‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 170 sur 712 · LA CASCADE DE QUEUREILH · texte numérisé non relu

LA CASCADE DE QUEUREILH

Quel promeneur, revenant de la Roche-Yindex au village des Bains et parvenu à un kKomètre de sa destination, n’a cédé au bruit attirant de la chute d’eau qu’à cet endroit de la route un rideau de sapins déi’obe à la vue? Le rideau d’arbres franchi, on se trouve devant la charmante cascade de Queureilh. Au lieu de ce nom qui n’offrait aucun sens à l’esprit des habitants du pays, ceux-ci, séduits sans doute par l’attrait de la rime, lui en ont donné un qui fait rimage, surtout quant au mince filet d’eau détaché de la nappe principale ^qui court en rebondissant de roc en roc; ils l’appellent l’Ecureuil. Formée par un ruisseau affluent die la Cheneau, la cascade de Queureilh se divise en se précipitant d’une hauteur d’environ 15 mètres. Au centre, c’est une large nappe d’eau qui se déroule à grand bruit et creuse la roche ; à droite, elle ruisselle rapidement et présente l’aspect de gerbes qui brisent leurs

■ liens et s’éparpillent en tombant. Les environs possèdent

■ des chutes d’eau plus importantes sous le double rapport de la hauteur et du volume ; mais aucune d’elles n’a plus de charme ni une situation plus pittoresque que celle de Queureilh.

HISTOIRE

d’ün homme qui n’a jamais rien vu.

Suite. - Voy. p. 2, 10, 30, 37, 42, 57, 82, 98, 118, 133, 150.

Nous eûmes nous-mêmes en France, cette année-là, un des hivers les plus froids qu’il y ait eus depuis un demisiècle ; le thermomètre descendit chez nous jusqu’à vingt degrés, et nous eûmes un mètre de neige. Qu’on juge si ce nous était une occasion de penser à Yalentin.

Cet hiver, malgré sa longueur, prit fin cependant; et, dés le mois cle mars , nous eûmes des jours d’une température délicieuse.

Nous reprîmes nos travaux ordinaires de jardinage et d’élevage; mais aux soins de notre domaine se vinrent ajouter ceux que nécessitaient la calmne, le jardin et le verger de Yalentin. Florine voulait qu’il trouvât tout en train d’aller; elle installa des poules dans le poulailler, des lapins dans l’écurie , un cochon dans l’étable; et tous les jours, soir et matin, elle allait avec Odette et Germaine donner ses soins à toutes ces bêtes. Soufflanbise, avec Alain et Albert, entretenaient le jardin.

Yalentin autrefois avait été témoin de mes premiers essais de culture des phlox, je voulus qu’il eût devant sa fenêtre un ample massif de ces plantes ; elles seraient en fleur ou sur le point de fleurir à son arrivée ; nous fîmes un choix des plus belles variétés, et Soufflanbise les planta, aidé de nos fils.

C’était pour tous un vrai charme d’aller chaque jour chez Valentin. Il nous semblait, en travaillant pour lui, que nous étions avec lui.

L’attente nous fut ainsi plus facile , et le printemps s’écoula rapide et charmant.

Jamais le mois de mai n’avait été si splendide , jamais il n’avait eu tant de fleurs , jamais plus abondante récolte en toute chose n’avait été promise aux jardiniers et aux cultivateurs. Les arbres étaient partout resplendissants; les prairies ondulaient au soleil riches de mille couleurs. Il semblait que la nature voulût se montrer dans tout son éclat pour l’arrivée de celui qui avait visité tant d’autres contrées.

Pourrait-il ne pas voir que rien au monde n’est plus beau, plus varié , plus gai, plus fécond que ce petit coin de la France où nous étions nés?

C’était une de mes inquiétudes qu’aprés avoir vu les plus beaux pays de la terre , il n’en vînt à trouver le nôtre étroit et mesquin.

Notre végétation ne lui paraîtrait-elle pas bien lente et bien maigre, à lui qui avait vu la végétation tropicale?

Heureusement ce n’était pas de ces régions splendides et vigoureuses qu’il allait nous venir; et peut-être, après cette effroyable aridité du Nord visité en plein hiver, serait-il heureux de retrouver nos printemps et nos étés de France! Lui-même l’avouait : il avait voulu, par un séjour en Laponie , se préparer à se plaire et à se trouver bien partout.

Nous étions bien prés de la mi-mai, et nulle nouvelle encore du voyageur; mais nous l’espérions pour le mois suivant. J’allai un matin visiter son domaine avec Soufflanbise. Tout y était en ordre : le jardin très-propre, garni de fleurs et de légumes ; une planche de fraises était déjà couverte de fruits. Les poules se promenaient et caquetaient dans la basse-cour; les lapins, un jeune

cochon, complétaient le personnel de la colonie.

La chamk’e, meublée comme au temps où Yalentin

l’habitait avec sa mère, semblait, comme nous., impatiente de le recevoir.

Florine et les enfants, dés les premiers jours de mai, avaient achevé de tout préparer, jusqu’au lit, afin qu’il n’y eût, quand il arriverait, qu’tà le conduire à sa chambre. Le feu était d’avance attisé sur les vieux landiers , les bougies attendaient dans les chandeliers maternels; tout enfin était bien selon mes désirs, et maintenant Valentin pouvait arriver.

Or, voici ce qui advint : l’hiver, en Laponie , se prolongea un peu moins que d’habitude , et Valentin fut débloqué plus tôt qu’il ne l’avait pensé. D’ailleurs, même avec le Nord, les communications se faisaient d’année en année plus rapides. Au D*' mai le voyageur était de retour à Stockholm. Il était à Londres le 10, et le 17 à Calais.

Mais nous autres nous ignorions tout cela. Valentin se faisait une joie de rentrer à l’insu de tous au village natal. Nous ne fûmes donc nullement prévenus.

Le chemin de fer le mettait à seize kilomètres de chez nous; il voulut faire à pied ces seize kilomètres, laissant ses bagages à la station.

Le jour commençait à baisser, le 20 mai , lorsqu’il arriva. La première chose qu’il voulait revoir, c’était la maison de sa mère.

Arrivé au bout du joli sentier vert qui, de la route, conduit à la chère maison , il fut tout d’abord un peu décontenancé en voyant les changements faits depuis son départ. La maison, en effet, avait été agrandie; mais l’ancien bâtiment, habité par sa mère, était resté intact.

Pendant qu’il contemplait de la barrière , survint un vacher.

— Eh! le gars! par qui est habitée cette maison?

— Par personne, m’sieu, ne v’s en déplaise.

— Comment, par personne!...

— Eh! pardine! m’sieu Valentin pou’ qui n’o l’a achetée va y veni’ biétot. Tous les meubles y sont d’dans. Mais c’est qu’il a rudement d’Ia route à faire pour rev’nir au pays. N’o dit comme ça qu’il est en Cochonchine d’ousqii’il revient par chez les Napons , qui sont trétous des p’tits hommes pas pus hauts qu’mon bounet...

Le vacher parlait encore , mais Valentin ne l’entendait plus ; il regardait le jardin , la basse-cour, le verger.

Le vacher disparut.

Valentin escalada la barrière, força l’auvent d’une fenêtre, brisa un carreau, ouvrit, entra... le voilà dans la chambre de sa mère !...

Ce fut, a-t-il dit depuis, la plus douce impression de sa vie... Il alluma le feu, il alluma les bougies, revit tout le cher mobilier, puis s’assit et pleura...

Lu fin à une 'prochaine livraison.

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