partie supérieure de son enveloppe subirait par l’assèchement
Si, comme nous l’avons dit, on choisit de préférence les eaux saumâtres, c’est que le mélange de l’eau douce d’un ruisseau avec l’eau de mer offre des chances pour que les vers qui habitent l’eau douce soient tués par l’eau de mer, et réciproquement.
L’eau de mer seule expose beaucoup à l’attaque des tarets; l’eau douce dissout plus facilement les sucs gommeux; elle affaiblit les bois, et, dans le mélange, l’eau de mer sert de correctif; l’immersion dans l’eau douce doit être moins longue que celle dans l’eau de mer.
On doit donc plonger les bois dans l’eau douce lorsque l’immersion a pour but de précipiter la dessiccation , car alors la sève est dissoute rapidement, et le bois, retiré de l’eau, sèche très-vite. Dans ce cas, il est encore plus avan-
tageux d’immerger dans une eau courante. Mais si l’immersion remplace l’emmagasinage , et qu’on veuille conserver les bois en approvisionnement dans l’eau, ce qui se pratique surtout pour les bois de mâture, il faut choisir les eaux saumâtres, vases, sables, presque sans courant.
L’immersion pendant six à huit mois est utile si l’on opère au moment de la ponte des œufs.
Dans la plupart des ports, l’immersion dure pendant un temps qui, suivant les pays, varie de trois à neuf mois, puis on les fait sécher à l’ombre, à l’abri, sous des hangars ; en Hollande, on les immerge dans l’eau douce pendant six à huit mois.
On doit toujours retirer les bois quelque temps avant de les mettre en œuvre , afin de les faire sécher, car on ne pourrait pas sans danger les enfermer tout imbibés dans la membrure d’un navire.
De tous les bois dfirs, le chêne est celui qui s’imbibe le plus : quand il est sec , il absorbe le sixième de son poids*
d’eau; quand il est vert, ce n’est que le treiziéme, il est remarquable qu’un bois saturé d’eau douce absorbe encore de l’eau de mer. (’)
Parmi les autres procédés de conservation des bois de navire, on doit citer celui de la carbonisation, dû à M. de Lapparent. « Les résultats qu’il a donnés dans ses applications aux traverses des chemins de fer ont été tout à fait concluants; mais son emploi dans les constructions navales ne date pas encore d une epoque assez éloignée pour permettre d’apprécier d’une manière définitive son importance au point de vue de la conservation des vaisseaux ; cependant on peut affirmer, dés à présent, que l’on y trouve un auxiliaire utile pour combattre le dépérissement des surfaces de contact ou de placage du bois. Son adoption récente dans les chantiers de la marine anglaise est la preuve de l’espérance qu’il donne de l’autre côté du détroit, où les services qu’il peut être appelé à rendre seront d’autant plus marqués que les essences de bois em-
Port (le Brest. — Vue de la Penfeld, plus loin que l’Arrière-Garde. — Dessin de Gaudry.
ployées en Angleterre sont plus tendres et plus susceptibles d’être attaquées par la pourriture extérieure que les nôtres. « (’)
Différents systèmes d’injection ont été essayés. Parmi les substances dont on se sert comme antiseptiques, on cite le bichlorure de mercure, abandonné aujourd’hui, en raison de son prix élevé et de ses propriétés vénéneuses; le sulfate de cuivre ; le goudron , ou pl.utôt un dérivé dû goudron, la créosote. Cette dernière substance l’emporte de beaucoup sur les autres : là où la créosote peut pénétrer, la préservation est complète; mais la pénétration n en est possible d’une manière suffisante que dans les essences tendres.
Les seuls procédés d’injection encore en usage sont ceux de MM. Boucherie, Legé-Fleury et Piromet, ou (’) Revue maritime et coloniale; mai 1868.
Bethel. Deux inventeurs, M. Boulton, de Londres, et M. Pontzen, ont proposé des modifications à ces procédés.
HISTOIRE
d’un homme qui n’a jamais -RIEN VU.
