‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 119 sur 712 · LES FAUX NOBLES · texte numérisé non relu

LES FAUX NOBLES

i. — UNE .ANCIENNE ESTAMPE.

l’incomparable monsieur du bois.

L’estampe dont notre gravure peut donner quelque idée, est taillée avec largeur et non sans esprit ; elle a de hauteur quarante centimètres. Nous n’avons pas rencontré d’autre exemplaire que celui que nous possédons. Elle manque au riche cabinet d’estampes de la Bibliothèque de la rue Richelieu , et elle ne faisait point partie de la collection de M. Hennin. Le nom de l’auteur était certaine-

ment gravé au bas de notre gravure ; mais on l’a gratté, et on peut supposer qu’un amateur ou un marchand a fait disparaître ce nom , ainsi que la date peut-être , pour laisser croire à la vérité d’une inscription au crayon que l’on lit en marge, et qui est ainsi conçue : « Cardinal Dubois. Mort le 10 aoust 1723 : 67 ans. »

L’écriture et l’orthographe du mot « aoust » permettent de soupçonner que cette petite supercherie, dont ce serait temps perdu de chercher à deviner le motif, date d’assez loin..

La coiffure du personnage, sa chaussure, son costume, le style de l’artiste, tout démontre que l’on a sous les yeux unb estampe du temps de Louis XIII.

Les pieds (on ne voit que le haut des souliers) sont supposés être cachés, dans l’œuvre originale, par un cartouche où sont gravés les mauvais vers suivants :

Ceux qui sont partagez d’Esprit ,

Voyants cette figure et lisants cet escrit,

Descouuriront bientost où est le mot pour rire ;

Mais le Lourdaut à qui il faut tout dire ,

Et qui ne, peut rien décider,

Singerera de demander Quel est ce rare Personnage ,

Drosle en escrit comme en Image ;

Par vn jmpromptus tout adroit.

On luy dira comme on le doit :

Le demandeur est vne Cruche ,

Et Mons'' du Bois est vne Busche.

Au-dessous du cartouche , il y a encore quelques centimètres de gravure où l’on voit un tronc d’arbre ou souche, des branches mortes à terre, et un bout de scie.

Les mots du second vers :

et lisants cet escrit,

font allusion à deux colonnes de texte gravées à la droite de l’estampe et encadrées dans une bordure de petites bûches et de lierre.

Voici ce texte, fort mal orthographié :

« Le meritte est vn grade de peu de conséquence parmy les hommes si la fortune ne le soustient et si la renommée n’en fait la publication, ce qui fait que les personnes Remarquables ont autant d’obligations à leurs escriuains qu’aux parties qui les rendent recommandables ; le temps auroit effacé et destruit l’jmage des hauts faicts de ces anciens tant renommez s’il ne se fut trouué des Restaurateurs de leur mémoire qui l’ont fait reuiure par la vigueur de leur Eloquence ainsi que ie prétends faire pour Mons’’ du Bois en faueur duquel ie fais cet Eloge et le portrait sans fard.

» Il nasquit au pays de forest — son Pere se nommoit Mons'' de la Racine et sa Mere Madame de la Souche. (‘) —

(') Molière, par hasard, aurait-il eu en l’esprit cette caricature lorsqu’il écrivit, en 1661, ces vers de l’Ecole des femmes?

CHRYSALDE.

Je me ré,io\ûs fort, seigneur Arnolphe...

ARSOLPHE.

Bon !

Me voulez-vous toujours app^er de ce nom?

CHRYSALDE.

Ail ! malgré que j’en aie, il me vient à la bouche,

Et jamais je ne songe à monsieur de la Souche.

Qui diable vous a fait aussi vous aviser A quarante-deux ans de vous débaptiser.

Et d’un vieux tronc pourri de votre métairie Vous faire dans le monde un nom de seigneurie?

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