‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 144 sur 712 · LA GROTTE DE LA BONNE-FEMME · texte numérisé non relu

LA GROTTE DE LA BONNE-FEMME

Orcival, dont il vient d’être parlé, est un des points principaux de la route la plus fréquentée de Clermont- Ferrand à la vallée du Mont-Dore. L’image vénérée de la Vierge, que la comtesse Brayère crut se rendre favorable en lui cédant la propriété d’une pièce de terre dans ses vastes domaines, repose encore aujourd’hui dans la crypte de l’église du village, au-dessus du maître-autel. La tradition populaire l’attribue à saint Luc, le patron des ar- Dstes. Si d’Orcival vous descendez jusqu’au hameau de la Bourboule, situé sur la rive droite de la Dordogne, et cé- Jèbre par la vertu de ses eaux, il vous sera certainement parlé de la Grotte de la Bonne-Femme. Il ne s’agit pas de I habitation fantastique d’une fée du bon vieux temps, mais du très-modeste réduit d’une contemporaine. On le décrit ainsi : La maison est creusée dans le roc ; elle s’adosse au

rocher de granit qui domine le hameau. Une porte et deux fenêtres sont les seules ouvertures de la maison. Au-dessus de la porte s’étalent quelques touffes de genêts et de digitales, des massifs d’œillets sauvages et de campanules. La chambre d’entrée est assez grande ; on remarque au plafond les traces laissées par la pioche qui l’a creusée. Le mobdier se compose de caisses fermant à charnières qui servent de buffets, et de bancs. Au fond de la cheminée est une cage de bois dans laquelle sèchent les fromages. Il y a deux lits fortement encaissés ; celui de la bonne femme et de sa nièce, son enfant d’adoption ; derrière ces lits est la provision de foin pour les chèvres qui fournissent le fromage. Celles-ci occupent, avec le bûcher, la moitié de cette piemière chambre. Dans la pièce du fond, quelques bandes de byssus d un vert éclatant, attachées aux parois, annoncent l’humidité de la seconde moitié du local. C’est à la fois la fontaine et le lavoir. L’eau qui découle continuellement du plafond est reçue dans une cavité creusée dans le rocher, une rigole reçoit le trop-plein, qui va se déverser dans une autre cavité voisine de la première. Cette cuve naturelle sert pour laver les légumes, rincer le linge et faire boire les chèvres. L’eau toujours fraîche et limpide de cette source étant la meilleure du hameau, la bonne femme, qui en est propriétaire, ne permet qu’à ses amis seuls d’y puiser . Un jardin potager, situé au-dessus de l’habitation, fournit aux besoins du ménage. Leur métier de fileuses ne serait point une ressource suffisante pour les habitantes de la grotte, n’était la saison des eaux, durant laquelle la charité des visiteurs ajoute le supplément nécessaire pour équilibrer leur budget. La Grotte de la Bonne-Femme a coûté 80 francs, prix de trente-deux journées de travail.

Pour nous orienter, avant de poursuivre notre course fantaisiste, franchissons l’espace qui sépare la Bourboule du village de Mont-Dore ; adossons-nous à l’église, en regard du groupe de montagnes qui borne l’horizon. Au centre est le pic le plus élevé des monts Dore : le Puy de Sancy; on voit, à droite, le gigantesque monolithe dit le Capucin, aiguille détachée du mont qui l’avoisine et qui figure un moine en prière; enfin, à gauche, le célèbre Puy de 1 Angle, qui descend jusqu’à l’établissement des La suite à une autre livraison.

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