‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 113 sur 712 · LES BALLES DE FRONDE ROMAINES · texte numérisé non relu

LES BALLES DE FRONDE ROMAINES

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Fin. — Voy. p. 99.

Les auteurs nous ont laissé ignorer qu’après la prise de Pérouse par Octave, les partisans d’Antoine tinrent encore la campagne dans le Picenum, et précisément à Asculum. Mais si l’on ramassait dans une même guerre les projectiles afin de les faire servir plusieurs fois, il est naturel de penser qu’on les faisait servir à une autre guerre lorsque les munitions n’avaient pas été épuisées : c’est ainsi que 1 on a trouvé à Ascoli des balles qui avaient été visiblement frappées pour le siège de Pérouse; bien plus, nous sommes obligés d’admettre que certains projectiles, sans doute re- C,i Vie de C. Dickem, par Forstor.

levés sur d’anciens champs de bataille, pouvaient être employés avec une nouvelle frappe longtemps après : c’est ainsi que, sûr la même balle qui porte le nom du consul italien C. Paapiùs Mulilus, on lit une légende certainement frappée par les soldats d’Octave en l’an 40, c’est-à-dire cinquante ans après la guerre sociale. Octave est, en effet, le seul qui ait pu frapper des balles avec cette inscription ; L. XI. DivOM lULiUHi [ob) (fig. 5), CO qui se lit ; Legio undecinia. Divuni Julium, c’est-à-dire : « Onzième légion. (En mémoire) du divin Jules. » Le divin Jules, c’est le grand César, père adoptif d’Octave. Le mot divus signifie qu’il avait reçu l’apothéose, par conséquent que la devise était postérieure à sa mort; il était mort, en effet, en 44, et la guerre dans laquelle a servi ce projectile eut lieu quatre ans après l’an 40. Octave avait eu pour adversaire à Pérouse L. Antonius, le frère d’Antoine, lequel était alors en Asie; or on a trouvé à Ascoli des balles portant ; L. Antoni , peristi ! «Mort à L. Antonius! » (fig. G). Mais,

Fin. 6.

bien que le triumvir Antoine fût absent de l’Italie, son nom dut être un signe de ralliement pour ses partisans : aussi trouve-t-on des balles portant : Marcus Anton{ius) imp(erator) -, « Marc Antoine , général » (fig 7). D’autres

Fig. 1.

balles encore , trouvées en grand nombre à Ascoli , nous permettent de suppléer au silence des écrivains sur un épisode fort intéressant de la guerre civile de l’an 40.

Tout le monde connaît le fameux Labienus, lieutenant de César pendant la guerre des Gaules. On sait qu’après la soumission de ce pays et au début de la guerre civile, Labienus , qui avait servi César avec talent et fidélité tant qu’avait duré la guerre contre les ennemis de Rome, abandonna la cause de son ancien chef pour suivre celle de Pompée, qu’il trouvait sans doute plus conforme à la légalité ; il mourut pendant cette première guerre civile. Il laissait un fils qui s’appelait Q. Labmms. Lorsque éclata la guerre des triumvirs contre les assassins de César, en 43, ce Q. Labienus prit parti pour Brutus, et, avant la bataille de Philippes, il fut envoyé par ce dernier en Asie, pour y faire des recrues et tâcher de lui créer des partisans. Il pénétra même jusque chez les barbares pour accomplir cette mission, et alla demander des secours au roi des Parthes Orodes. Ce dernier jugea prudent de ne pas s’engager dans une lutte dont il était difficile de prévoir l’issue; il n’accorda rien et retint à sa cour Q. Labienus, attendant ainsi que la victoire d’Octave et d’Antoine eût ruiné le parti de Brutus et de Cassius. Pendant ce temps, 0- Labienus eut l’art de gagner la confiance d’Orodes et l’amitié de son fils Pacorus, Lorsque Antoine eut obtenu l’Asie en partage, lors de l’accord conclu avec Octave, Q. Labienus persuada sans peine au roi Orodes qu’il était de son intérêt de combattre Antoine, qui se présentait alors aux Parthes comme un adversaire, fort menaçant, et il entreprit, avec Pacorus, pour le

compte d’Orodes, une campagne qu’il dirigea avec un rare bonheur, car il soumit une partie de la Syrie , la Cilicie et plus de la moitié de l’Asie Mineure. Il prit alors le titre de préteur et le surnom fastueux de Partliique ; il fit même frapper monnaie, et le cabinet de France possède un exemplaire de cette pièce aussi rare que curieuse, sur laquelle on lit : Q. Labienus imperator, et qui représente son buste.

