‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 162 sur 712 · PUISSANCE DE LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

PUISSANCE DE LA VOLONTÉ

La mémoire se perfectionne par l’caction de la volonté. Il faut d’abord d’énergiques efforts pour se retenir contre (') M. Mpgo-Mom'i(’s.

MAGASIN PIïTORESQUË.

le courant des souvenirs involontaires qui traversent sans cesse notre esprit et qui, si nous y cédons, nous rendent incapables de toute réflexion. Mais on y parvient enfin, et l’on apprend à choisir parmi les conceptions qui se présentent, à lier fortement la chaîne de ses pensées, et à ne plus les laisser rompre même par les impressions extérieures. On a vu des hommes suivre les plus longs calculs au milieu du bruit de la foule. Racine travaillait au milieu des jeux de ses enfants. « L’imagination la plus heureuse, dit Thomas Reid, a besoin du secours de l’habitude et n’obéit promptement que sur les sujets où l’esprit s’est exercé. Un ministre discute une question de politique avec la même aisance qu’un régent de collège une question grammaticale. L’imagination leur suggère avec la meme promptitude et ce qu’ils doivent dire et la manière dont ils doivent le dire. Faites changer de rôle tà ces deux personnages : ils ne seront pas moins embarrassés l’un que l’autre. Quand un homme parle sur un sujet qui lui est familier , il suit un arrangement de mots et de pensées absolument nécessaires pour que son discours soit à la fois intelligible , convenable et grammaticalement correct. Dans chaque phrase que nous écrivons ou que nous prononçons, il y a plus de règles de grammaire, de^ logique et de rhétorique à observer qu’il n’y a de mots et de lettres. L’orateur ne songe même pas à toutes ces règles, et cependant il les observe comme si elles lui étaient toutes présentes. »

La volonté peut jusqu’à un certain point arrêter les plaisirs et les douleurs qui se ressentent dans le corps. Les biographes de Kant nous apprennent qu’il s’était convaincu par lui-même que l’on peut, par la force de la volonté, résister pendant un certain temps et jusqu’à un certain degré à l’invasion des maladies. C’est ainsi que le naufrage se suspend aux débris du navire et lutte contre le froid , la fatigue et la faim , et qu’à peine est-on venu le secourir qu’il s’abandonne et s’évanouit.

Si la volonté, luttant contre le plaisir et la peine, les diminue ou les arrête , elle les augmente quand elle leur lâche les rênes. L’attention apportée au plaisir ou à la douleur y fait découvrir mille nuances qui auraient échappé à une âme distraite. Le voluptueux qui déguste, pour ainsi dire, toutes les parties de son plaisir, le multiplie comme le malade qui écoute son mal et le rend plus aigu. Il y a tel homme qui veut se désespérer, quelques raisons qu’on lui oppose, et qui parvient à augmenter sa douleur par la force de sa volonté. (')

JOYAU DU SEIZIÈME SIÈCLE

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