‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 116 sur 712 · A VENISE · texte numérisé non relu

A VENISE

Au seizième siècle, chaque année, à Venise, le jour de l'Ascension (la Sensa), au retour des fiançailles du doge avec l’Adriatique, les Vénitiens se portaient en foule dans le quartier de la Merceria, pour y voir, à l’étalage d’un marchand, dans la petite rue qui conduit de l’horloge de la place Saint-Marc au Rialto, une poupée ou poupina de grandeur naturelle, habillée à la dernièré mode de la cour de France.

Le vertugadin s’était-il amplifié ou rétréci? Quelle était la dimension des collerettes? Portait-on encore les manches à crevés de satin, ou serrées, ou bouffantes? Que de questions se posaient à l’avance les Vénitiennes de tout rang, de toute, condition ! Ce n’était pas qu’elles voulussent abandonner entièrement leurs costumes pour adopter servilement ceux des dames françaises, mais elles en prenaient ce qui leur convenait; et d’ailleurs la curiosité seule efit bien suffi pour expliquer leur empressement.

Pendant le cours de l’année, la poupée changeait sans doute plus d’une fois de vêtements; cependant elle n’était réellement le moniteur des modes qu’à la Sensa.

Nous avons dit qu’on envoyait aussi de semblables poupées de Paris dans les villes de province, en France. (-)

DESTRUCTION DES ANIMAUX MALFAISANTS.'

LBS PIEGES.

Mammifères nuisibles. — Le nombre des animaux carnassiers, en France, est considérable. En premier lieu

l't temand Papillon, la (jonslilution de la matière.

(,’i Vry. p. PS. aiw notoi?.

viennent le loup, le renard, la loutre; puis de plus petits, qui sont tout aussi féroces de mœurs : la fouine, la martre, le putois, la belette, l’hermine; enfin le chat sauvage, et toute la grande famille des rongeurs : rats, souris, lapins, etc.

Les moyens employés pour prendre au piège les gros animaux sont simples; mais plus la population devient dense, plus l’emploi de ces moyens tend à disparaître, parce qu’ils sont dangereux pour les hommes.

Ainsi, autrefois on employait contre le loup la fosse, le tour et la chambre ; maintenant on considère ces pièges comme mettant trop en péril la vie des boissiers et des bûcherons, qui sont d’ailleurs devenus plus nombreux.

Toutefois, les engins passés de mode peuvent quelquefois servir. La fosse, ou trappe, est aussi vieille que le monde.. Celle que l’on creuse pour y faire tomber le loup doit avoir au moins trois à quatre mètres de profondeur, pour qu’il n’en sorte pas, et encore faut-il la faire plus large au fond qu’à l’entrée. C’est un travail assez long dont le résultat peut être la mort d’un homme ou d’un animal non malfaisant.

Avant tout, le trappeur doit se souvenir que le loup est doué de sens très-fins. Son odorat surtout est merveilleux. Une louve accompagnée de ses louveteaux suivait la nuit une grande route sur un coteau, à l’automne, allant droit vers des moutons enfermés dans un parc clos de murs, à 6 kilomètres de distance; elle sautait par-dessus le mur, égorgeait une dizaine des pauvres bêtes, en emportait une en franchissant la muraille, et la dépeçait à ses petits qui l’attendaient dans le fossé voisin.

L’ou'ie et la vue de ces animaux ne sont pas moins remarquables. Leur vigueur est énorme : un loup ne se force pas, il n’est jamais fatigué.

Le tour à loup pouvait être employé avec succès du temps de Xénophon, qui l’indique; mais on peut douter beaucoup de son efficacité vis-à-vis des loups infiniment plus défiants de notre époque moderne.

Il faut en penser autant de la chambre, qui ne diffère pas beaucoup du tour. Ce que nous disons du loup, on doit l’entendre, à plus forte raison, du renard et de la loutre.

Rappelons que si l’on attendait que les animaux se prissent par hasard, on ne serait que bien rarement récompensé de ses soins; l’art consiste à amener Fanimal à se faire prendre, en excitant sa convoitise et en endormant sa méfiance. Cette manœuvre s’appelle établir ou faire la traînée; c’est en elle que consiste le vrai talent du piégeur. Pour l’odorat si fin des animaux sauvages, l’homme est lui-même un animal très-aisé à suivre et à reconnaître; la moindre émanation laissée à une branche, à une feuille, suffit. Aussi est-il de tradition que le piégeur doit masquer son odeur propre par une autre odeur prise dans la nature, familière au loup et capable de lui plaire.

Le principe de la traînée est, du reste, le même pour tous les animaux ; il peut servir aussi bien pour les petits et les moyens que pour les grands; l’appât seul varie.

C’est une erreur de croire qu’un piège doit être tendu sous bois. Il vaut bien mieux le mettre à cent ou deux cents mètres de tout obstacle derrière lequel l’animal puisse soupçonner un ennemi caché, mur, tas de pierres, haie, fumier même. Il faut le placer en rase campagne ; le loup et ses confrères aiment à voir de loin, car ils se défient toujours, quelque soin que l’ori prenne. On pourra choisir un champ ras, dans une jachère ; on dessinera sur la terre la figure du piège, et l’on creusera avec une piochette la place même de l’engin. Il faut que l’instrument soit juste encastré dans le sol, sans cependant y être gêné dans ses mouvements. La terre déplacée sera emportée dans un linge et répandue à la volée dans les environs; on doit

apporter le soin le plus méticuleux à faire disparaître toute trace de travail, et même éviter de piétiner et de fouler le sol autour du flaceau.

