‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 163 sur 712 · PENT-A-COL · texte numérisé non relu

PENT-A-COL

Le joyau que nous reproduisons de grandeur naturelle, et qui représente un dragon aux ailes éployées suspendu au moyen d’une triple chaîne, est un beau spécimen de l’orfèvrerie du seizième siècle; il a été exposé par M. le baron Davillier, avec une vingtaine d’autres du même genre et de la même époque , au profit des Alsaciens- Lorrains. Ce petit joyau (c’est ainsi qu’au moyen âge on désignait ces menus objets pour les distinguer des grandes pièces d orfèvrerie) est en or massif, et en partie recouvert d’ornements d’émail incrusté, verts, bleus, rouges et blancs, ornements d’une telle finesse que ce n’est qu’à l’aide de la loupe qu’on en peut distinguer tous les détails. Le ventre du monstre est formé d’une grosse perle baroque, dont la forme a sans doute donné à l’orfévre l’idée première de son dessin, comme il arrivait assez souvent :

(') Aifolplic Garnier.

c’est ainsi qu’une autre perle, également de grande dimension et de fojme bizarre, figure, dans un des joyaux dont nous venons de parler, le corps d’un guerrier dont le casque, les bras, etc., sont aussi d’or émaillé. On trouve dans les ancfens inventaires un grand nombre d’objets de ce genre, dans lesquels les perles sont utilisées de cent façons différentes : dans VInventaire de Charles U (fin du quatorzième siècle), ligure « ung charnel sur une terrasse garnye de perles... et a le charnel la bosse d’une coquille de perle ; — ung joyau en man*ière d’ung dragon à une teste de femme enchappelée; — ung cerf de perles qui a les cornes d’esmail... » Quelquefois aussi on employait les perles dans les joyaux religieux ; c’est ainsi que nous voyons figurer dans VInventaire du duc de Berry (commencement du quinzième siècle) « un petit tabernacle d’or où il y a un ymage de Nostre-Dame, grosse, dont le ventre est de nacre de perle, ceint d’une ceinture, etc. » Quelquefois aussi la tête, le bras ou d’autres parties du corps étaient d’agate ou de quelque matière de même sorte.

Joyau du seizième siècle. (Collection de M. le baron Davillier.)

Dessin de Sellier.

Les joyaux du genre de notre dragon étaient connus autrefois sous le nom de pent-à-col, nom qui s’explique facilement, ‘puisqu’on les portait suspendus au cou au moyen d’une chaîne, comme aujourd’hui les médaillons et autres bijoux du même genre. C’est à tort qu’on les a désignés dans certains ouvrages sous le nom de pendants ou de pendeloques : ces expressions ne doivent s’appliquer qu’aux pendants d’oreilles, et encore sont-elles relativement modernes, puisqu’elles ne datent guère que du commencement du dix- septième siècle, ou tout au plus des dernières années du seizième. Quant au mot pendatif, que nous voyons encore figurer de temps en temps dans certains catalogues do vente, c’est un terme que les experts feraient mieux de laisser à l’architecture.

Ifciü

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