LE BEURRE ARTIFICIEL
Un savant chimiste (‘), chargé, il y a plusieurs années déjà, par le gouvernement, d’étudier la possibilité d’obtenir une substance propre à remplacer le beurre, pour l’usage de la marine et des classes peu aisées, voulut se lendre compte d abord du mode de formation du lait chez la vache. Dans la ferme de Vincennes, il mit à la diète plusieurs vaches laitières, qui ne tardèrent pas à éprouver une diminution de poids considérable; elles fournissaient des quantités décroissantes de lait; mais, fait remarquable, ce lait contenait toujours la meme proportion de beurre. D’où pouvait donc provenir tout ce beurre? M. Mège-Mouriés reconnut qu il était produit par la graisse même de l’animal, «qui, étant résorbée et entraînée dans la circulation, se dépouillait de sa stéarine par la combustion respiratoire, et fournissait son oléo-margarine aux mamelles, où, sous l’influence de la pepsine mammaire, elle était transformée en oléo-margarine butyreuse, c’est-à-dire en beurre.» Le savant s’appliqua immédiatement à imiter la nature. Il imagina d’employer de la graisse de bœuf à la fabrication d un beurre artificiel. Nous ne connaissons point son procédé, mais nous supposons qu’il a dû lui suffire de séparer la stéarine du suif, formé, comme on le sait, de cette substance unie a de 1 oléine et a de la margarine ; on doit obtenir ainsi de l’oléo-margarine, substance qui, au point de vue de la composition chimique, a les plus grandes analogies avec le beurre naturel.
Le beurre artificiel se fabrique aujourd’hui très-abondamment, non-seulement en France, mais en Angleterre, aux États-Unis, etc. On commence par faire fondre du suif de belle qualité, et débarrassé des membranes animales qui le souillent. Après l’avoir ainsi convenablement épuré par la fusion et par son mélange avec une petite quantité de chlorure de calcium, on l’enveloppe dans des toiles et on le soumet à l’action d’une forte presse hydraulique à la température de 25. degrés. La graisse se partage ainsi en deux parties : l’une qui est la stéarine, qui représente 40 à 50 pour 100 du poids de la matière, et qui est employée, comme on le sait, à la fabrication des bougies; l’autre est de l’oléo-margarine liquide, qui se fige par le refroidissement. L’oléo-margarine, mise dans une baratte avec 50 litres de lait de vache et 50 kilogrammes d’eau par 100 kilogrammes de la première substance, est soum'ise à une agitation violente. On ajoute un peu de rocou pour avoir une coloration, et en deux heures de temps on a obtenu successivement une crème épaisse analogue cà celle du lait, puis un beurre d’un très-bel aspect, mais qui malheureusement conserve, jusqu’à ce jour, un goût qui trahit' son origine. Malgré cet inconvénient, le beurre artificiel peut être employé pour la cuisine, la cuisson des légumes, etc. Il coûte moitié moins cher que le beurre naturel, et contient beaucoup moins de matières animales propres à le rancir. Il est précieux pour l’approvisionnement des navires destinés à de longs voyages.