POLITESSE. — COURTOISIE. — AFFABILITÉ
La politesse, la courtoisie et Vaffabilité sont trois nuances très-distinctes d’une même qualité du cœur et de l’esprit, développée par l’éducation.
La première n’est que la forme extérieure de la bienveillance. Elle peut même n’être que l’hommage secret qu’on rend à sa dignité personnelle. On est poli parce qu’on veut paraître bien élevé et passer pour ce qu’on est, un homme de bonne compagnie.
Pour arriver à la courtoisie , il faut quelque chose de plus. C’est un vieux mot exprimant une qualité qui suppose les traditions du monde. On peut, sans connaître ses usages , être poli , et c’est assez pour s’y faire respecter. Pour se faire bien venir des hommes, il faut faire plus de frais : il faut savoir entrer -dans leurs habitudes, leur faire les concessions conciliables avec sa propre dignité ; c est ce qui s’appelle de la courtoisie. On ne devient courtois que lorsqu’on a appris à être conciliant, et la politesse ne suffit pas pour donner cette qualité.
Mais si être poli envers tous, c’est assez pour se faire respecter, et si concéder à ceux avec lesquels on se met en contact tout ce qui peut letir être concédé avec convenance, c’est-à-dire être courtois, c’est assez pour se faire accepter par eux, ce n’est pas assez pour s’en faire aimer.
On n’arrivera à la conquête des cœurs que pr Y affabilité; car c’est une dépense qu’on fait pour 1 esprit des autres, et dont ils vous tiennent toujours cornpte, même quand ils ne peuvent pas vous la rembourser. Etre affable, c’est bien plus qu’être poli, c’est plus qu être courtois; c’est entrer dans la pensée même de son interlocuteur ; c’est stimuler, c’est provoquer ses sympathies, en lui témoignant l’intérêt qu’on lui accorde, le désir qu’on éprouve de lui plaire, et le prix qu’on attache à son suffrage. C est une flatterie indirecte, mais très-puissante, à l’adresse de son cœur. 11 est rare que cette flèche lancée manque son
but. . .
On s’éloigne de l’homme poli avec une opinion avantageuse de lui , mais sans regret qui vous fasse sortir à son égard du calme de l’indifférence. On quitte l’homme courtois avec un sentiment plus nuancé de regret , mais sans emporter la trace des relations qu’on a eues avec lui.
On ne se sépare de l’homme affable qu’avec le souvenir gracieux de sa parole. Il semble qu’il vous a laissé, en vous quittant, quelque chose de lui qui ne vous permet plus de l’oublier.
CHARLES DICKENS
Suite. — Voy. p. 75, 130, 171.