C’est au moment où il était au comble de sa fortune militaire qu’éclata en Italie la guerre civile de Pérouse, entre Octave et les partisans d’Antoine. Si nous trouvons les projectiles des frondeurs de Q. Labienus à Ascoli, lorsque nous savons que ce personnage n’a pas quitté l’Asie, où il éprouva, bientôt après, de terribles revers suivis de sa mort, c’est évidemment qu’opposé à Marc Antoine en Asie , il dut envoyer des secours à Octave en Italie ; aussi bien ses balles portent-elles à peu près la même légende que la monnaie susnommée. On lit, en effet, sur ces projectiles : Q. Labien{us) Part{hicus) -, sur d’autres, le mot prcetor est ajouté à Parthicus; sur celle

Fiü. 8.

que nous donnons (fig. 8), on, lit au revers : mar vlt, c’est-à-dire : Marti Ultori, n à Mars vengeur. »

Parmi les chefs qui soutinrent la cause d’Antoine en Italie contre Octave était le célèbre Yentidius, le même qui, tout enfant, avait été enlevé du sac à'Asculum par Gn. Pompée et avait été traîné avec sa mère au triomphe du consul destructeur de sa ville natale. L’enfant devint homme, et, cinquante ans plus tard, nous le retrouvons dans le Picenum, soutenant la cause d’Antoine contre Octave. Une des balles d’Ascoli porte son nom (fig. 9);

Fig. 9.

elle semble prouver que le célèbre Asculan avait excité sa patrie à se soulever contre le vainqueur de L. Antonius, et cette balle explique peut-être comment Asculum devint lé théâtre de la lutte qui suivit la reddition de Pérouse. Tout cela n’est pas dit par les auteurs.

Nous terminerons par les deux légendes les plus curieuses. Nous savons, par deux passages des textes classiques, que les balles de fronde pouvaient servir de signes propres à éclairer l’ennemi. Appien et Hirtius nous ap prennent que des traîtres, l’im dans Athènes assiégée par Sylla, l’autre dans Astegna, ville d’Espagne assiégée par César, avertirent les assiégeants, à l’aide de balles de fronde, de l’état où se trouvaient ces places , serrées de

près par un blocus. Nous avons, dans deux balles d’Ascoli, la confirmation parlante de ces procédés employés par l’espionnage ou la trahison ; il est évident que ces deux projectiles avaient été frappés pour le siège de Pérouse, dont la famine était devenue et est demeurée proverbiale. Elles auront été conservées comme munitions et employées peu après à Asculum, dans l’épilogue de cette guerre civile. L’une porte : (s)ine masa (fig. 10). Masa

Fig. 10.

du mazza est un mot grec qui signifie blé , farine , provision de siège; il est même employé tout spécialement dans ce sens par Diodore de Sicile. Si un mot grec est accolé à un mot latin dans notre légende, on en devine facilement le motif : il fallait que ce signe, convenu sans doute avec le chef des assiégeants , ne fût pas parfaitement compris de tout le inonde et le fût sûrement de lui. Il était facile de s’accorder d’avance sur la direction et le point de la campagne où devaient être envoyées les balles révélatrices. Octave assiégeant Pérouse aura été ainsi averti de l’extrémité où se trouvait la place , par ces mots ; Sine masa! « Nous sommes sans pain ! » Le bruit dut s’en répandre dans l’armée octavienne, et pour ajouter le découragement à la détresse des assiégés, on fit fondre et frapper des balles avec cette autre légende : Esiireis et

Fig. 11.

me celas ! v Vous mourez de faim , et vous nous le cachez » (fig. 11).

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