Fin. — Voy. p. 2, 10, 30, 37, 42, 57, 82, 98, 118,
Au point du jour, le lendemain, je cueillais des asperges avec Alain et Odette.
Imaginez la joie, l’émotion.
(j) Études sur les bois de construction, par M. Léopold Garraud, capitaine de frégate. — Du dépérissement des coques des navires en bois, et des moyens de le prévenir, 1 vol. in-8 , chez A. Bertrand.
Quelqu’un tout à coup s’avance... Malgré sa barbe allongée et blanchie, je le reconnais, et nous voilà dans les bras l’iin de l’autre...
— Ail! mon ami, mon ami, répétait-il d’une voix entrecoupée, je sais tout, j’ai tout vu : je suis chez moi d’hier au soir et depuis hier au soir je te bénis.
— Enfants, m’écriai-je à mon tour, embrassez votre ami Valentin.
Alain et Odette se jetèrent à son cou.
Ce furent des étonnements, des cris inimaginables. Nous allâmes surprendre à la maison Florine et les autres enfants. Soufflanbise arriva.
On se regardait , on s’embrassait ; les questions, les réponses, les exclamations se croisaient.
Il y eut des rires et des pleurs.
Par intervalles, le voyageur revenait à moi et, me prenant les mains, s’écriait ;
— Mon pauvre vieux!... Et puis, au lieu de paroles, il ne lui venait que des larmes de joie.
En d’autres moments il allait à Florine :
— Et vous. Madame, quelle sœur excellente vous avez été pour moi dans cet arrangement de maison !
Et ces jolis enfants ! comment, c’est à toi, mon cher patriarche, cette admirable nichée!
Oh ! en voilà deux ou trois , ma foi , qui ne sont plus des enfants.
Mais cette petite-là , je sais bien son nom, c’est Agnès. Oh! celle-là, je veux qu’elle soit ma petite fdle à moi. Viens donc sur mes genoux , mignonne. Oh ! je ne mange pas les petites tilles, quoique j’aie voyagé dans des pays où on les eût mangées très-bien. Mais je n’ai point pris les mœurs de ces pays-là. —
Soufflanbise eut son tour, et jamais plus cordiales poignées de main ne furent échangées qu’entre ces deux hommes qui se voyaient pour la première fois.
— Vous êtes aussi, Monsieur, lui dit Valentin, un vieil ami pour moi.
Après ces effusions tumultueuses du premier moment, il nous expliqua son arrivée, nous donna quelques détails sur son dernier voyage.
Et puis vint le déjeuner, qui, je ne sais comment, dura jusqu’au dîner, lequel dîner dura tout le reste du jour; mais dîner, déjeuner, ne consistèrent qu’en récits de voyages.
Les jours suivants furent un peu plus calmes. Valentin prit définitivement possession de son domaine et acheva de s’y installer.
11 y eut aussi grand gala chez lui , puis distribution des cadeaux apportés ; étoffes rares et précieuses, chaussures orientales, bijoux, pelleteries, coquillages, fruits singuliers, objets d’art ou d’étude, livres, cartes, images, dessins, etc. 11 y en eut pour tous. Soufflanbise reçut une collection de journaux rapportés des pays les plus primitifs en l’art de la typographie.
Nous étions tous émerveillés et ravis. Dans tout le pays on ne parlait que du voyageur Valentin. Il se formait de ses aventures, parmi les gens du village, une légende qui peut-être un jour égalera celle de Sindbad le marin, si célèbre dans les Mille et une Nuits.
Enfin nos rapports avec Valentin peu à peu se régularisèrent ; chacun de nous avait repris ses habitudes. Le jardinage , négligé pendant quelques jours , avait reconquis ses droits, et Valentin, comme nous tous, dans son ermitage, s’était rais au travail.
