POÉSIE ESPAGNOLE DU SEIZIÈME SIÈCLE
La ro.sée est tombée , aux fraîcheurs du matin ; le soleil la
frappe, elle étincelle plus que le cristal.
La verte prairie , couronnée de plantes odorantes , de fleurs et de roses peintes des couleurs de la nature, reste baignée de cette pluie de perles.
Mais quand la verdure ne se défend plus contre les feux du soleil , que l’air embrasé perd sa fraîcheur. J’aime à me retirer sous les bois épais.
0 Bonté divine, qui créas les arbres touffus pour nous protéger contre la vive ardeur des rayons brûlants du midi !
Près du bois s’élève gracieusement une colline, d’où une source descend, charmante en son cours et empressée d’atteindre la forêt.
Avec un doux murmure , à travers les herbes , elle va dirigeant sa course , et avec un bruit paisible retomme les légers cailloux , les soulevant de leur lit sablonneux.
Parmi le feuillage se montrent les clairs rayons du soleil , et sous leurs feux les petits grains de sable rougissant brillent comme la poussière d’or du Tage.
Après avoir arrosé les arbres touffus, le ruisseau rassemble sa course à pas précipités, et va se répandre dans deux larges étangs.
Là, fendant l’onde, les poissons nagent et se Jouent, et agitent leurs nageoires d’un mouvement si rapide qu’il échappe à la vue la plus perçante.
Çà et là ils vont, reviennent, sautillent légèrement; ils ornent et embellissent le frais élément qui leur donne l’être et les nourrit.
Louis de Léon ; 1527-1588 (•).