Seconde régie générale : l’iiiver est la seule saison propre à piéger les grands animaux. Pendant ies autres saisons, le gibier, les troupeaux, les animaux morts, leur fournissent une nourriture suffisante; d’ailleurs, l’élevage des jeunes dérange aussi les maraudes des vieux.

Le piège, quelque bien tendu qu’il soit, ne doit jamais passer la journée en place. On l’apporte et on ne le pose qu’à la nuit tombante. Le lendemain matin, dès l’aube, à six heures, il doit être enlevé, rapporté à la maison et nettoyé à fond pour être replacé le soir, et ainsi de suite. Or, ce nettoyage est une des grandes conditions de succès; non-seulement il a pour but d’effacer de l’instrument toute odeur et toute trace suspecte, mais surtout de le maintenir en état de partir comme la double détente du pistolet de

Fig. 1. — Traquenard à ressort.

A, Arrêt d’oreillettes. — B. Crochet à pivot pour maintenir ies branches ouvertes en tendant le piège. — C, C. Trous pour attacher Tappât. — D. Planchette ou bascule. — E, E. Branches en fer munies de dents aiguës; — F. Oreillettes. — G. Le ressort. — H. Anneau d’attache.

Fig. 3

Fig. 2. — Traquenard à détente.

A. Le ressort de fermeture. — B. La détente. — C. L’appui. — D. Crochet d’appui. — E. Yis du porte-amorce. — F. Queue de ta détente. G. Vis. — H. Le porte-amorce. — 1. L’amorce. —.1. Les branches.

Fig. 3. — Détails de la détente, plaque supérieure enlevée.

CL. Appui. —MN. Bascule. — K. Gâchette. — SK. Ficelle de l’amorce, passant dans la pipe ou poric-amorce R. — T. Amorce. — L’appui porte snr la pièce D ( fig. 1 ) et la maintient, ce qui empêche le piège de se fermer. La bascule M retient Tappui en L et empêche qu’il ne se soulève ; elle soutient elle-même la gâchette K par son cran ; ces trois pièces ont quelque analogie avec la batterie d’un fusil. — OPQ. Vis qui permet de faire tenir l’appareil à détente entre les branches du ressort A (fig. 2 ).

Fig. l. — Pièce d’arrêt qui maintient celle de la fig. 5.

tir le mieux entretenu. On emploie, depuis le moyen âge, le piège à planchette, ou traquenard ordinaire, que tout le

Paris. — Typographie de J.

monde connaît; mais, depuis quelque vingt ans, on lui a substitué un piège à détente perfectionné, beaucoup plus puissant, beaucoup plus instantané, et qu’il faut préférer.

Tout piège doit être maintenu, jusque dans ses plus petites vis, aussi poli qu’un miroir; la moindre tache de rouille est une cause d’insuccès. Outre que la rouille a une odeur, elle s’imprégne, en qualité de corps poreux, de l’odeur de l’homme; il n’en faut pas davantage pour éloigner le loup ou le renard. Si la rouille a piqué le fer, on repolira la place à la lime douce et au papier de verre à l’émeri. Ce n’est pas tout. Si le piège a pris un animal, il faut le démonter tout à fait, laver chaque pièce petite ou grande à l’eau bouillante , la polir avec soin ,- et la passer au drap enduit d’une graisse spéciale. C’est au moins deux heures de travail après chaque prise. Si le piège est resté intact, on le passera avec le plus grand soin au drap gras, et on ne le maniera que la main toujours enveloppée dans un linge spécial, lavé à grande eau, sans savon. On ne saurait jamais être trop minutieux.

Graisse pour les pièges. — « On fait fondre, dans un vase de terre vernie neuf, 125 grammes de graisse de porc; on y ajoute un oignon fendu en quatre, que l’on retire à peine roux. On ajoute alors gros comme une noisette de camphre, et quatre fortes pincées de poudre d’iris; on remue le tout avec un brin de noisetier vert. Une fois le tout fondu et bien incorporé, on jette dans la graisse une petite poignée de tiges vertes de douce-amère {Solanum dulcamara), plante commune dans les haies, où elle se reconnaît à ses petites fleurs bleu foncé pendantes et à ses fruits rouges en grappes. Ce sont des pousses d’un à deux ans auxquelles on enlève l’écorce brune extérieure, et que l’on coupe en morceaux. Laissez frire dans la graisse jusqu’à ce que celle-ci brûle; retirez du feu et mêlez, un demi-verre de jus de fumier de cheval; remettez au feu jusqu’à évaporation, filtrez la graisse dans un linge et conservez, en y mêlant, avant qu’elle ne fige, dix gouttes d’essence d’anis, rendue liquide par la chaleur. »

Nous avons voulu laisser à cette recette la tournure empirique qui fait une partie de son mérite aux yeux des gardes qui l’exécutent; elle remonte fort loin dans le moyen âge. Malgré cette vénérable antiquité, nous croyons qu’on peut la simplifier. Quel est le but de la préparation? C’est de renfermer dans une graisse des odeurs, ou familières au loup parce qu’elles existent un peu partout dans la campagne, ou d’autres assez fortes pour masquer entièrement l’odeur de l’homme qui pourrait s’y trouver mêlée. Nous pensons qu’il vaudrait mieux indiquer une forte décoction de douce-amère, en même temps que le jus de fumier; le tout s’évaporerait à la fois; il- serait préférable de n’ajouter :e camphre en poudre que vers la fin; on en perdrait moins par la chaleur. Rien n’empêche également de faire un peu brûler la graisse , si ce goût est nécessaire, dès le commencement, après l’oignon. Néanmoins, et malgré nos critiques, il faudrait ne s’avancer que prudement dans les réformes, parce que la vieille recette a pour elle la seule sanction qui importe au piégeur : elle réussit.

La suite à une prochaine livraison.

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