
MADEM. BONNE
Cela est répété on ne peat pas mieux ^ ma chère ; mais votre exactitude , en parlant de la Bretagne, me fait souvenir que nous n'avons pas été si exacts en parlant de la I^ormandie , qui se divise aussi en haute et basse. La capitale de cette dernière est Caen , qui a une université comme Oxford et Cambridge. Nous avons anssi oublié que Rouen a un parlement ^ et qu'il y a deux ports dans la baute Normandie ,. Dieppe et le Havre-de-GrâcCr La rivière de Seine a son embouchure proche ce dernier. La mer , ou plutôt le grand Océan, qui baigne les côtes de Normandie , et qui la sépare de PAngleterre , se nomme la Manche ou le canal Britannique.
liAlVY liOUISE.
En vérité , ma Bonne , je suis émer-^ veillée de laprodigieose^émoirede Ladj^ Sensée.
Et moi je suis toute honteuse, et presque découragée, J'aieu plusieurs années
un maître de géographie , toute ma cience se borne à trouver les villes sur la carte.
Cest dans sa tête qu'il faut les arranger : d'ailleqrs, mesdames , il faut moins de mémoire que vous ne pensez pour retenir cela ; il n'çst question que de l'apprendre avec ordre. Présentement , Lady Charlotte, répétez-nous une des histoires de la sainte écriture , et nous finirons parlà notre journée , car il est tard.
liABY CHARLOTTE.
Dans le tems où Achab régnait en Israël , Dieu envoya un grand prophète. II se nommait Elie j il fut trouver le Roi , et lui dit : je t'annonce de la part du Dieu vivant , qu'il n'y aura ni pluie , ni rosée qu'à ma parole. Ensuite Elie se retira , par ordre de Dieu , proche d'un torrent qui lui fournissait de Teau , et des corbeaux lui apportaient à manger deux fois par jour. Au bout de quelque tems , le torrent fut desséché : Dieu dit à Elie : va-t-çn à Sarapta j j'ai commandé à une veuve qui demeure dans cette ville, de
BES ADOliESC£KTES. tg
te nourrir tant que durera là famine.
Gomme Elie entrait dansla ville y il vit une pauvre femme qui ramassait du bois. 11 lui dit : je vou§ prie , apportez-moi un peu d'eau , afin que je boîve. Cette femme courut lui chercher de l'eau , et le Prophète lui cria : apportez-moi aussi , je TOUS prie 9 une bouchée de pain. Cette femme lui répondit : P£ternel ton Dieu est vivant , comme il est vrai que je n'ai pins qu'une poignée de farine et un peu d'huile dans le fond d'une fiole : je venais ici amasser quelques morceaux de bois pour faire un gâteau que je veux manger avec mon fils avant de mourir.
Le Prophète lui dit : faites premièrement un gâteau pour moi , ensuite vous en ferez un pour vous et votre fils j car l'Eternel a dit : la farine ni l'huile ne finiront point jusqu'à ce qu'il y ait de la pluie dans l'Israël. Cette veuve crut fermement à la parole de Dieu / et elle ne fut point trompée , car les petites provisions se multipliaient chaqucjour.
Or il arriva que le fils de cette femme tomba malade et mourut. Elle fut trou* ver le Prophète et lui dit : homme de Dieu y
étes-vous venu c\xet moi pour faire motirir mon fils ? EUe prit cet enfant mort et le coucha sur son lit , qui ^tait dans» une chambre haute ; il s'étendit trois fois sur lui en criant : Seigneur ^ consoless celle pauvre veuve ; faites que Famé de cet enfant revienne dans son corps. Dieu exauça la prière d'Ëlie, et Tenfant étant ressuscité , il le rendit à sa mère#
Elie ^ après avoir demeuré trois ans chez cette veuve ^ pendant lesquels, il n'avait point plu, reçut ordre du Seigneur d'aller trouverA chah. Ceméchanthomme avait un maître d'hôtel qui craignaitDien^ el dans le tems que sa femme Jésabel faisait mourir les prophètes , ce maître d'hôtel , qui se nommait Abdias , en ca^ cha cent dans des cavernes, elles nourrit de pain et d'eau. Abdias étant sorti pour aller chercher de l'herbe pour les bétes y rencontra Elie ^ qui lui dit : allez dire au Roi que. je suis dans le pays. Abdias se prosterna et dit à Elie : pour*quoi vQulez-vons me perdre ? Vous savez que je crains Dieu. Si je dis -à mon maître , qui vous fait chercher par-tout , que je vous ai trouvé y il enverra des gens pour
DES ABOLESCENTES. 9I
Yous prendre. Alors, l'esprit du Seigneur yous enlèvera 9 on ne vous trouvera pas } çt le Roi 9 qui croira que je suis un menteur , me fera mo\irir. Ëlie lui répondit : n'ayez point de peur et obéissez ^ car pour sûr je paraîtrai aujourd'hui devant Achab.
liADY SPIBITUEIiliE.
On voit bien que les miracles ne coûtent rien à Dieu y et il ne les épargnait pas pour conserver les Israélites.
MADEM, BOKNE.
Non , ma chère , les miracles ne cou* tent rien à Dieu. Sa volonté ne trouve point de résistance dans la nature ; sitôt qu'il parle, elle obéit à sa voix. 11 dit : Que le ciel soit fermé ^ et il ne tombe point de pluie. 11, n'y a que les hommes dans la nature qui résistent au Seigneur ; et si cela était en leur pouvoir , ils sortiraient tout-à-fait de son empire , et ne voudraient plus dépendre de sa volonté.
liADY SENSÉE.
Estril possible qu'il y ait des bommeis^ .assez méchans pour souhaiter de n'être plus sous la puissance de Dieu !
gsi LE MA(^ASI1T
MAD£M. BONNE
Hélas ! ma chère , nous commettons et crime toutes les fois que nous murmurons contre la Providence , lorsqu'il nous arrive des accîdens fâcheux. Demandez à cette belle fille , dont le visage vient d'être défiguré par la petite vérole ; demandez-lui 9 dis-je y si dans le fond de son cœur elle n'a point murmuré contre la Providence qui lui a enlevé sa beauté? Demandez -lui si elle ne se fAt pas soustraite 9 en cette occasion , aux ordres de Dieu 9 supposé que cela eût été en son pouvoir ? Si elle est sincère , elle vous avouera que oui. Faites la même question à cet avare qui vient de perdre sa fortune ; à cet ambitieux qui a perdu Pamitié^de son bienfaiteur ; à cette mère qui vient de perdre son fils dont elle était idolâtre. Toutes ces personnes sont révoltées contre 'Dieu ; et si cela dépendait d'elles 9 elles sortiraient de sa dépen- ' dance 9 c'est-à-dire , qu'elles en sortent par le cœur ; au lieu qu'un bon chrétien , une personne raisonnable même 9 ne voudrait pas choisir, si Dieu lui en donnait la permission.
DES ÀDOIiESC£NTES. g3