Mais Valentin , visiblement, ne serait jamais qu’un horticulteur de deuxième ordre • il aimait la nature , il aimait
la campagne , il était heureux d avoir un joli jardin , mais à la condition d’en livrer tout le soin à un jardinier.' 11 s’y promenait le matin et le soir, serpette ou sécateur à la main, coupait trois^ou quatre branches, et puis, en regardant ses arbres, se mettait à penser à tout autre chose. Il avait comme autrefois sa passion de lecture, et plus que jamais se replongeait dans ses chers poètes. Durant ses voyages , le temps et souvent les livres lui avaient manqué ; il tâchait de se remettre au pair. Chaque jour des livres nouveaux lui arrivaient de Paris et quelquefois de Londres , car la langue anglaise lui était devenue familière.
Il mettait en ordre aussi ses notes de voyage qu’il compte publier un jour. Je suis même prévenu que son livre me sera dédié.
Valentin, à mesure qu’il les écrit, nous lit des fragments de ses Voyages; il entremêle ses lectures de ré- •Jlexions verbales souvent piquantes et toujours instructives. Ces communications sont pour nous le point de départ de causeries et de débats qui, le croiriez-vous ‘i* ont rajeuni Soufflanbise.
Aussi l’ancien journaliste, négligeant un peu ses cultures, s’est-il mis lui-même, comme Valentin, à écrire ses Mémoires.
- Et moi donc, pauvre sans jambe immobile, moi qui n’ai rien vu que le pays natal, qui n’ai rien fait que cultiver des choux , des fleurs et ma famille , pourquoi n’écrirais-je pas aussi mon histoire? N’avoir rien vu, être resté toute sa vie sur son champ, n’est-ce pas, en ce siècle, plus extraordinaire que d’avoir parcouru les cinq parties du monde , ou d’avoir collaboré , comme Soufflanbise , à soixante-sept journaux?
Jamais il n’y eut plus grands philosophes que Valentin, Soufflanbise et moi.
L’un connaissait le monde tout entier, comme l’a connu M. de Humboldt, c’est-à-dire autant qu’homme le puisse connaître ; l’autre avait vécu vingt ans dans les coulisses de la comédie contemporaine, et le troisième était resté un demi-siècle tout à ses réflexions en présence de la nature.
Sur bien des points, ils en étaient arrivés tous les trois aux mêmes conclusions. Jamais hommes ne mirent dans leurs entretiens une plus absolue sincérité. Il n’y a d’accord parfait, même entre amis, qu’à cette condition.
Je retrouvais dernièrement dans le Magasin pittoresque cette pensée judicieuse de M>"® de Staël :
« Si, dans les rapports avec les hommes , on n’avait af- » faire qu’à ce qu’ils pensent réellement , on pourrait fa- » cilement s’entendre ; c’est ce qu’ils font semblant de » penser qui amène la discorde. »
Or, entre nous, point de semblants de pensée sur ceci ou cela, point d’opinions factices.
Neus savions ou nous ne savions pas ; ce que l’un de nous avait appris de science certaine, les deux autres^ l’admettaient sans peine; mais les hypothèses, les théories' aventureuses, les explications de l’inexplicable, nous les évitions, comme le pilote évite les écueils.
Tous les soirs nous nous réunissions, car Valentin avait introduit parmi nous cet usage anglais de cesser tout travail après dîner. Mais ce n’était pas à boire qu’il nous faisait utiliser le temps; nous le passions, comme de vrais Français, à causer, mais en nous gardant bien d’éloigner ni Florine, ni les enfants.
Voilà pour les jours ordinaires; mais les jours de fête.
les dimanches, se passaient tout entiers tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre.
Valentin avait un domestique fort entendu aux soins du ménage ; lui-même quelquefois préparait le repas , car il aimait à faire la cuisine , et dans ses voyages il avait appris à préparer toutes sortes de mets singuliers dont il nous régalait.
J’ai dit son projet d’acheter cheval et voiture ; ce projet s’était réalisé ; plusieurs fois il nous promena cà sept ou huit kilomètres dans la forêt voisine; et voikà qu’un jour il a l’imprudence de m’emporter tout à coup à plus de six lieues.
— Oh ! oh ! je finirai bien , disait-il , par te faire voir du pays.
