DOUZIÈME ROI DE NAVARRE
Au chapitre LIV du livre premier des Essais, Montaigne dit que la peur extrême et l’extrême ardeur du courage troublent également la santé et « engendrent du trémoussement aux membres. » Il donne pour exemple Sanche Xll, roi de Navarre, surnommé le Tremblant, parce que sa peau frissonnait lorsqu’on l’armait; et comme « ceux qui l’armoient essayoient à le rassurer, appetissans le danger auquel il s’alloit jeter : — Vous me connoissez mal, leur dit-il ; si ma chair savoit jusqu’où mon courage la portera tantôt, elle se transiroit tout cà plat. »
Cette belle réponse, en termes quelque peu différents, a été attribuée à plusieurs illustres hommes de guerre. — Alexandre Dumas, dans son premier volume des Causeries, en fait honneur à Henri IV : « Ah ! carcasse, tu tremblesl eh bien, je vais te faire trembler pour quelque chose. )> — Dans le Magasin pittoresque (1871, p. 188), c’est Turenne qui en est le héros. — Mais on voit par le récit de Montaigne que ni l’un ni l’autre de ces courageux guerriers, ni Montluc, comme d’autres l’ont dit, n’en ont donné l’étrenne, car don Sanche vivait aux environs de l’an mille. C’était un prince vaillant et hardi, qui se jetait des premiers aux combats, dit Rodéric de Tolède, et s’y comportait à la fois en chef sage et en brave soldat. Dans son Histoire de Navarre, André Faveyn (1612) confirme Montaigne. « Le corps lui trembloit tellement de marcher en guerre qu’on l’oyoit grelotter et cracqueter ses os
Salière du quinzième siècle, en argent et vermeil. (Collection Spitzer.) Dessin de Sellier.
Le talent des orfèvres du moyen âge et de la . renaissance a varié de mille façons toutes les pièces de la vaisselle de table. Des salières sont mentionnées en grand nombre dans les inventaires des riches seigneurs qui ont été conservés. Les comptes des ducs de Bourgogne (1467) en décrivent plusieurs qui sont en forme de personnages, comme la paire de salières appartenant cà M. Spitzer, représentant des pages portant des bassins : celles-ci paraissent de bien peu postérieures à la date qui vient d être indiquée.
gré l’antipathie du rancunier cardinal. Richelieu, et après lui Mazarin, ne cessèrent de le combattre et de contrecarrer tous ses desseins ; dégoûté de cette lutte, il se fit d’abord rappeler en Suède, puis, renonçant cà la vie publique et à l’existence des cours, il partit pour l’Allemagne. Une tempête le força de débarquer à Dantzick; quelques jours après il mourait à Rostock.
11 ne faudrait pas quitter la grande place du Marché sans jeter un regard sur THôtel de ville. Ce n est pas que ce soit un édifice remarquable comme tant d’autres édifices du même genre que l’on trouve presque dans le voisinage, par exemple, les Hôtels de ville de Bruxelles, de Louvain, de Gand, de Bruges, d’Oudenarde. Mais celui de Delft est du commencement du dix-septième siècle, et peut donner à l’artiste ou au simple curieux une idée du style surchargé en fait d’ornements que l’on avait adopté à cette époque dans certains pays et pour certaines constructions.
Delft était autrefois renommé pour ses brasseries. Il paraît qu’ elles commencèrent à décliner dès le- seizième siècle. Vers le milieu du dix-septième siècle on y établit des faïenceries qui donnaient, dit-on, de l’ouvrage et du pain à plus de 7 000 personnes. Cette fabrication n’y est plus connue que de nom. Les anciennes faïences de Delft, véritables raretés, sont cotées à un assez haut prix par les amateurs.
Delft possédait également des fabriques de drap, qui sont tombées en décadence. Aujourd’hui elle n’a plus aucune spécialité notable en fait d’établissements industriels.
C’est une ville aimable dans son calme, et, sans aller plus loin que le médecin et antiquaire Charles Patin, fils du célèbre Gui Patin, qui disait de Delft « qu’on l’admireroit davantage si elle n’étoit pas dans le païs des belles villes », nous comprenons qu’elle ait insjiiré à ceux qui y venaient le désir d’y séjourner, d’autant mieux que, comme le dit un voyageur du dix-huitième siècle, <> on y trouvait des. bourgeois doux et affables, et des magistrats fort honnêtes, accessibles et bienfaisants. »
comme s’il eust été en quelque fort accès de fièvre. Estant un jour enquis de la cause de ce tremblement, Sanche ne rendit autre raison sinon qu’au seul bruit de démener les mains et manier les armes , il y étoit si ardent et si actif que son corps appréhendant les dangers où son courage le portoit, il étoit forcé de trembler de frayeur et de souvenance d’iceux. »
Au surplus, le même sentiment peut avoir animé à différentes époques des hommes de grand courage , qui ont pu exprimer avec plus ou moins d’énergie la lutte de leur corps et de leur volonté. Si Henri IV, si Turenne, si Montluc , ont été dans quelques circonstances exceptionnelles saisis du même tremhlement nerveux, ils avaient, de par leurs actes antérieurs, acquis le droit de n’en point être humiliés; et chez eux l’âme pouvait franchement apostropher le corps sans crainte d’être taxée de poltronnerie, ni de faire des bravades. Sanche, roi de Navarre, aura le premier fourni le fait; Montaigne aura donné l’ébauche du mot, que les anecdotiers ont arrangé, perfectionné, assaisonné, en l’attribuant à des héros postérieurs dont le corps a pu parfois être pris de tremblement.