‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 228 sur 712 · UNE JEUNE BERGÈRE MONGOLE · texte numérisé non relu

UNE JEUNE BERGÈRE MONGOLE

Dans un vallon du Payan-Kto, après une fort mauvaise nuit troublée par le vent, la neige, la crainte des loups et

les aboiements de gros chiens dans les environs, le père David et son interprète Sambdatchiemda furent réveillés par le chant mélancolique et assez agréable d’une voix de femme, accompagnée du bruit de lourdes bottes ; c’était une jeune bergère qui passait, menant boire son troupeau au puits voisin. — L’extérieur des femmes mongoles est très-rude, à cause de la vie dure quelles mènent, et qui contraste singulièrement avec la douceur habituelle et la délicatesse de leurvoix; les femmes chinoises, au contraire, si langoureuses en apparence, ont le plus souvent un timbre de voix grave et criard.

La jeune bergère pouvait avoir de dix-sept à dix-huit ans; ses traits étaient réguliers; sa taille était svelte et élancée ; ses cheveux blonds, couleur moins extraordinaire en Mongolie qu’en Chine, étaient partagés sur le front, et divisés sur le derrière de la tête en une infinité de petites tresses ramenées par leurs extrémités sur les tempes et fixées à la toque. Le costume de cette jeune fille consistait en une longue robe jadis rouge, serrée par une ceinture, et recouverte d’un gilet sans manches; elle portait de longues bottes de cuir. Sa toque, de forme conique, à petits bords relevés, soutenait une quantité de bijoux et de perles de verre , rattachés aux boucles d’oreilles. D’ordinaire , les femmes mariées parent leurs bonnets et leurs cheveux d’un plus grand nombre encore de ces ornements en métal et en pierres plus ou moins précieuses.

En voyant les voyageurs, la jeune fille salua et s’approcha avec une confiance qui étonne tout voyageur qui arrive de Chine ; jamais les Chinoises ne saluent, surtout les hommes; les femmes mongoles, au contraire, saluent toujburs. On trouve encore là assez de simplicité et d’innocence de mœurs, et dans les endroits reculés on n’y connaît pas la timidité artificielle des Chinoises.

Malheureusement l’abbé David ne savait pas le mongol, et son interprète Sambdatchiemda, occupé à allumer le feu avec des argols mouillés, était peu disposé à la conversation. La jeune bergère, un peu désappointée de leur impolitesse, s’en alla, sans plus s’occuper d’eux, puiser l’eau nécessaire à une trentaine de vaches. (‘)

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