Mais je revins de 'ces douze lieues en voiture (aller et retour) tellement ahuri, ébloui, ébranlé, disloqué; j’éprouvai un tel bouleversement du cerveau, de l’estomac et des entrailles; j’eus pendant quatre jours une telle migraine et une telle fièvre.
Que Je chantai : Voyage Désormais qui voudra !
J en avais assez, et fus guéri pour toujours du désir de suivre Valentin.
En revanche , il peut tant qu’il veut promener Soufflanbise ; et les enfants aussi quelquefois l’accompagnent.
Eh bien, lecteur, cela dure depuis deux ans ! Et vous iriez loin , et vous feriez de bien autres voyages encore que Valentin, et vous liriez plus de journaux que n’en a rédigés Soufflanbise, avant de trouver trace ou d’entendre parler de gens plus heureux que nous.
Nous avons l’aisance, le calme de l’âme, le travail,
I étude, l’amitié, sans laquelle il n’y a point de bonheur possible.
\oilà Soufflanbise guéri tout à fait de sa misanthropie.
II ne reste à Valentin de sa passion des voyages que l’ardeur et le soin qu’il met à écrire le récit de ses pérégrinations.
Quant à moi, vraiment, il s’en faut de beaucoup que dans toiTt cela j’aie retrouvé ma jambe ; mais je ne m’attriste plus de rester au logis. Valentin a voyagé pour moi, pour tous les miens; il a même aussi voyagé pour Soufflanbise, qui, pour ses Mémoires d’un journaliste, aura singulièrement profité, il l’avoue lui-même, aux récits que nous fait notre ami.
Florine , comme autrefois , préside aux soins du ménage ; mais elle y est aidée maintenant par Odette et Germaine ; Henriette et Agnès sont encore bien jeunes; pourtant il n est si petite main qui ne puisse accomplir œuvre utile... Le plus jeune de nos garçons, Albert, lui aussi, n est encore quun bambin; mais Alain a vingt-cinq ans. Nous pensons à l’établir sur une jolie ferme de notre voisinage, et même on parle de le marier. Savez-vous avec qui? \ous vous rappelez les quatre belles filles du charcutier, qui jadis me faisaient si grand’peur? Eh bien !
1 une de ces quatre filles épousait, il y a vingt-deux ans, un riche cultivateur... Il y a là trois enfants : une fille et deux garçons; ces garçons sont les amis des nôtres, et c est leur sœur que doit épouser Alain.
11 y a aussi des projets pour Odette ; et voilà qu’à chacun de nos enfants Valentin constitue une dot de dix mille francs pour les garçons et de quinze mille pour les filles. . . Ceci nous a été déclaré par lui le jour anniversaire de sa rentrée au pays.
Nous continuons, Florine et moi, notre petit commerce de fleurs, de fruits, de foins, de légumes. Nous y mêlons
plus que jamais l’élevage du petit bétail ; et, par un effet du renchérissement progressif des produits du sol, l’aisance est revenue au logis. D’ailleurs , notre manière de vivre n’a pas changé : aucun luxe, aucune habitude dispendieuse, et beaucoup d’ordre, beaucoup de soin, et l’art si fécond aux champs de tout approfUer.
J a, vais cinquante-trois ans au jour où je commençai d écrire cette Histoire, j en ai maintenant cinquante-cinq. Vous voyez que j y ai mis le temps. Je me suis hâté lentement, comme le veulent Horace et Boileau :
Travaillez à loisir
Mais pour réussir à intéresser le lecteur, il y a d’autres secrets encore qui peut-être m’auront manqué.
Or donc. Messieurs, si cette histoire est mal faite, qu’un autre la refasse , j’y souscris volontiers et même le désire , car cette histoire a son utilité, sa moralité.
Et d’ailleurs, quoi de plus attrayant que d’avoir à peindre un petit groupe de gens à qui le travail, la sagesse et 1 amitié ont permis de vivre, non pas absolument, mais relativement heureux?
Ah! puisse le ciel ne pas détruire trop tôt ni trop cruellement ce bonheur 1